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Société

Misrata, le pompier pyromane…

« Les Libyens qui sont avec la révolution du 17 février sont contre le pouvoir à Tobrouk. Là-bas, ce sont d’anciens kadhafistes ou alors des révolutionnaires qui ont été corrompus par l’argent », assure Ali Abou Fanas, un chef d’opération pour la brigade al-Bousse, l’une des plus importantes de Misrata. Après avoir refusé pendant plusieurs semaines d’admettre la présence de l’EI à Syrte, ville située à deux heures de route à l’est, Misrata se rend compte du gain qu’elle peut tirer, à déclarer ouvertement la guerre au groupe terroriste : la reconnaissance de la communauté internationale. Cette dernière n’a adoubé que la légitimité de la Chambre des représentants, mais le Département d’État américain a, par exemple, jugé « encourageants » les efforts déployés par la coalition militaire Aube libyenne de vouloir combattre les takfiristes. 

Les hommes politiques comprennent les limites d’une influence uniquement militaire.

Mohamed Lihssan, chef de la brigade misrati 166 qui coordonne l’attaque contre EI, symbolise ces efforts. « Je suis un militaire, explique-t-il, je ne suis pas là pour négocier. Ma mission est de combattre les Daech partout où ils se cachent. » Sur le front, tout le monde est impliqué, les combattants chevronnés qui ont connu la révolution, mais aussi les plus jeunes et les plus inexpérimentés. Abdelhamid, 21 ans, est assis derrière une mitrailleuse 12,7 mm avec son ami Ahmed, 17 ans, prêt à combattre. Mohamed, deux roquettes à la main et casque de chantier autour du cou, se promène entre les véhicules armés un peu perdu : « J’ai un ami qui appartient à la brigade 166, il m’a proposé de venir pour aider. » Seulement, à force de jouer les gendarmes libyens, les forces armées de Misrata perdent de leur puissance de feu. Le 20 mars, l’« Armée des tribus » a réussi une percée prenant pendant quelques heures la ville d’Aziziya, à 30 km de Tripoli, obligeant des troupes à quitter le front de Syrte pour repousser cette offensive. 

Les hommes politiques comprennent les limites d’une influence uniquement militaire. Ils sont particulièrement actifs dans les différentes discussions lancées par les Nations unies. L’institution réunit les représentants des deux assemblées ennemies, au Maroc, pendant que les municipalités se retrouvent à Bruxelles. Fathi Bachaagha a été élu à la CdR, mais a boycotté l’assemblée dès le début, l’accusant d’être lié à Khalifa Haftar. Il tente de positionner sa ville au-dessus de la mêlée : « Misrata s’est sacrifiée en 2011 pour l’instauration de la démocratie, mais aujourd’hui la situation va de mal en pis. Mais je reste optimiste concernant le dialogue. Aujourd’hui, aucun des deux gouvernements n’est légitime. La Cour suprême a re-légitimé le Congrès [suite à une décision du 6 novembre d’invalider les élections législatives] mais il ne sait pas diriger. » Dans les bureaux de renseignements de Misrata, un responsable met les points sur les « i » : le Premier ministre du gouvernement de Tripoli, Omar al-Hassi, « ne contrôle rien. Ceux qui contrôlent l’Ouest et une partie du Sud du pays, c’est nous ».  

Ali Omar Boussita, le représentant de la ville de Misrata dans les négociations de Bruxelles, met en avant ce qui a toujours fait la force de la cité : le commerce. « Nous sommes des businessmen. Nous avons besoin des autres villes pour développer notre économie. Par exemple, Misrata dispose de 15 000 camions. Je me bats pour un État stable qui favorise l’économie. » 

Blouse, charlotte et chaussures en plastique, c’est l’équipement de base lorsque l’on pénètre un site agroalimentaire, mais en Libye ces normes hygiéniques sont la marque d’un secteur de pointe : bienvenue dans l’usine de produits laitiers al-Naseem. Jibril Raied en est le responsable : « Nous, les Misratis, avons l’habitude de faire du commerce sans se soucier des politiques. Heureusement, car sous Kadhafi comme aujourd’hui, les gouvernements ne nous ont jamais aidés. » À la faveur de la révolution, les entrepreneurs locaux veulent influer sur le politique. Ainsi le frère de Jibril Raied, Mohamed, a été élu à la Chambre des représentants avant d’en être un des boycotteurs. Contrairement à d’autres villes, Misrata n’a versé aucune taxe à l’État depuis la fin de la révolution. Pourquoi ? Un employé du bureau des audits répond : « Parce que c’est Misrata ! » 

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