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Société

Olivier Pezet livre son analyse

L’AFD est très présente sur la question du développement durable. Or, l’urbanisation de Dakar paraît anarchique, notamment pour l’approvisionnement en eau…

Nous ne sommes pas responsables de tous les problèmes de conduite des investissements publics ! Le cas de la crise de l’eau illustre typiquement différentes fragilités qui font que les investissements ne sont pas programmés comme il se doit. Les Sénégalais ont été surpris par la croissance et la consommation avec un phénomène de migration urbaine considérable sur la presqu’île de Dakar. Le défi cit d’entretien des installations existantes explique le dysfonctionnement. Des forages ont dû être interrompus pour cause de pollution des nappes phréatiques.

Reste une diffi culté intrinsèque à anticiper et à programmer les investissements : dans un contexte où beaucoup de sujets sont prioritaires, il est difficile de hiérarchiser et de donner les moyens aux bonnes priorités. Des discussions sont en cours avec la Sones (Société nationale des eaux du Sénégal) et les bailleurs de fonds pour trouver un système de tarifi cation de l’eau qui équilibre le secteur. La construction du troisième système d’approvisionnement en eau potable de Dakar, Keur Momar Sarr III (KMS 3), est lancée avec la BEI depuis le début d’année pour un coût de 250 millions d’euros. Le système pourrait être opérationnel fin 2018, au mieux.

Dans le domaine de l’énergie, les délestages persistent et le pays n’est pas autonome. Comment expliquez-vous cette situation alors que vous avez soutenu la réhabilitation de centrales de la Senelec en 2011 ?

Le Sénégal est autonome en énergie même s’il a des projets d’achat d’électricité en Mauritanie. Le défi cit d’investissement et les retards de réalisation expliquent les difficultés. Dans le cas de la centrale à charbon de Sindou, le projet a été signé, lancé, démarré… et déjà arrêté. Cela illustre un point important par rapport aux PPP : on n’a pas vu un projet décoller sans qu’un investissement étranger ne l’abonde, car les capitaux nationaux ne suffisent pas. Les coups de pouce de la coopération internationale ne suffisent pas !

Si les PPP sont une solution, ils rencontrent deux écueils. D’une part, les délais de mise en place sont très longs, car les contrats sont complexes. D’autre part, les États sont dépendants de la stratégie des entreprises privées ; lesquelles vont vouloir réaliser les chantiers rapidement ou faire traîner, voire à mi-parcours se retirer, comme en Mauritanie par exemple, ou sur certains projets électriques au Sénégal. Le pays peut se retrouver dans une dépendance assez risquée. Le PPP n’est pas forcément la panacée et peu d’opérations réussissent.

Quels sont les freins à une croissance inclusive qui permette un mieux vivre pour la population, dans un contexte de forte croissance démographique ?

J’en identifierais trois. J’ai toujours estimé, et je l’ai dit publiquement, que le PSE ne marque pas assez son soutien au développement des entreprises, c’est-à-dire à l’amélioration de l’environnement des affaires. Le deuxième obstacle est lié au déroulement du programme d’investissement et aux incertitudes sur le déroulé des grands projets. Troisième point, le sujet social : vous avez évoqué la démographie. On est encore dans un pays où les inégalités et la grande pauvreté sont encore très élevées. La moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Il y a un problème de répartition réelle de la richesse. Il faut reconnaître que le PSE a une dimension sociale importante qu’il ne faut pas sous-estimer. Les trois volets sont dans le PSE, mais il faut les équilibrer. Ne soyons pas obsédés par le programme d’investissement et les grands projets. La réussite du Plan reposera sur l’attention que les pouvoirs publics porteront à ces trois dimensions.

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