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Société

Michaëlle Jean, SG de l’OIF

Sylvie Brunel, écrivain et géographe

Sylvie B

La Francophonie est-elle encore une valeur que les pays francophones ont envie de défendre ? Partout, y compris dans les pays anglophones, parler français est « à la mode ». Toutes les rues des métropoles du monde, au Japon, au Mexique, en Argentine, et même et surtout aux États-Unis, arborent des textes français, des titres français. Comme au XIXe siècle, le français est la langue des personnes qui aspirent à montrer leur bon goût et leur culture. Et nous renoncerions à cette chance immense ? Il existe certains pays où le français progresse au détriment de l’anglais, comme l’île Maurice. D’autres où il a perdu la bataille, pour des raisons géopolitiques, comme le Rwanda. Je trouve très triste cet abandon du français dans des pays où les jeunes sont si nombreux qu’il suffi t de moins de 20 ans pour perdre l’usage de la langue… Les pays où le français résiste devraient recevoir une aide culturelle très importante de la France et leurs étudiants bénéfi cier de facilités pour venir dans nos universités, ce n’est hélas souvent pas le cas.

Le français conserve-t-il encore son infl uence liée à la défense de valeurs, des droits de l’homme ?

Alors que le français reste une langue offi cielle à l’ONU, nos diplomates et hommes politiques sont les premiers à renoncer à son usage pour parler (mal) anglais. Au contraire, j’ai la chance d’enseigner dans une superbe Sorbonne des sables, celle d’Abou Dhabi, non seulement francophone, mais mixte, laïque et cosmopolite. De telles initiatives devraient se généraliser partout dans le monde. Que les auteurs francophones non français, comme les Québécois et les Africains du Nord, de l’Ouest et du centre, s’imposent de plus en plus dans le paysage littéraire mondial est pour moi une immense source de satisfaction, car ils enrichissent la langue et lui apportent une saveur et une sève que le berceau initial a souvent tendance à perdre ou à renier. J’adore les mots français qui résistent ou s’inventent, comme « la provenderie » pour désigner le magasin où l’on vend ou stocke des grains en Afrique de l’Ouest, ou « les lumières » pour dire les feux de signalisation au Québec ! Nous devrions faire comme les habitants de la Belle province et bannir tous les mots anglais de notre vocabulaire.

Donc, le rôle de la littérature est toujours aussi puissant, selon vous ?

Que l’Académie française, à l’occasion du centenaire du grand prix du roman, décide de le décerner à un écrivain algérien, Boualem Sansal, et à un poète tunisien, Hédi Kaddour, montre que tout est encore possible pour le français, qui doit rester une langue universelle, celle de la beauté des mots, de la tolérance, des droits de l’homme et des Lumières… Si seulement la France pouvait être aussi forte, aussi belle et aussi accueillante que sa langue ! 

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Written by ade

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