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Société

Mali: un vaccin contre Ebola

Alors que le virus Ebola a fait 6 000 victimes dans la sous-région, et que le Mali est à son tour frappé, la mise au point d’un vaccin, testé dans le pays, suscite de grands espoirs.

Il s’appelle ChAd3 et est basé sur les adénovirus du chimpanzé : ce nouveau vaccin pourrait constituer un moyen de prévention efficace contre le virus Ebola. Deux vaccins de ce type sont en cours d’expérimentation dans le monde. L’un d’eux est en phase d’essais sur les êtres humains dans plusieurs pays, parmi lesquels le Mali, qui vient de connaître ses premiers cas avérés d’Ebola. Le projet est mené en collaboration avec les Instituts américains de la santé et les laboratoires GlaxoSmi-thKline, et semble très prometteur.

C’est en tout cas ce que démontrent les premiers essais réalisés sur des animaux. Le professeur Samba Sow est le directeur du Centre pour le développement des vaccins du Mali, où l’essai est réalisé : « Nous avons pris deux groupes de singes que nous avons exposés au virus. Le premier n’a pas été vacciné : tous ont eu Ebola et sont morts. Le second a été vacciné : aucun n’a eu Ebola, aucun n’est mort. Conclusion : 100 % efficace chez le singe. » Les premières doses ont été inoculées à des Maliens début octobre. Vingt volontaires ont déjà été vaccinés. L’objectif de cette première phase est de parvenir à 40 patients tests.

Parmi les personnes les plus exposées au virus Ebola, figurent bien sûr les familles des victimes, les personnes qui effectuent les rites funéraires et, surtout, les personnes qui soignent les malades. « Quand il y a des cas, le personnel de santé a tellement peur que souvent, nous déplorons des désertions, relate le professeur Samba Sow. Aujourd’hui, le but est de vacciner en priorité les agents de santé qui seront sur la ligne de front. Ensuite, nous passerons à une immunisation à plus grande échelle. »

Après avoir longtemps été préservé, le Mali est, à son tour, frappé par le virus Ebola. Ce n’est pas pour cette raison que le pays a été choisi pour des tests qui avaient commencé avant l’apparition du premier cas, mais simplement parce que Bamako a les capacités techniques d’accueillir l’expérience. Ces tests se déroulent simultanément sur les conti-nents américain, européen et africain. Ce déploiement est crucial, affirme Ibrahima Socé-Fall, représentant de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) au Mali, qui encadre ces tests : « Il permet d’analyser des paramètres qui peuvent varier selon les spécificités environnementales ou biologiques des patients. »

Se laver les mains

Alors que la maladie poursuit ses ravages, avec 6 000 victimes depuis le début de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, ces recherches constituent un immense espoir. « Ce candidat vaccin est une excellente opportunité, estime Samba Sow. S’il est efficace, il pourra calmer cette épidémie dans tous les pays d’Afrique, et il n’y aura plus de morts dans nos familles et dans nos communautés. »

L’espoir est per- mis, mais attention à ne pas susciter trop d’attentes, et à ne pas baisser la garde. « Il est important de poursuivre les recherches, mais il ne faut pas oublier les mesures primaires d’hygiène qui permettent d’éviter la transmission », avertit Ibrahima Socé-Fall. « Un geste simple, se laver les mains, peut sauver des vies. » Compte tenu de l’urgence de la situation, les phases de tests ont été accélérées. Pour un processus de vaccination à grande échelle, si les essais sont concluants, d’ici à mi-2015.

Membre de la cellule d’urgence Ebola au Mali, Daouda Menta est spécialiste des maladies infectieuses et tropicales au CHU (Centre hospitalo-universitaire) du Point-G, à Bamako. Il se veut rassurant : « Toutes les dispositions sont prises pour contenir la maladie. Le virus Ebola a une vitesse de propagation importante, et compte tenu de la manière dont le premier cas de Bamako a été décelé cela aurait pu aller beaucoup plus loin!».

La frontière reste ouverte

C’est par la Guinée, pays frontalier du Mali, que le virus Ebola est entré dans le pays. Pour autant, Bamako refuse de fermer la frontière. Cette mesure serait contre-productive, selon le ministre malien de la Communication, Mahamadou Camara : «Nous savons que les frontières sont relativement poreuses, nous avons préféré limiter les passages à un accès unique, à partir duquel les contrôles seront accentués. Ces contrôles seront des plus rigoureux. Si nous avions fermé la frontière, les gens seraient passés ailleurs, en cachette, sans être contrôlés et identifiés. En contrôlant le passage, nous avons la possibilité de tester les gens, de savoir s’ils sont à risque ou pas, et éventuellement d’appliquer les mesures nécessaires». Ebola a été décrété « Grande cause nationale ».

