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Société

Les plantes des possibles

Les plantes des possibles
  • Publiéavril 19, 2024

Un recueil publié par la FAO recense cent plantes qui pourraient être davantage cultivées en Afrique afin de nourrir les populations et offrir des revenus aux agriculteurs.

 

La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) pointe un « paradoxe ». Alors que l’alimentation, en Afrique, est tributaire de l’importation de produits alimentaires, le continent est aussi « un potentiel » grenier pour la planète et une superpuissance de l’alimentation.

Selon l’organisme onusien, « la réalisation de ce potentiel passe en partie par l’exploitation de la vaste gamme des denrées cultivées sur le sol du continent, qui trop souvent sont occultées par des produits alimentaires en provenance d’autres régions du monde ».

La monoculture omniprésente des cultures exotiques et les régimes alimentaires de plus en plus standardisés ont contribué au dénigrement total des cultures indigènes, ce qui leur a valu l’appellation de « cultures oubliées ».

Parmi ces denrées, il en est certaines qui entrent dans l’alimentation quotidienne de populations africaines, comme le pois bambara et le pois cajan, ou des aliments « aux vertus nutritives remarquables » comme le fonio ou le fruit du baobab, et des cultures acclimatées riches en vitamines, comme l’amarante ou le taro.

Dans ce cadre, la FAO publie (en anglais) un Compendium des aliments d’Afrique oubliés, afin de porter un éclairage nouveau sur ces denrées, qualifiées d’orphelines, qui très souvent sont adaptées aux conditions locales et moins exigeantes que les cultures exotiques comme le maïs, le riz ou le blé. On s’étonnera de trouver des aliments très connus dans d’autres régions du monde comme les Antilles (la banane plantin, par exemple) ou l’Asie (fruit du dragon).

Ce recueil présente cent exemples – les 25 derniers devant encore faire leurs preuves – d’aliments d’Afrique au potentiel négligé, qui peuvent offrir de façon durable des nutriments indispensables à l’alimentation de diverses populations sur l’ensemble du continent. Il est le prélude à une nomenclature plus exhaustive, qui fera progressivement la preuve de son intérêt auprès des chercheurs, puis des acteurs du développement agricole et leur bailleur de fonds.

En effet, « le potentiel des plantes présenté n’est pas exploité en raison de longues années de négligence ou d’une faible prise en compte par les chercheurs et les praticiens du développement. Les chercheurs qui s’intéressent à ces produits manquent largement de soutien financier, car ils ne font pas partie des six grandes denrées alimentaires soutenues dans le monde entier », indique l’ouvrage dans sa présentation.

 

Un impératif de développement

Ce dernier se présente sous la forme de planches, comportant des indications sur la pertinence agroécologique de ces plantes, leurs exigences agronomiques et leurs qualités nutritionnelles, ont été retenus après avoir recueilli les avis de spécialistes de différents domaines sur le continent africain, allant du développement des chaînes de valeur à l’amélioration génétique.

Après débat, les rédacteurs ont réparti les plantes cultivées en neuf catégories principales: traditionnelles, oubliées, mineures, négligées, sous-utilisées, orphelines, sous-valorisées, coupe-faim et « plante du pauvre ».

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Encadré

Le Cucumis metuliferus

Le melon cornu, appelé aussi kiwano, métulon, melano, ou concombre cornu d’Afrique, pousse dans des conditions froides et brumeuses à des altitudes comprises entre 210 et 1800 m. Il pousse bien dans des sols peu profonds ou profonds, bien drainés, des sols sablonneux alluviaux, argileux ou limoneux. Il a besoin de fumier et d’engrais, mais représente une source de revenus pour les agriculteurs, tandis que ses fruits sont utiles pour la décoration.

En médecine, il est utilisé pour contrôler la tension artérielle, renforcer le système immunitaire et pour traiter la fièvre, les ulcères, et bien d’autres troubles.

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Différents spécialistes ont avancé l’idée de désigner ces plantes cultivées comme « plantes des possibles », au regard de leur potentiel de transformer les systèmes agroalimentaires africains pour les rendre plus efficaces, inclusifs, résilients et durables, en vue d’une amélioration de la production, de la nutrition, de l’environnement et des conditions de vie. Au fil des éditions, les critères, les systèmes de classement pourront changer. Il est d’ailleurs probable que l’avenir accordera une place plus grande aux plantes que l’on trouve dans les riches forêts africaines.

La résultante de cette initiative, à laquelle participe l’Union africaine, entre dans le cadre du projet « Vision pour des cultures et des sols adaptés » (VACS) qui a pour fer de lance la FAO et les États-Unis. Il est tourné vers l’exploitation des produits et des techniques agricoles africaines.

« Ces projets avancent ensemble et travailleront de concert », en particulier parce que le projet VACS est axé en partie sur l’amélioration des semences et l’obtention de variétés de plantes cultivées orphelines résistantes et à haut rendement, explique Mphumuzi Sukati, du Bureau régional de la FAO pour l’Afrique, et l’un des auteurs du recueil.

 

Écouter les communautésCompendium des plantes oubliées, couverture

 

Comme dans de nombreuses autres régions du monde, font observer les auteurs, les systèmes agroalimentaires africains sont marqués par la fragilité et ne permettent pas d’obtenir des résultats clés en matière de développement. Dès lors, leur transformation est « un impératif » pour la réalisation des Objectifs de développement durable. Toute tentative de transformation des systèmes alimentaires doit s’appuyer sur un cadre de durabilité, jugent les auteurs. Par exemple, l’Afrique doit assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de sa population en expansion rapide à perpétuité sans engendrer d’effets environnementaux, sociaux et économiques négatifs.

La dotation massive du continent en terres arables étendues et en agroécosystèmes diversifiés regorgeant d’une flore riche fait des systèmes alimentaires durables un rêve réalisable.

En effet, les communautés d’Afrique utilisent depuis des millénaires diverses cultures adaptées aux conditions locales à des fins nutritionnelles, médicinales et ornementales. Malheureusement, nombre de ces cultures ont été progressivement remplacées par des génotypes importés privilégiés par l’agriculture industrielle. Il est grand temps de se souvenir des « cultures oubliées ».

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

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