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Société

Nos chers espions en Afrique : Au coeur du secret

Le renseignement français en Afrique se révèle traversé de conflits entre services et fait face à une concurrence grandissante pour conserver son influence auprès des Présidents : services privés, puissances nouvelles, et les services africains eux-mêmes. 

Par Nicolas Bouchet

Antoine Glaser et Thomas Hofnung proposent de se faire une idée claire des vieilles comme des nouvelles habitudes du secteur Afrique (dit « N ») de la DGSE, de ses alliés et de ses concurrents.

Les « chers espions » sont de natures très diverses : agents de la DGSE bien sûr, mais aussi diplomates, (ex-)militaires, dirigeants du privé… Au-delà des épisodes historiques (Jacques Foccart, l’affaire Elf), la période récente retient l’attention.

La nébuleuse d’acteurs mobilisables actuellement prend tout son sens dans un contexte où les tensions s’apaisent pour garantir le soutien militaire et antiterroriste français au Sahel. Les coups à plusieurs bandes deviennent possibles, ici, pour concilier les intérêts territoriaux du gouvernement malien et des mouvements touaregs, là pour agir dans des pays éloignés de la sphère d’influence française : au Liberia et en Angola, on a fait appel aux réseaux du fidèle Blaise Compaoré jusqu’à sa chute en 2014.

On aurait aimé d’ailleurs en apprendre bien plus sur les activités en propre du renseignement français dans les pays non-francophones. On appréciera une terminologie savoureuse : le frère d’Alassane Ouattara est surnommé (comme par les Ivoiriens eux-même) « Photocopie » pour sa ressemblance physique avec le président de Côte d’Ivoire, et les complexes réseaux corses sur le continent sont composés d’« honorables correspondants ».

Quelques portraits hauts en couleur aussi comme celui de Frédéric Bongo, frère d’Ali, « formé à Saint-Cyr, titulaire d’une maîtrise de sociologie, grand fan du PSG et adepte des sports de combat », et surtout responsable des services spéciaux du pays. 

De nouvelles puissances 

Trois craintes dominent la « Boîte ». La première est de céder aux acteurs français concurrents. Le Commandement des opérations spéciales (Défense) et le service Action (DGSE) ont ainsi ferraillé pour être envoyés par l’Élysée, le premier pour secourir le navire Ponant en 2008, le second pour libérer, sans succès, des otages au Niger en 2010 et en Somalie en 2013.

L’existence d’une « caste des diplomates-espions » en position de favoriser l’un ou l’autre complique ces relations. Deuxième crainte, voir les renseignements africains s’autonomiser par une « coopération Sud-Sud » et par le recours aux sociétés privées peuplées d’ex-militaires français, au risque de ne plus pouvoir jouer les pays les uns contre les autres ni d’assurer des loyautés à long terme. 

Ce climat d’émancipation crée parfois la panique : Denis Sassou Nguesso a réellement suspecté un complot fomenté contre lui par Paris pour le renverser et a dû être rassuré en personne par la DGSE.

L’arrivée de nouvelles puissances inquiète aussi, comme l’illustre l’installation de la Russie en République centrafricaine, tandis qu’au Gabon ce sont d’inattendus Sud-Coréens qui s’ajoutent aux anciens du Mossad et permettent à Ali Bongo de diversifier son entourage.

L’histoire enfin vient réclamer quelques dettes avec les promesses d’ouverture des archives concernant la mort de Thomas Sankara en 1987. Ici, les auteurs ne se font pas d’illusion car « la DGSE passera sans doute par là la première… ».

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