Le ministre de la Communication détaille : « Nous avons demandé à tous les leaders religieux, aux chefs traditionnels, aux notables d’être des relais dans leurs quartiers et dans leurs communautés. Il s’agit d’abord d’éviter la panique. Nous leur demandons de nous aider à expliquer ce qu’est la maladie Ebola, comment elle s’attrape et comment on peut la prendre en charge, afin que chacun change ses comportements ».

TROIS QUESTIONS A

Carlos Lopes

Secrétaire exécutif de la Commission économique africaine (CEA)

Carlos Lopes

 

Vous avez visité plusieurs pays touchés par Ebola. Quel bilan en dressez-vous ?

Il faut, bien sûr, se féliciter des progrès récents, même si au départ tout le monde a été pris au dépourvu, car Ebola était une maladie méconnue en Afrique occidentale. Les chiffres sont dramatiques, mais rien de comparable aux ravages d’autres maladies endémiques, comme la malaria ou la tuberculose. Elle a causé 6 000 décès, c’est certes dramatique, mais il faut savoir garder le sens des réalités – et de la mesure.

Malheureusement, les pays affectés n’ont pas ce choix. Dans l’urgence, ils doivent faire d’Ebola leur seule priorité, et ne savent pas comment endiguer une épidémie dont la transmission est fulgurante, en l’absence de capacité de riposte médicale et sans le changement de comportement social. J’ai effectué des visites dans la région affectée, dans certains cas accompagné de Dlamini Zuma, pour l’Union africaine (UA), ou de Donald Kaberuka, de la Banque africaine de développement (BAD).

En effet, il est important de coordonner la réponse des institutions panafricaines. Ce qui nous préoccupe davantage, c’est l’amalgame que l’on peut constater, soit sur les aspects de contamination, soit sur le potentiel impact économique. Nous ne pouvons que le déplorer : échafauder des scénarios catastrophe ne nous aide pas ! Le catastrophisme peut finir par donner raison à ses promoteurs, car il crée la panique.

Il y a de la vie avec Ebola, pas seulement avant et après Ebola. Il y a de la vie dans les pays ! Ces villages ne sont pas rayés de la carte à cause du virus. La perception de cette infection est devenue plus dangereuse que le virus lui-même !

Précisément, quelles sont vos évaluations des conséquences de cette épidémie sur les populations et les économies des pays touchés ?

Bien sûr, les analyses de la CEA montrent que l’impact d’Ebola dans les trois pays est important et dramatique. Je voudrais toutefois apporter trois précisions. Tout d’abord, l’impact social est plus dévastateur que l’impact économique proprement dit. Ceci s’explique par le fait que plus de 60 % des personnes dépendent du secteur primaire, mais que leur contribution dans le PIB est de l’ordre de 6 % à 8 %.

Les stocks alimentaires sont épuisés. Dans les trois pays, une aide alimentaire s’impose. Deuxièmement, les trois pays ont eu un semestre presque normal début 2014, dans une dynamique de croissance soutenue, avant de plonger à partir de juillet. Ceci réduit en soi l’impact sur l’année, et si en plus les aides budgétaires et autres parviennent correctement, la secousse sera moins lourde.

Une modeste croissance annuelle n’est pas exclue dans les pays qui conservent l’activité de leurs industries extractives. Troisièmement, ces trois pays représentent moins de 1 % du PIB africain. Même dans une lecture pessimiste, avec une croissance zéro pour les trois, cela signifierait une contraction théorique de 0,05 point de croissance du PIB africain ou 1,9 point de celui de l’Afrique occidentale.

Comment travaillez-vous avec les autres institutions pour faire face à cette situation ?

Nous œuvrons ensemble pour mobiliser l’opinion publique et les acteurs africains. Avec l’UA et la BAD, nous avons organisé un forum avec quelques-uns des entrepreneurs les plus influents du continent, à Addis Abeba, début novembre. À cette occasion, nous avons sollicité une aide de 30 millions $ ; elle a été obtenue d’emblée, et financera la première étape de l’envoi de 2 000 volontaires du secteur médical. Bien davantage sera fait. Pour la CEA, le plus urgent est d’arrêter les lectures catastrophistes sur l’Afrique : 99 % du continent n’a rien à avoir avec la maladie et pourtant les inquiétudes sont de retour. Cette fois, il faut se battre pour ne pas gâcher notre chance.

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