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Société

Mabingue Ngom, directeur régional de l’UNFPA

À mon retour à Dakar en avril 2015 en tant que directeur régional de l’UNFPA, j’ai réuni un groupe de chercheurs, d’économistes, et de démographes afin de faire le point sur les travaux en cours concernant le dividende démographique. Hélas, à ma grande surprise, le premier constat que j’en ai tiré, c’est que ces experts travaillaient avec les mêmes courbes que j’avais moi-même étudiées dans mes cours d’économie.

De plus, chacun avait continué à travailler dans son coin sans qu’il y ait de tentatives de croiser les courbes avec les évolutions récentes en Afrique. D’où un sentiment de faire du sur place et ma conviction est qu’il fallait encourager sans tarder une nouvelle dynamique afin de passer de la théorie à l’action pour ne pas rater la capture de ce dividende démographique. L’UNFPA a mis, depuis 2012, cette question au centre de ses interventions.

Êtes-vous satisfait des résultats obtenus jusqu’à présent ?

Effectivement, nous nous sommes engagés il y a cinq ans à soutenir l’UA dans ses efforts pour fédérer les différents acteurs autour du dividende démographique afin d’aider les pays africains à atteindre les objectifs inscrits dans les agendas 2030 et 2063. Pour cela, l’UNFPA a entrepris une série d’actions hautement stratégiques avec les jeunes, les religieux, les parlementaires, les agences spécialisées et les représentants diplomatiques.

Il s’agissait, à chaque fois, d’accompagner les États africains, les institutions régionales et sous régionales, les organisations de chercheurs, en créant les conditions nécessaires pour tirer profit du dividende démographique par l’adoption de programmes et de politiques susceptibles de libérer le potentiel des jeunes à travers la réalisation de leurs droits et du respect de leur dignité.

Il serait faux à ce stade d’affirmer que nous y sommes parvenus. C’est bien pour cela, d’ailleurs, que le plaidoyer doit être poursuivi sans relâche car, pour nombre de familles africaines, le sentiment perdure que les enfants constituent la meilleure assurance-vieillesse.

Comme il est illusoire de penser que les bailleurs de fonds vont investir dans des pays où règnent la terreur et l’instabilité à cause d’une jeunesse désoeuvrée qui n’arrive pas à s’employer et préfère se jeter dans les bras des djihadistes ! L’Afrique crée plus de 250 000 emplois par an, mais ce sont des millions de jeunes qui arrivent chaque année sur les marchés du travail des pays africains.

Le monde change et l’Afrique change avec lui. Même s’il était légitime de penser que la survie ou la prospérité de la famille reposait sur un nombre élevé d’enfants quand les activités étaient majoritairement agro-pastorales, ce n’est plus forcément le cas aujourd’hui.

Surtout dans une Afrique appelée à être de plus en plus urbanisée… L’enfant, bien sûr, restera toujours la richesse de la famille africaine mais pas s’il est contraint de mendier dans les rues, de s’exiler comme clandestin sur des pirogues ou s’il est instrumentalisé par des idéologies qui font peu cas de sa personne.

Ce trop-plein d’enfants quand on n’a pas les moyens de subvenir à leurs besoins, et tout particuliè­rement dans nos métropoles de plus en plus surpeuplées, est la source de beaucoup de désordres.

Il faut que les Africains comprennent – particulièrement dans les régions du Sahel ou autour du Bassin du lac Tchad asséchées par une trop grande exploitation humaine en plus du réchauffement climatique –, que la richesse ne réside plus dans la taille de la famille mais dans la qualité de l’éducation que l’on est en mesure de donner à ses enfants.

Quels sont les exemples réussis permettant d’induire des changements de comportements ?

Pour casser la dépendance économique de l’Afrique du fait du poids démographique actuel, il était important de coaliser tous les efforts autour de la capture de ce dividende démographique. Dès 2006, nous avons travaillé avec la commission de l’UA dans l’élaboration de son projet d’une Charte pour la jeunesse africaine.

Ce premier chantier est en train d’aboutir même si nous voulons le prolonger au-delà de 2017. Le second chantier a consisté à mobiliser tous les partenaires et membres de l’UA : les parlementaires, les chercheurs ainsi que les organisations régionales ou les bailleurs en Europe, en Asie et aux États-Unis.

De surcroît, un partenariat avec la Banque mondiale (BM) de 210 millions de dollars dans le cadre d’un projet pilote (2015-2018) avec six pays de la sous-région (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Tchad, Mauritanie) va permettre à ces pays de s’approprier leurs propres ressources en empruntant auprès de la BM.

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