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Société

Olivier Pezet livre son analyse

Directeur du bureau de Dakar de l’Agence française de développement, Olivier Pezet livre son analyse sur les grands projets en cours. Sans concessions, il salue les avancées et déplore les retards pris, constatant la difficulté d’établir des priorités.

Olivier Pezet Directeur de l’Agence française de développement, à Dakar

 

Quels sont les axes d’intervention de l’AFD au Sénégal ? Ont-ils évolué avec les orientations de l’État, notamment depuis le lancement du PSE ?

Deux piliers de base guident notre stratégie d’intervention : contribuer à réduire la pauvreté et les inégalités pour améliorer les conditions de vie de la population et accompagner la croissance économique durable. Ce type de stratégie qui prévaut depuis le début des années 2000 n’a pas de raisons de se modifier. Ces orientations interagissent avec la stratégie nationale, ce qui peut donner lieu à des inflexions, des pondérations avec les sujets sectoriels.

Au Sénégal, la référence c’est le PSE, depuis le début 2014. Nous avions annoncé au groupe consultatif de Paris un montant indicatif d’engagement de 130 millions d’euros par an, répartis entre 100 millions de prêts souverains de l’AFD directement versés à l’État, 15 à 20 millions de subventions, et le reste pour les activités engagées auprès du secteur privé. S’agissant de l’articulation avec le PSE, un ensemble d’activités en cours s’y inscrivent totalement, notamment l’agriculture qui est un axe, à juste titre, très important du Plan.

L’AFD n’a pas attendu ce dernier pour avoir des activités importantes dans ce domaine : depuis plusieurs années, un financement de 20 à 30 millions d’euros abonde la riziculture irriguée, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal. Tous ces engagements, je suppose, sont en cours de comptabilisation dans le PSE. Certains projets comme l’autoroute, l’aéroport, se poursuivent et donneront lieu à des décaissements. À l’évidence, il ne s’agit pas à proprement parler des projets du PSE, mais ils font partie des transformations du pays qui vont façonner une grande partie du PSE lui-même, lequel met l’accent sur la ville nouvelle de Diamniadio, le transport collectif dans le grand Dakar.

Outre ces chantiers que vous évoquez, l’AFD identifi e-t-elle de nouveaux dossiers parmi les 27 projets phares du PSE ? Par exemple, participerez-vous à la construction de la deuxième université ?

Sur l’enseignement supérieur, l’AFD n’est pas et ne sera pas engagée. Par contre, nous sommes très présents dans le domaine de la formation professionnelle. Nous venons de signer un projet conjoint avec la Banque mondiale sur la poursuite de centres de formation professionnels partenariat public-privé (PPP) comme ceux qui ont déjà été lancés, donc en plein dans les orientations du PSE. Les 27 projets dont vous parlez ne sont pas 27 projets, mais ce que l’État appelle 27 « mégaprojets ». On ne connaît pas en réalité le détail, hormis ceux qui font la une des journaux, comme les universités, l’agriculture, la ville nouvelle.

Dans la déclinaison de ces projets, apparaît le sujet de l’énergie, en gestation depuis de nombreuses années, mais vital pour le pays, une marche vers l’émergence. Je ne vois pas d’émergence sans électricité et sans électricité plus compétitive ! Pour les projets nouveaux, l’AFD a été impliquée dans le financement de l’interconnexion électrique avec la Mauritanie, en partenariat avec la Banque islamique de développement (BID). Nous finançons la totalité de la ligne du côté mauritanien et la moitié avec la BID du côté sénégalais.

Autre exemple, le financement de l’interconnexion Sud-Est lié au barrage de Sambangalou a été lancé en début d’année avec la BAD, la Banque mondiale et la BEI. La construction de l’ouvrage est financée par la Chine. Ce projet très structurant pour le pays irriguera le Sud-Est du pays et le réseau guinéen.

Le PSE a une dimension sociale importante. Ne soyons pas obsédés par le programme d’investissement et celui des grands projets. La réussite du Plan reposera sur l’attention que les pouvoirs publics porteront à ces trois dimensions.

De manière globale, certains projets lancés à l’époque du président Abdoulaye Wade, notamment l’aéroport Blaise-Diagne, ont pris du retard. Comment l’expliquez-vous ?

Vous soulevez une question que nous posons aux autorités : comment contribuer à accélérer les projets du PSE ? Cela été rappelé lors de la récente visite de Christine Lagarde. Nous sommes à l’écoute de ce qui peut être fait pour contribuer à cette accélération. La difficulté est que l’on sous-estime, en général, les délais de mise au point des dossiers. Par exemple, il faut des premières études pour choisir entre un tramway et un bus rapide, puis des études de trafic, des évaluations de coût, de rentabilité, d’investissement, d’exploitation… Après ces choix stratégiques, il faut aboutir à des dossiers de consultation des entreprises, puis à l’appel à manifestation d’intérêt avant l’appel à projets. Ce processus prend beaucoup de temps. La maturation d’un projet important, si tout se passe bien en hyper accéléré, prend peut-être deux ans. Mais le plus souvent et jusqu’à la première pierre, il faut compter trois à cinq ans.

Au Sénégal comme dans tout autre pays, les pouvoirs publics sont confrontés à ces difficultés. Ils sont parfois tentés de brûler les étapes sur le plan des procédures de contractualisation ou d’aller vers le mieux disant. Sans parler des fi nancements : quand il s’agit de bâtir des projets qui se chiffrent à des centaines de millions d’euros, on ne trouve pas l’argent en cinq minutes ! D’autant que beaucoup de bailleurs de fonds sont déjà préprogrammés à plusieurs années, ce qui ne leur permet pas de prendre des virages en fonction des projets les plus prioritaires. Ce n’est pas le cas de l’AFD ; nous sommes parmi les plus réactifs. Pour le PSE, il faut intégrer ce qui est en cours, même si les décisions sont anciennes, mais qu’elles s’inscrivent en priorité nationale. S’agissant des réalisations, il ne faut pas s’attendre à des impacts concrets avant deux ans !

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