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Société

Plaidoyer pour l’éducation publique

Plaidoyer pour l’éducation publique
  • Publiéseptembre 26, 2022

Face à un constat alarmant, des organisations de la société civile appellent les gouvernements d’Afrique de l’Ouest à augmenter le financement de l’éducation publique, à améliorer les conditions des enseignants et à renforcer la régulation des établissements privés. 

 

Depuis les années 1980, les pays d’Afrique de l’Ouest ont dû mettre en œuvre des programmes d’ajustements structurels, répondant ainsi aux exigences du FMI et de la Banque mondiale. L’« inconvénient principal de ces politiques a été la réduction drastique des financements publics alloués aux services essentiels tels que l’éducation », déplorent différents partenaires du Réseau francophone contre la marchandisation de l’éducation.

Qui publient un rapport, en forme d’enquête partielle et de plaidoyer, relatif à la situation de quatre pays francophones, considérant que l’« impact de la privatisation de l’éducation est insuffisamment documenté ».

Face à ces constats alarmants, les organisations de la société civile appellent les États à augmenter le financement de l’éducation publique, à améliorer les conditions des enseignants et à renforcer la régulation des établissements privés, afin de garantir une éducation gratuite, inclusive et de qualité.

Ainsi, en Côte d’Ivoire, de nombreux parents d’élèves du primaire et du secondaire sont-ils contraints de choisir un établissement privé, par manque d’école publique à proximité. Depuis 1992, la Côte d’Ivoire a fortement baissé sa contribution budgétaire à l’éducation, passée de 5%, parfois 8%, du PIB, à 4% aujourd’hui. Il en est de même au Sénégal, où les deux tiers des parents d’élèves interrogés ont déclaré scolariser leurs enfants en écoles privées non pas par choix mais par obligation, le privé étant la seule offre éducative disponible pour eux. Entre 2013 et 2018, le nombre de place dans le public a augmenté de seulement 1,7% par an en moyenne, contre 6,4% dans le privé.

Pourtant, le secteur privé ne répond pas toujours aux bonnes pratiques éducatives, signale le rapport. À Madagascar, les critères de recrutement n’exigent pas de qualification académique… En Côte d’Ivoire, 53% des enseignants interrogés par le Mouvement ivoirien des droits humains, partenaire de l’étude, reconnaissaient ne détenir que le Brevet des collèges comme diplôme. Tandis que 47% des enseignants du primaire n’ont pas d’autorisation d’enseignement, dans le privé.

Au Mali, plusieurs écoles privées souffrent d’une insuffisance d’enseignants, faute de rémunération attractive. Dans la commune III de Bamako, par exemple, 72% des enseignants dans le privé sont recrutés sur la base d’un contrat verbal et seulement 28% ont un contrat conforme aux dispositions de la loi.

 

Une régulation insuffisante du privé

Phénomène observé dans d’autres pays, le salaire minimum, certes légal, ne suffit pas à faire face aux charges de la famille, par exemple au Mali. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire, l’exercice du droit syndical n’est pas respecté.

Pourtant, du côté des parents, les frais de scolarité sont élevés. Il est hélas fréquent que des élèves soient exclus des cours, faute de paiement à temps, y compris en Côte d’Ivoire.

Plus généralement, ce rapport dénonce « une régulation insuffisante des établissements privés ». Les écoles ne respectent pas leur cahier des charges, les inspectrices ou inspecteurs de l’Éducation nationale ne peuvent pas contrôler régulièrement les enseignants, etc.

Dans ces conditions, jugent les différentes organisations, il faut au minimum faire machine arrière. La Côte d’Ivoire pourrait retrouver la part de 8% de son PIB investi dans l’éducation publique, le Sénégal pourrait consacrer l’essentiel des ressources publiques à la revalorisation de l’offre éducative. Il faudrait renforcer les contrôles sur les établissements privés et prendre les sanctions prévues par la loi en cas de non-respect des normes. Le Mali, par exemple, peut fermer les écoles ouvertes sans autorisation. Tout cela, en revalorisant la fonction d’enseignant.

Ce document, intitulé État des lieux de la privatisation de l’éducation en Afrique francophone, dégage donc de grandes idées fortes, bien que conçu de manière hétérogène. En effet, les rapports du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ont établi une analyse générale, alors que ceux du Mali et de Madagascar se sont concentrés sur la situation des enseignantes dans une zone géographique réduite.

Cette brochure a été réalisée avec l’appui de The Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights, et de la Coalition Éducation, soutenue par l’Agence française de développement et Open Society Foundations.

En savoir plus sur le Réseau contre la marchandisation de l’éducation : nevendezpasleducation.org

@NA

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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