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Société

Misrata, le pompier pyromane…

Misrata constitue un pion majeur de l’échiquier libyen. La ville est la seule à être présente dans tous les secteurs : militaire, politique, religieux, géographique et économique.

Un poing gauche doré écrasant un bombardier américain. L’image est familière à tous les Libyens. Mouammar Kadhafi avait l’habitude de tenir ses discours télévisés devant la statue. Elle glorifiait la destruction d’un F-111 par l’armée de la Jamahiriya lors d’un bombardement des États-Unis, le 15 avril 1986. Aujourd’hui, l’oeuvre, posée à même le trottoir d’une rue dont les immeubles portent encore les stigmates de la révolution, indique l’entrée du musée de la révolution de la ville de Misrata. Sans son piédestal, la statue a perdu de sa superbe. Qu’importe. Le message est clair : Kadhafi n’est plus et c’est grâce à Misrata. 

Durant la révolution, les combattants misratis prenaient exemple et courage sur Ramadan Sewehli, qui avait combattu les colons italiens au XXe siècle.

La troisième ville du pays a grandement participé à l’effort militaire durant la révolution. Dans l’ouvrage collectif The Libyan Revolution and its Aftermath [La révolution libyenne et ses conséquences, non traduit en français], le chercheur américain Brian McQuinn estime à 36 000 le nombre de combattants misratis répartis en 236 brigades au moment de la mort de Kadhafi, le 20 octobre 2011. Cette puissance de feu, Misrata l’a utilisée pour rayonner au-delà de sa zone d’influence. Sitôt le siège des forces kadhafistes levé le 15 mai 2011, les révolutionnaires ont participé aux deux grandes batailles de Tripoli et de Syrte. Cette dernière s’est achevée avec l’assassinat de Kadhafi par une unité de Misrata. 

Nous, les Misratis, avons l’habitude de faire du commerce sans se soucier des politiques. Heureusement, car les gouvernements ne nous ont jamais aidés.

Durant la révolution, les combattants misratis prenaient exemple et courage sur Ramadan Sewehli, qui avait combattu les colons italiens au XXe siècle. Son descendant, Abdoulrahman Swehli, a pris la relève. Début 2015, l’homme politique se rend en Russie et en Ukraine pour obtenir des armes et une assistance technique. Le 17 février – jour anniversaire de la révolution de 2011 – la coalition armée Aube libyenne, qui contrôle Tripoli et dont les brigades de Misrata sont le fer de lance, bombarde pour la première fois par voie aérienne les forces de l’« Armée des tribus ». Cette armée, qui regroupe principalement des hommes de la ville de Zintan et des membres de la tribu des Wershefana, appartient à l’opération Karama (Dignité) dirigée par l’ancien général Khalifa Haftar. Elle soutient la Chambre des représentants (CdR), basée à Tobrouk à l’extrême est du pays, alors que Misrata reconnaît le Congrès général national (CGN), basé à Tripoli. Jusqu’alors, seuls les hommes de Haftar avaient le contrôle des airs. 

Au sol, les combattants de Misrata sont présents sur trois fronts. À l’Ouest, ils combattent les Zintanis qui souhaitent reprendre pied à Tripoli d’où ils ont été chassés par Aube libyenne à l’été 2014. Au Sud, Misrata est présente via la Troisième force, dont le principal objectif est de garder le contrôle des champs pétroliers contre les Toubous, une ethnie nomade majoritairement loyale à la CdR. À Syrte, enfin, la Brigade 166 coordonne un ensemble de groupes armés pour déloger des combattants de l’État islamique (EI) basés là-bas depuis février 2015. Les ennemis diffèrent, la justification reste la même : préserver les acquis de 2011. 

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