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Société

Maintenir l’élan de l’assistance sociale au Burkina Faso

Maintenir l’élan de l’assistance sociale au Burkina Faso
  • Publiéjuin 28, 2024

S’ils ne manquent pas de budgets, les nouveaux outils de l’assistance sociale au Burkina Faso ne demandent qu’à être mieux déployés, afin de gagner en efficacité.

 

Avec des taux de pauvreté et de vulnérabilité croissants, de faibles niveaux de capital humain et des niveaux élevés de déplacement de la population, les ménages burkinabè ont plus que jamais besoin d’être protégés contre les différents chocs auxquels ils sont confrontés. Tel est le constat de la Banque mondiale, dont le récent rapport de conjoncture, réédité en juin 2024, s’enrichit d’un chapitre consacré à la politique d’assistance sociale du pays.

L’assistance sociale, conçue pour aider les ménages à faire face à la pauvreté chronique, à l’indigence et à la vulnérabilité, est un élément essentiel de la réponse du gouvernement du Faso qui combine les interventions entre la réponse urgente et les programmes d’autonomisation économique.

« La poursuite du déploiement et de l’utilisation du registre social est un effort essentiel pour améliorer le ciblage du système d’assistance sociale du pays à des coûts administratifs limités. »

Au cours des dernières années, « le Burkina Faso a mis en place les éléments d’un système d’assistance sociale efficace », juge la Banque mondiale, qui vante les mérites du Programme d’appui à l’autonomisation économique des ménages pauvres et vulnérables. Le PAMPV a pour objectif de couvrir les 20 % les plus pauvres d’ici 2033.

Le programme offre un cadre global pour les interventions d’assistance sociale, tant pour le financement des bailleurs que pour le gouvernement. En outre, il contribue à réduire la fragmentation, à accroître la couverture des filets de sécurité sociale et à renforcer le leadership du gouvernement face à la multitude d’acteurs dans le secteur.

Surtout, la Banque mondiale vante les mérites du « registre social », qui constitue le deuxième pilier du système gouvernemental. Il constitue un instrument essentiel pour l’identification plus efficace et transparente des pauvres et des personnes vulnérables, susceptibles de bénéficier des aides sociales.

Son déploiement progressif, prévu au cours des prochaines années, devrait permettre de couvrir environ 1,7 million de ménages au Burkina Faso – c’est-à-dire tous les ménages en situation d’extrême pauvreté et de pauvreté moins sévère.

« Outre l’amélioration de la sélection des bénéficiaires par chaque programme à un coût réduit, l’existence d’un instrument commun à l’ensemble du secteur permet d’améliorer la coordination et de réduire les doublons », observe la Banque mondiale.

 

Un système trop fragmenté

Du point de vue financier, peu de reproches : les dépenses globales de protection sociale au Burkina Faso s’élevaient à 4 % du PIB en 2020 ; dont environ 2,6 % du PIB, consacrés à l’assistance sociale, 0,72 % à l’assurance sociale, 0,51 % aux subventions énergétiques et 0,14 % aux politiques du marché de l’emploi. La majorité des dépenses d’assistance sociale (environ 1,5 % du PIB) provient de sources nationales. Les dépenses d’assistance sociale dépassent la moyenne des pays subsahariens.

Cela étant, « si les interventions étaient parfaitement ciblées sur les pauvres, les dépenses d’assistance sociale pourraient théoriquement réduire de près de moitié l’écart de pauvreté, qui est estimé à environ 6 % du PIB en 2021 », lâche la Banque mondiale.

En effet, le niveau élevé de dépenses est entravé par l’« inefficacité » du système : le système d’assistance sociale du Burkina Faso est très fragmenté, avec de nombreuses petites interventions mises en œuvre par une pléthore d’acteurs. Par exemple, il existe plus de 50 interventions fournissant des transferts alimentaires et en nature. Les interventions fournissant des transferts monétaires sont mises en œuvre et financées par une douzaine d’acteurs. La fragmentation se manifeste également dans le nombre d’institutions impliquées dans le secteur, qui compte plus de 50 agences de mise en œuvre, dont plusieurs ministères, ONG et partenaires multilatéraux et bilatéraux.

Les niveaux élevés de fragmentation entraînent des coûts administratifs importants pour l’ensemble du système, rendent la cohérence difficile, augmentent le risque de chevauchement et de duplication et créent des frustrations parmi les bénéficiaires.

Et la Banque mondiale de regretter : une part importante (56,5 %) des dépenses d’assistance sociale au Burkina Faso bénéficie aux non-pauvres, avec des dépenses globales d’assistance uniformément réparties dans la distribution des revenus. Certaines des interventions les plus importantes, telles que celles destinées aux étudiants de l’enseignement supérieur et les exonérations de frais de santé, bénéficient à des groupes relativement aisés. Les interventions de subvention alimentaire touchent également davantage les moins pauvres.

L’achèvement des travaux du centre social de Laongo, au Burkina Faso, conçu par le célèbre architecte Francis Kéré.
L’achèvement des travaux du centre social de Laongo, au Burkina Faso, conçu par le célèbre architecte Francis Kéré.

 

Exception : les interventions prévoyant des transferts monétaires sont les plus performantes en matière de ciblage de la pauvreté : 39 % de tous les bénéficiaires d’interventions qui incluent des transferts monétaires dans leur conception sont en situation d’extrême pauvreté et plus de 76 % de tous les bénéficiaires sont pauvres. Cela est dû en grande partie à l’attention portée à l’identification des bénéficiaires, à la faveur d’enquêtes préalables.

 

Accélérer les réformes en cours

De plus, regrette la Banque mondiale, la répartition géographique des bénéficiaires de denrées alimentaires subventionnées n’est pas corrélée avec la pauvreté. Ainsi, la province du Kadiogo, qui comprend la capitale Ouagadougou, a reçu près d’un quart des dépenses de 2022 pour les subventions alimentaires, mais ne représentaient que 2,4 % de l’ensemble des pauvres en 2019.

Voilà pourquoi, juge la Banque mondiale, pour remédier aux principales limites du système actuel, il est nécessaire d’accélérer et d’étendre les réformes en cours. Il s’agit d’améliorer la capacité des programmes à atteindre les plus pauvres et les plus vulnérables, de réduire la fragmentation du système et d’améliorer la traçabilité et la gouvernance des interventions d’assistance sociale.

La Banque mondiale ne suggère donc pas de tout jeter, au contraire : « La poursuite du déploiement et de l’utilisation du registre social est un effort essentiel pour améliorer le ciblage du système d’assistance sociale du pays à des coûts administratifs limités. »

Les organismes supervisant les subventions alimentaires feraient bien de s’en inspirer. Un meilleur ciblage par le « registre social » serait également être utile à d’autres programmes en dehors de l’assistance sociale, y compris des réformes potentielles de la tarification de l’énergie ou des programmes visant à soutenir la productivité agricole parmi les pauvres.

Et la Banque mondiale d’espérer l’ « opérationnalisation du PAMPV en tant que programme phare national », afin de réduire la fragmentation du système et d’améliorer à la viabilité financière.

@NA

Écrit par
Aude Darc

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