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Société

Les rêves nourris des jeunes scientifiques du Burkina

Les rêves nourris des jeunes scientifiques du Burkina
  • Publiédécembre 14, 2023

Le lycée scientifique de Bobo-Dioulasso se dresse comme un havre d’opportunités pour de jeunes esprits avides de connaissances, dans un pays, le Burkina Faso, où l’enseignement est lourdement affecté par la situation sécuritaire.

 

Eugénie Kaboré, élève en Terminale scientifique du lycée scientifique national de Bobo-Dioulasso, en est une illustration parfaite. Avec l’énergie contagieuse de ses 19 ans, elle se rapproche de son rêve d’ingénieure en intelligence artificielle. L’établissement qui a vu le jour en 2017 grâce au Projet d’amélioration de l’accès et la qualité de l’éducation (PAAQE) a été financé par la Banque mondiale à hauteur de 150 millions de dollars. Le coût total de l’établissement dépasse les 6 millions de dollars.

Le contexte sécuritaire du Burkina Faso – et la vague persistante du terrorisme – a pourtant occasionné la fermeture de nombre d’établissements scolaires. Ainsi en mai 2023, 6 149 écoles primaires et secondaires (soit 23,9 % des infrastructures scolaires) étaient fermées, affectant 1 041 681 enfants dont 505 748 filles. Mais le gouvernement a décidé de relever le défi du niveau et de la qualité de l’éducation.

Au fil du temps, l’objectif de constituer une masse critique de scientifiques, capables d’apporter des réponses aux défis socio-économiques du Burkina Faso est en train de se réaliser et les lycées scientifiques en sont les viviers, juge la Banque mondiale.

Recrutés dans les treize régions du pays sur la base de leurs excellents résultats au BEPC, les élèves bénéficient d’excellentes conditions d’études à savoir : des salles de classe, des laboratoires, des bibliothèques, des salles d’études, une salle polyvalente entièrement équipés, un plateau omnisport et un terrain de football aménagés. Le projet a équipé les dortoirs de toutes les commodités nécessaires et assure trois repas par jour aux pensionnaires, ainsi que les conditions appropriées pour l’égalité filles garçons.

Ainsi, Eugénie Kaboré jongle entre révisions matinales, séances d’exercices avec ses camarades et sa passion débordante pour la physique et les mathématiques. « Ma famille n’est pas aisée. Grâce à la bourse qui me permet de poursuivre mes études dans ce lycée scientifique, j’aurai la chance de pouvoir embrasser plus tard le métier de mes rêves. »

En matière de réussite, le lycée scientifique de Bobo-Dioulasso est une référence depuis son ouverture. « La première promotion présentée au baccalauréat en série scientifique a eu un taux de 100% de réussite. La deuxième année et troisième année, le taux était supérieur à 96%. Certains élèves se sont aussi distingués à travers des prix, et d’autres ont fait briller le nom de l’établissement à certaines compétitions annuelles », détaille le proviseur, Badaoudou Touré.

 

Une place de choix pour les filles

Ainsi, l’objectif de créer un vivier pour la formation de cadres de haut niveau dans les secteurs de l’ingénierie, des mathématiques, des sciences et de l’informatique prend forme et permettra d’avoir à disposition de l’économie nationale et des investisseurs étrangers, une masse critique de scientifiques et d’ingénieurs pour accélérer le développement du pays.

Fany Angelica Sebgo, 17 ans, rêve de dessiner l’avenir en devenant architecte. Elle trouve dans la filière scientifique du lycée, la clé pour déverrouiller ses ambitions : « Ce lycée scientifique me donne cette opportunité parce que mes parents n’ont pas les moyens de m’offrir ces conditions d’études. J’encourage mes camarades filles à s’intéresser aux filières scientifiques pour avoir la chance de l’intégrer. »

Natif du village de Kodona de l’ouest du Burkina, Soumaïla Ouattara, 18 ans en classe de première scientifique, se passionne pour l’informatique et l’intelligence artificielle. « C’est un métier d’avenir. Dans ce lycée, les cours sont bien administrés. Les professeurs se comportent très bien avec nous. » Pour le jeune homme, cette filière lui permettra de transformer ses rêves en réalité, et de contribuer au développement futur de son pays.

De parents éleveurs, Yaya Diallo n’est âgé que de 16 ans. Il va passer le baccalauréat l’année prochaine et brandit déjà la bannière de la science au XXIe siècle ! Son choix de filière scientifique est un engagement clair : « J’ai constaté que les informaticiens sont comme des génies. Nous sommes à une époque où la science est incontournable. Et pour être un bon informaticien, il faut aimer les filières scientifiques. C’est la raison pour laquelle je m’investis au quotidien en classe pour être parmi les meilleurs », confie-t-il.

À 16 ans également, Fatim Edwige Traoré, captivée par l’aéronautique, rêve de fendre les cieux en tant que pilote. Elle ne cache pas sa joie d’être parmi les élèves du lycée national scientifique de Bobo-Dioulasso et déclare, sourire aux lèvres, qu’elle est sur la bonne voie : « Le fait de savoir comment un objet peut tenir dans l’air attise ma curiosité et je pense que c’est dans les matières scientifiques que j’aurai la réponse. »

le ministre de l’Éducation nationale, Joseph André Ouédraogo, en discussion avec des parents d'élèves.
Le ministre Joseph André Ouédraogo en discussion avec des parents d’élèves.

Pour sa part, Adama Zallé, professeur de Sciences physiques, relève une grande différence entre ce lycée scientifique et les autres établissements. « Ici, on a des élèves excellents dans chaque classe. Ils posent des questions pointues et l’enseignant est obligé de se former davantage. En règle générale, tous les élèves ont la moyenne aux devoirs et la plus forte, peut être de 19 ou 20 », explique-t-il. L’enseignant des Sciences de la vie et de la terre, Anatole Yougbaré, salue l’équipement des différents laboratoires qui lui permettent de dispenser un enseignement de qualité.

 « Ils ont fait des démonstrations fantastiques de robotique ; cela m’a particulièrement émerveillé et renforce ma conviction que l’État a bien vu », commentait le ministre de l’Éducation nationale, Joseph André Ouédraogo, après une visite du lycée en avril 2023. « C’est une vision qui sera renforcée parce qu’au finish, c’est le pays qui gagne : on ne peut pas se développer sans asseoir une base solide en science. La création de ces lycées scientifiques répond à cette logique », a-t-il ajouté, cité par le site Web du lycée.

 

PF, d’après un compte rendu publié par la Banque mondiale.

@NA

Écrit par
Paule Fax

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