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Société

Les projets phares : Autonomiser les femmes et les filles dans le Sahel

Le temps n’est plus au discours, mais à l’action, pour transformer la vie des générations qui viennent. Un effort remarquable a été entrepris dans ce sens en Afrique de l’Ouest, avec le projet SWEDD, désormais répliqué avec succès au Sahel. 

SWEDD, en français : Projet d’autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel. Son approche, à la fois générale, concrète et durable, a donné des résultats probants.

En toute logique, la même stratégie a été adoptée dans le bassin du lac Tchad, avec succès, dans le cadre d’un autre projet centré sur la résilience au Niger et au Tchad. 

À la suite d’un vibrant appel en faveur de la capture du dividende démographique, lancé en novembre 2013 par le président du Niger, Mahamadou Issoufou, SWEDD a été mis en oeuvre dans six pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad).

Financé à hauteur de 207 millions de dollars par la Banque mondiale, sur une première phase de cinq ans (2013-2019), il a été piloté par le bureau régional en Afrique de l’Ouest et centrale UNFPA-WCARO et l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS).

L’approche donne un leadership aux bureaux pays de l’UNFPA, un jalon novateur dans les partenariats multiples dédiés aux ODD. De leur côté, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Unicef participent à l’effort, ainsi que 150 sociétés privées, dont Facebook, Orange et Ecobank, mobilisés grâce à l’appui de Global Business Coalition for Health. 

Les leviers d’action de SWEDD visent à changer les pratiques, donc les mentalités. Une vaste campagne de communication a été déployée dans les médias et sur les réseaux sociaux, touchant plus de 300 millions de personnes.

Pas moins de 1 640 « écoles de maris et futurs maris » ont permis d’expliquer aux hommes, dans les villages, pourquoi il est crucial d’espacer les naissances et de laisser les épouses accéder aux soins prénataux et néonataux.

Alors que l’objectif initial portait sur 35 000 bénéficiaires au Tchad et au Niger, 67 000 réfugiés et personnes déplacées ont reçu des services de santé reproductive et de lutte contre les violences de genre, entre décembre 2017 et juin 2019. 

Plus de 3 400 « espaces sûrs » ont bénéficié à 102 000 adolescentes. Autant de jeunes filles ont suivi des programmes de formation professionnelle, y compris aux métiers non traditionnels, comme la mécanique. 

Six observatoires nationaux du dividende démographique ont été installés, pour permettre à chaque pays de suivre des indicateurs précis, sans naviguer à vue.

Fin 2018, le projet a permis la création de trois centres d’excellence dans l’apprentissage des métiers de sage-femme et d’infirmier, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Niger.

Entre 2015 et 2018, le nombre de sages-femmes et infirmiers dans les six pays du SWEDD est passé de 31 043 à 35 775, tandis que la prévalence des méthodes modernes de contraception a augmenté : on comptait 4,3 millions de nouvelles utilisatrices, de 2016 à 2018, dans les six pays. 

Le projet a permis une sensibilisation particulière des chefs religieux et communicateurs traditionnels, dont l’influence auprès des populations en fait des vecteurs incontournables dans la diffusion des messages liés à l’autonomisation de la femme.

En avril 2018, au Caire, le Centre islamique international pour la recherche et les études en population de l’université Al-Azhar, une structure lancée avec l’appui de l’UNFPA, a ainsi organisé un atelier de formation de 42 leaders religieux du Sahel. 

La résilience dans le bassin du lac Tchad 

Ces résultats remarquables ont incité le Bénin à rejoindre le projet, reconduit jusqu’en 2023. Le Sénégal, le Togo, la Gambie, la Guinée et le Cameroun ont marqué leur intérêt, et il est question de faire passer le projet à une échelle continentale. 

La même approche globale a prévalu dans le bassin du lac Tchad, l’une des régions les plus pauvres du monde, exposée à la violence de la secte islamiste Boko Haram.

Comment construire la résilience en pariant sur les femmes et les jeunes, pour en faire des acteurs du changement et du développement ? Financé à hauteur de 1,5 million de dollars par le Danemark, ce projet s’est déployé en décembre 2017 au Tchad et au Niger, en s’appuyant, là encore, sur les chefs traditionnels, les femmes, les jeunes et les organisations religieuses. 

Pragmatique, l’approche a ciblé les centres de santé, les écoles et les madrassas. Dans une région marquée par les plus forts taux de fécondité du monde (6 enfants par femme en moyenne au Niger) et la prévalence des mariages précoces (qui concernent 76 % et 69 % des filles de moins de dix-huit ans au Niger et au Tchad), les résultats ont largement dépassé ses objectifs initiaux.

Alors que l’objectif initial portait sur 35 000 bénéficiaires, 67 000 réfugiés et personnes déplacées ont reçu des services de santé reproductive et de lutte contre les violences de genre, entre décembre 2017 et juin 2019.

Près de 7 500 accouchements ont été médicalement assistés, 32 000 femmes ont pu suivre une consultation prénatale, et plus de 4 000 ont reçu des moyens modernes de contraception.

Une centaine de personnels de santé a été formée, 284 000 préservatifs distribués et 52 500 personnes ont suivi des cours d’éducation sexuelle. Enfin, plus de 20 000 filles et femmes ayant subi des violences ont reçu un soutien psychologique et légal dans les quatorze « espaces sûrs » aménagés pour elles au Niger et au Tchad.

ENCADRE

Alima Yakoy Adam, ex-kamikaze devenue parajuriste 

Dans une autre vie, Alima Yakoy Adam, Tchadienne aujourd’hui âgée de dix-neuf ans, a été kamikaze. Alors qu’elle n’a que quinze ans, son mari l’emmène dans un camp d’entraînement de Boko Haram, à la frontière entre le Tchad et le Nigeria.

La secte islamiste armée qui sévit dans le nord du Nigeria a un projet pour elle : la transformer en bombe humaine. Lorsqu’elle refuse, elle est menacée d’exécution immédiate. Avec deux autres jeunes filles, elle est droguée et envoyée sur un marché de Bol, à l’ouest du Tchad, pour se faire exploser.

L’attentat échoue : elles sont repérées. Ses deux complices sont tuées en activant les explosifs, qui la blessent gravement. Elle doit être amputée de ses deux jambes.

Après une période de captivité, elle est libérée et rendue à sa communauté sur l’île de Ngomirom Doumou, dans la région du lac Tchad, où elle est aussitôt stigmatisée.

Elle trouve le soutien qui lui manque auprès de l’UNFPA qui mène un programme de réhabilitation pour les victimes de violences basées sur le genre et les survivantes de Boko Haram.

Elle reçoit des soins et une formation de parajuriste (technicienne en droit), un métier qu’elle exerce aujourd’hui pour venir en aide aux jeunes filles et aux femmes.

« Ma douleur n’est pas seulement physique, elle est surtout morale, témoigne-t-elle. Si j’avais été éduquée, rien de tout cela ne serait arrivé. Je veux rendre les jeunes gens conscients, pour qu’ils ne tombent pas comme moi dans le piège de l’extrémisme violent ». 

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