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Société

Matthias Papet, fondateur de CoinAfrique

Matthis Papet développe, en Afrique de l’Ouest francophone, la première plateforme mobile de mise en relation. Si le modèle est éprouvé un peu partout dans le monde, il doit, pour prospérer, s’adapter au contexte africain.

Par Guillaume Weill-Raynal

«Le plus célèbre en France, c’est Le Bon Coin », explique Matthias Papet. La référence s’impose d’emblée. Au point que le nom de sa plateforme, CoinAfrique, semblait s’imposer de lui-même. Non pas un plagiat, mais plutôt un hommage en forme de clin d’oeil.

Car le nom, même s’il est important, ne peut à lui seul garantir le succès. Créer en Afrique de l’Ouest la première peer-to-peer market place exigeait avant tout une étude minutieuse d’un marché neuf, un solide business plan, et surtout… de la patience : créée en mai 2015, CoinAfrique ne devrait commencer à gagner de l’argent que dans un proche avenir.

L’Internet, royaume de l’immédiateté pour les utilisateurs, peut être aussi celui de l’incuba­tion lente pour les entreprises, celle du temps nécessaire pour acquérir une notoriété en s’installant dans les habitudes de connexion du public.

Des règles qui n’avaient rien de secret pour Matthias Papet, 42 ans, ancien directeur du service voyages chez Google, et ancien direc­teur général d’Eco Tour, un acteur majeur des agences de voyages en ligne. L’idée de se lancer dans l’aventure lui est venue le plus simple­ment du monde. « Je connaissais bien l’Afrique, et je me disais souvent que j’aimerais bien y faire quelque chose qui permette d’impacter la vie de millions d’Africains, avec un service gratuit».

L’un de ses amis, précisément directeur finan­cier chez Le Bon Coin, lui vante les succès de son entreprise, et lui explique qu’en France, un internaute sur deux visite le site au moins une fois par mois. «Je me suis dit qu’il y avait sûre­ment le moyen de faire la même chose en Afrique. Il n’y avait pas de temps à perdre».

Très vite, la zone à conquérir est définie, celle de l’Afrique de l’Ouest francophone, homogène à deux titres, par la langue et par la monnaie. Ensuite, une stratégie, celle d’une offre basée à 100 % sur le téléphone, sans s’embarrasser de la créa­tion et de la gestion d’un site Internet : « Nous sommes le premier pure player mobile». Le marché visé compte aujourd’hui 280 millions d’habitants qui seront 330 millions dans cinq ans. Le nombre de téléphones – 220 millions aujourd’hui ! – suivra cette croissance. Le nombre de smartphones estimé aujourd’hui à 15 millions passera à 100 millions…

Après le Bénin, la croissance se poursuit

« Il y a un pays qui a tout de suite décollé, c’est le Bénin, mais nous ne savions pas pour­quoi » ; Matthias Papet et ses deux asso­ciés constatent dans ce pays un nombre important de téléchargements, et les petites annonces commencent à être publiées. Tous les trois, ils décident de partir sur place, observer le terrain.

Le Bénin va devenir leur marché-pilote. Ils achètent de la publicité sur Google et Facebook pour se rendre visibles, rencontrent utilisateurs et annonceurs poten­tiels, des commerçants. Aujourd’hui, le Bénin compte 10 000 utilisateurs. Leur nombre croît régulièrement dans 17 pays – 2 000 en Côte d’Ivoire, 3 000 au Mali, 5 000 au Burkina Faso – et devrait continuer à se développer.

Depuis le début de l’année, CoinAfrique s’est lancé à la conquête du Sénégal, où 10 000 utilisateurs ont déjà téléchargé l’application. Un marché considéré comme « plus compliqué et plus compétitif » mais qui constitue un palier important dans la stratégie de déploiement de l’entreprise.

Une phase de transition indispen­sable avant de commencer à gagner de l’argent. « Dans ces activités-là, l’enjeu, c’est l’audience. Une fois que vous avez l’audience, vous trouvez toujours un moyen de gagner de l’argent. Si vous cherchez à gagner de l’argent trop tôt, vous allez dégoûter vos utilisateurs, parce que tout va être payant, et dégoûter vos vendeurs, parce qu’il ne va pas y avoir assez d’utilisateurs.

Ce qui rend ce genre de service rentable, c’est le volume. Il faut atteindre un certain niveau de volume, et une fois qu’il est atteint – ce qui veut dire qu’il y a des gens qui contactent des gens qui vendent –, à partir du moment où il y a des transactions qui se font, les gens seront ravis de payer un peu plus pour être davantage visibles et vendre plus vite. »

Pour les annonceurs, les offres payantes commencent à apparaître. Au Bénin, CoinAfrique a lancé en avril ses premiers « produits de monétisation » : « On donne la possibilité à ceux qui postent des annonces de les mettre en avant, en première position, de nouer des accords, donc mettre en avant des réductions dans l’application pour pouvoir mieux vendre, mieux montrer leurs annonces».

Dans tous les cas, le service demeurera gratuit pour les utili­sateurs. Afin de mieux coller – pour les uns comme pour les autres – à la promesse dont CoinAfrique s’est fait un slogan : « La bonne affaire est dans votre téléphone».

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