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Société

Les femmes veulent du concret

Les associations féministes pèsent politiquement pour obtenir des actions et des engagements pour l’égalité des genres. À quelques mois d’échéances électorales, le gouvernement joue la prudence pour ne pas se les mettre à dos.

Elles ont été plusieurs milliers à battre le pavé, le 8 mars dernier, comme chaque année. La mobilisation a été plus forte, cette fois, à l’approche des élections locales de septembre. « Notre action vise à contraindre le gouvernement d’avancer plus vite sur la route des réformes », explique Fatiha Layadi, députée de l’opposition présente au premier rang du cortège. Depuis 1992, et le coup d’éclat d’une pétition ayant atteint le million de signatures pour la réforme du code de la famille, les plus expérimentées des militantes féministes racontent avec enthousiasme le chemin parcouru, mais ne relâchent pas la pression avant d’atteindre l’objectif. « Nous avons réussi quelques conquêtes, notamment depuis 1999. Nos associations sont reconnues, nous avons quelques élues femmes au Parlement mais la route est encore longue vers l’égalité » explique une des organisatrices, militante socialiste de longue date, et dans l’opposition au gouvernement actuel.

En effet, les femmes restent minoritaires dans la population active dont elles ne représentent que 25 % environ. Plus préoccupant encore, cette faible activité a tendance à se reproduire au sein des générations suivantes, puisque les filles ont un taux d’accès à l’éducation et à la santé bien moindre par rapport aux garçons, malgré une plus forte égalité dans les grands centres urbains. « Les taux d’alphabétisation entre les hommes et les femmes divergent encore de plus de 20 points et ne résorbent pas assez vite dans le secteur rural » explique un sociologue de l’éducation.

La question de la parité dans la sphère politique a été posée depuis le début des années 2 000 et il y a désormais quelque 3 000 élues locales et 90 députées.

Les grandes villes sont précisément le creuset de l’activisme de ces militantes qui se sont structurées autour de collectifs et d’associatifs pour peser sur le débat politique. À Rabat, la capitale, ces réseaux sont particulièrement bien implantés et actifs. En 2000, une date mémorable pour elles, le gouvernement d’alternance avait soumis des propositions pour des avancées des droits des femmes. Une grande marche de soutien avait eu lieu devant le Parlement pour faire pièce à la mobilisation des conservateurs et des islamistes opposés aux réformes, notamment celle de l’âge légal du mariage ou de l’instauration du droit au divorce.

Après presque trois ans de débats, Mohammed VI avait orienté la réforme dans le sens des modernistes. « Ce fut une grande victoire mais le principal problème reste l’effectivité des droits », explique Latefa Jbabdi, activiste à l’origine de la pétition de 1992 : « Quel sens donner à l’âge légal du mariage fixé à 18 ans, lorsque les juges permettent une dérogation dans plus de trois quarts des cas ? » questionne-t-elle. « Quelles sont les actions que le gouvernement prend concrètement pour garantir l’effectivité de nos droits à l’égalité ? Voici les questions que nous posons. »

Du côté du parti islamiste qui dirige la coalition gouvernementale, l’embarras est manifeste car les équilibres internes du parti sont également sensibles à la question de la place de la femme. « Entre les éléments les plus radicaux rétifs à toute avancée et ceux qui ont une posture plus libérale, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) islamiste, Abdelillah Benkirane, également chef du gouvernement, doit jouer les équili-bristes » explique un politologue de l’uni-versité de Casablanca. « Le PJD quand il était parti d’opposition pouvait développer un discours traditionaliste et flatter son électorat conservateur, maintenant qu’il est au pouvoir, il doit composer tout à la fois avec la capacité de mobilisation des associations féministes mais également prendre en compte l’avis des partis de sa coalition, plus libéraux, et enfin garantir les orientations d’État assez souvent modernistes sur la question », poursuit l’universitaire. 

Dans les troupes du PJD, c’est Bassima Hakkaoui, ministre de la Famille, militante islamiste et féministe, qui est chargée d’incarner la politique envers les femmes. Partisane d’une plus grande place des femmes dans les cercles de décision, volontiers critique en privé sur « le machisme » au sein du gouvernement, la ministre a dévoilé son projet de loi organique sur « l’Autorité pour la parité et la lutte contre toute forme de discrimination » à peine quelques jours avant la marche du 8 mars. « Pas suffisant, pas concerté et pas en ligne avec l’esprit de la Constitution », commentent les associations féministes. 

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