x
Close
Société

L’indispensable lutte contre les maladies tropicales négligées

L’indispensable lutte contre les maladies tropicales négligées
  • Publiédécembre 30, 2022

Diverses maladies rares restent présentes dans les régions les plus pauvres d’Afrique. Pourtant, il est possible de les éradiquer. Au Sahel, dans la zone des Trois frontières, la BAD vient en appui de la CEDEAO pour combattre ce fléau.

 

Les maladies tropicales négligées (MTN) touchent 1,5 milliard de personnes dans le monde, dont 600 millions en Afrique. Elles affectent particulièrement les communautés pauvres, dans les régions tropicales ou subtropicales. Huit pays africains sur dix enregistrent au moins cinq de ces MTN, sur la vingtaine répertoriée par l’OMS.

Pourtant, regrettent les autorités médicales, les ONG, ces maladies sont évitables, toutes pourraient bénéficier d’un traitement et d’une prévention. Elles ne bénéficient pourtant que d’une part infime (0,6%) des budgets mondiaux de la santé. Malgré une morbidité élevée, à long terme, les MTN ne font pas partie des priorités des services de santé. Elles ne font pas non plus l’objet de grands fonds mondiaux dédiés, qui permettraient de financer la recherche ; et elles font d’ailleurs l’objet d’un certain désintérêt des laboratoires.  

L’objectif est aussi économique et financier ; les maladies affectent notamment la productivité en milieu agricole et grèvent les faibles revenus des ménages et le budget santé des pays concernés.

Les pays africains sont également soumis à des difficultés d’ordre logistiques. Il n’est pas rare que les médicaments arrivent en retard, tandis que dans les zones éloignées, il reste difficile de les stocker. Clairement, le lien entre pauvreté et persistance de ces maladies est établi.

Les maladies tropicales négligées englobent une vingtaine d’affections d’origine bactérienne, virale, parasitaire, fongiques et non transmissibles. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, la schistosomiase, la filariose lymphatique, les géohelminthiases, l’onchocercose et le trachome sont les plus répandues, aux conséquences sanitaires, sociales et économiques dévastatrices. Souvent associés à des déformations débilitantes et défigurantes, qui entraînent stigmatisation et discrimination, les maladies tropicales négligées y seraient la cause de 5,6 millions d’années de vie en état d’incapacité́, où elles affectent surtout les communautés pauvres et, de manière disproportionnée, les femmes et les enfants.

 

Améliorer diagnostic et prise en charge

Dans ces trois pays d’Afrique de l’Ouest, les populations n’ont pas suffisamment d’accès aux services sociaux de base. La zone dite « des Trois frontières » que cible le projet, est aux prises avec une fragilité́ multidimensionnelle : entre instabilité politique, fragilité économique, problèmes sécuritaires et déplacements de populations. L’insécurité́ croissante y a entrainé la fermeture de 130 centres de santé et le déplacement forcé des populations exerce une pression croissante sur les services sociaux encore présents.

Partant de ce constat, la BAD (Banque africaine de développement) a débloqué, le 8 décembre 2022, un don de 7,44 millions de dollars afin d’abonder au programme « Infrastructure sanitaire de qualité de la CEDEAO pour lutter contre les maladies tropicales négligées », déployé aux frontières communes du Burkina Faso, du Niger et du Mali.

L’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) sera l’agence d’exécution du projet. Le FAD (Fonds africain de développement), bras financier de la BAD, assume ainsi 90 % du coût total du projet, de près de 8,3 millions $, l’OOAS couvrant le reste à charge.

Grâce au projet, qui cible trente districts sanitaires frontaliers (dix par pays), plusieurs établissements de santé seront réhabilités et pourvus d’équipements en eau et assainissement adéquats, une quinzaine de laboratoires équipés, ainsi qu’une douzaine de magasins médicaux centraux. « De quoi améliorer la qualité des diagnostics relatifs aux maladies tropicales négligées et la prise en charge des patients, outre les compétences des personnels soignants », se félicite la BAD.

« Ce projet va favoriser l’inclusion socio-sanitaire des populations qui vivent aux frontières de ces trois pays, où il peut améliorer le statut nutritionnel des femmes, des enfants et des adultes qui fréquentent les structures médicales frontalières », précise Marie-Laure Akin-Olugbade, vice-présidente par intérim de la BAD, chargée du Développement régional, de l’intégration et de la prestation de services. « Il s’agit d’améliorer la qualité́ de vie de populations vulnérables, en améliorant leur état de santé́ », ajoute sa consœur Martha Phiri.

L’objectif est aussi économique et financier ; les maladies affectent notamment la productivité en milieu agricole et grèvent les faibles revenus des ménages et le budget santé des pays concernés. Au Burkina Faso, par exemple, l’élimination de la schistosomiase, une maladie transmise par des vers parasites, augmenterait le rendement moyen des cultures d’environ 7 %, voire de 32 % pour les groupes au taux d’infection élevé́.

@NA

 

Écrit par
Aude Darc

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *