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Société

Maroc: bâtir une société du savoir

Le Maroc affronte un obstacle de taille sur la route de l’émergence : la faiblesse de son système d’éducation et de formation. L’État tente d’agir en ouvrant les portes au privé et aux autres capitaux publics. Diagnostic.

«Nous souhaitons aller vers la société du savoir mais la tâche reste immense pour redresser le système d’éducation et de for­mation », confie, un brin désabusé, le ministre de l’Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi. Le gouvernement marocain vient de prendre de nouvelles mesures afin de conforter le développe­ment de trois nouvelles universités que l’État finance directement ou indirecte­ment. « Face à l’indigence des moyens de l’enseignement supérieur, des accords entre des entreprises publiques ou des bailleurs de fonds et le ministère de tutelle permettent de développer trois nouveaux projets dont le ministère reconnaît désormais les diplômes, avec ce nouveau décret », explique un spé­cialiste de l’Éducation.

Un nouveau cahier des charges pour la reconnaissance des diplômes du sec­teur de l’enseignement supérieur privé est également en cours de publication. Il permettra de reconnaître certaines universités privées sous contrat, plus de 12 ans après la promulgation de la loi prévoyant ces dispositions. Au total, le maillage des 18 ou 19 universités à statut public ou semi-public intégrerait quatre universités privées situées dans les plus grandes villes, à Marrakech, Agadir, Fès ou Casablanca.

Ce cahier des charges ouvrira ensuite la porte à une reconnais­sance, sous conditions, des 213 établisse­ments supérieurs privés. « Nous essayons de mettre le secteur en capacité d’absorber l’augmentation exponentielle des étudiants inscrits; ils doublent tous les trois ans au rythme actuel. La situation est critique et l’enseignement supérieur sera un secteur sous tension extrême jusqu’en 2030 à cause des effets des réformes scolaires et de la démographie », explique un des cadres du ministère. L’énorme chantier est ausculté depuis 1999, à l’époque où Meziane Belfqih, conseiller royal, animait un travail de diagnostic et de propositions dans la Charte nationale de l’Éducation- Formation. Quinze années après, un bilan sera présenté aux plus hautes auto­rités de l’État, dans quelques semaines.

«En 1999, le constat était désastreux, en 2014, il sera alarmant », redoute un connaisseur du dossier. Le système d’éducation formation, cloisonné, cen­tralisé et sous-financé, a valu au pays d’être classé par la Banque mondiale, en 2008, comme l’un des deux der­niers pays arabes en la matière. Pire, ce retard le relègue systématiquement aux places peu honorables dans les indices de développement humain (en 2014, le Maroc s’est classé 126e sur 177 pays dans l’IDH) avec un taux d’analphabétisme, certes en recul, mais néanmoins établi à 45 %.

En 2009, un plan d’urgence, soutenu par les bailleurs de fonds inter­nationaux, a fait sensiblement bouger les lignes, notamment au niveau des taux de scolarisation au collège et au lycée. « Au stade du primaire, le Maroc a beaucoup progressé ces dix dernières années, nous avons atteint près de 98 % en taux brut de scolarisation ; au secondaire (collège et lycée) le taux a également beaucoup pro­gressé, surtout depuis 2009, mais le diffé­rentiel entre zone urbaine (80 %) et zone rurale (50 %) s’accentue, surtout chez les filles », explique un économiste. Depuis 2013, les adresses royales les plus récentes pressent la classe poli­tique de consolider ces résultats.

« Le remplacement, en septembre 2013, d’un ministre de l’Éducation nationale au pro­fil politique par un ministre technocrate est symptomatique de la volonté de sanctua­riser l’éducation. Les directives ne doivent plus subir d’aléas politiques, la situation est trop grave », décrypte un observateur. « La classe d’âge la plus nombreuse que nous avons connu au Maroc vient de passer le stade du système primaire et secondaire », explique un démographe. C’est bien le nœud du problème. Les performances du système d’enseignement supérieur ne sont guère reluisantes, les abandons constatés au collège et au lycée s’accen­tuent au niveau du supérieur, et de ce fait des dizaines de milliers de jeunes entre 18 et 24 ans entrent sans qualification sur le marché du travail.

Selon les écono­mistes, 1,5 % à peine d’une classe d’âge arrive à intégrer l’université publique et obtenir un diplôme sans redoubler. « Durant ces dix dernières années, 9 mil­lions de jeunes Marocains sont passés par le système scolaire, mais 8 millions d’entre eux en sont sortis avec une qualification inférieure au brevet des collèges », explique un cadre du Haut-commissariat au Plan. 

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