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Société

Michaëlle Jean, SG de l’OIF

Pour un partenariat gagnant-gagnant

L’espace économique francophone doit prendre en compte les besoins des pays du Sud en matière de développement et de transfert de technologie. Il doit également favoriser la libre circulation des hommes d’affaires.

Paul Fokam est sceptique. Le banquier camerounais n’imagine pas un espace d’affaires francophone sans la levée de toutes les barrières qui entravent la cir-culation des personnes. « Nous avons en Afrique trois zones économiques com-plètement cloisonnées. Il est diffi cile pour un chef d’entreprise africain de se rendre dans les autres pays francophones de la planète sans visa », confie-t-il, en marge du IIe Sommet économique de la Fran-cophonie. Le président d’Afriland First Bank, célèbre grâce à son vaste réseau de microfi nance, était l’hôte de cet évé- nement, à l’instar d’un certain nombre d’experts, qui ont pris le micro pour donner leur vision de la Francophonie des affaires et attirer l’attention sur les raisons qui entravent son essor. Le ton a été donné par les chefs d’État du continent, Ali Bongo Ondimba (Gabon), Macky Sall (Séné-gal) et Hery Rajaonarimampianina (Madagascar), qui ont inauguré la ren- contre. Face au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et à Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, ils ont plaidé chacun en faveur d’une coopération économique profi table à tous. « Le partenariat doit être gagnant-gagnant. C’est dans cet esprit-là que nous pouvons bâtir une richesse par-tagée », a estimé le président du Sénégal. Concrètement, Macky Sall considère que l’échange économique doit com- prendre un transfert de la technologie dont le Sud ne dispose pas pour l’instant et qui lui permettra, à terme, de pleine-ment prendre en main son développe- ment et d’assurer sa croissance. « La vocation des jeunes Africains n’est pas de quitter le continent pour fi nir au fond de l’océan. » Son homologue du Gabon juge que les Africains ont tout à gagner en restant dans leur pays, pour peu que leurs conditions de vie soient favorables, sur- tout en matière d’emploi. Or, aujourd’hui encore, les perspectives semblent assez fl oues. Le plus souvent, les jeunes en âge de travailler n’ont pas de qualifi cations. Ali Bongo le reconnaît volontiers : « Des investisseurs viennent au Gabon pour y créer des entreprises. Mais ils ont du mal à recruter Le point de vue des Africains. Pour un partenariat gagnant-gagnant du personnel, car le profi l des candidats cor- respond rarement à leurs critères. Cela est très frustrant pour nos jeunes. »

Cela étant posé, pour Paul Fokam, la distance entre les membres de la Fran- cophonie est entretenue par l’écart tech- nique qui sépare les pays du Nord et du Sud. « Les premiers ont la technique qui manque aux seconds. Peut-on développer aujourd’hui un partenariat gagnant-gagnant qui permet un transfert de la technologie au profit des pays les moins développés ? Je demande à voir », s’est-il interrogé. Il estime que la Francophonie économique doit avoir impérativement, une « valeur ajoutée » pour les Africains. « Nous devons être les acteurs de cette dynamique et non plus des objets », a martelé l’homme d’affaires. Albert Yuma a la même exigence en matière « d’accès à l’intelligence éco-nomique ». En sa qualité de président de la Fédération des entreprises du Congo et de la Conférence perma-nente des chambres consulaires afri-caines et francophones – la CPCCAF regroupe 26 pays africains ainsi que la France, la Belgique et le Canada – il a prononcé un plaidoyer en faveur de la promotion des PME et des PMI africaines. Il estime qu’en leur venant en aide, les pays francophones déve-loppés contribuent concrètement à la croissance du continent.

L’Afrique veut du concret

Un partenariat gagnant-gagnant doit, selon lui, comporter un plan d’ac-compagnement dans les domaines de la mise à niveau technique, la gestion et l’accès au marché que les entreprises du Nord peuvent fournir à leurs homolo- gues du Sud. Hakim Benhamouda, économiste tunisien, a révélé que des actions de cette nature ont été accomplies par le passé de façon ponctuelle, mais il est urgent aujourd’hui de les systématiser. Comme beaucoup, il reconnaît qu’un certain retard a été pris, même si offi ciel- lement, la Francophonie économique n’a qu’un an d’existence. Le premier sommet organisé à Dakar, au Sénégal, date en effet de décembre 2014. À Paris, Michaëlle Jean et Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du Développement et de la Francophonie, ont rappelé les engagements économiques qui avaient été pris alors, à travers notam-ment la multiplication des réseaux profes-sionnels, la promotion de l’entrepreneuriat et du secteur privé, le développement des infrastructures et la mise en place d’une bonne gouvernance. Si une année reste un délai très court et insuffi sant pour évaluer la réalisation de tous ces projets, il est néan-moins à craindre que les résultats soient longs à venir. « Il ne s’agit plus d’adopter une approche prospective car nos populations sont en attente », a prévenu le président du Madagascar. De son côté, Paul Fokam ne se fait guère d’illusions. Poliment, il affi rme que tous ces sommets constituent « uniquement un début de réfl exion. Mais ne comportent pas des solutions concrètes ».

La langue des diplomates

Fort de ce constat, le président gabo-nais considère que la Francophonie dans son aspect économique doit prendre en charge les revendications des pays du Sud en matière de développement et ne plus se contenter d’être un espace de business exclusivement rentable pour le Nord. « On ne doit pas nous imposer des choix. Nous ne sommes pas là pour faire de la fi guration », a asséné Ali Bongo. « Le partenariat que je souhaite voir se réaliser doit permettre au Nord d’être complémentaire du Sud », a ren-chéri son homologue sénégalais. Le président de Madagascar, dont le pays abritera le prochain sommet en 2016, a développé un discours quasi similaire en affirmant que « la Francophonie économique doit être une arme contre la pauvreté ». Afin de le rendre rentable pour les Africains, cet espace est appelé, selon lui, à préserver les intérêts de tous. « Il est important de bâtir une relation de confiance dans un esprit de synergie. Nous avons des atouts à partager avec vous, les pays du Nord, bien plus que nos ressources minières », a précisé le président malgache. Avant de décliner la nature des appuis que les pays développés de la communauté francophone pourraient apporter à leurs homologues du Sud, à travers le soutien à la lutte contre la pauvreté, la préservation de l’environnement et du patrimoine ainsi que la promotion d’une plus grande stabilité politique. 

Et pourquoi pas la démocratie ! Un sujet qui fâche et donc totalement exclu des débats. « Je préfère ne pas m’aventurer dans ce domaine-là », s’est contenté de répondre Paul Fokam. Se recentrant sur les obstacles exclusivement économiques qui empêchent l’émergence d’un espace d’affaires francophone, le banquier considère qu’il est aléatoire de consolider une entente uniquement sur la base d’une langue commune. « Le français n’est qu’un instrument qui permet de créer une communauté d’échanges. Mais a-t-il permis de développer les affaires entre les États membres. Franchement, je ne le pense pas », a-t-il observé. Selon Paul Fokam, le français, qui garde encore aujourd’hui des relents colonialistes, doit permettre le rayonnement des cultures locales. Et surtout, il doit s’adapter afin de devenir comme l’anglais la langue des affaires et pas seulement celle des diplomates .

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Written by ade

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