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Société

Les criquets pèlerins ne sont pas une fatalité

L’expérience de 2020 le montre : l’observation sur le terrain, la coordination des équipes, la lutte préventive, sont des outils essentiels pour lutter contre les criquets pèlerins. Les pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel poursuivent cette guerre, avec de nouveaux outils.

Par Paule Fax

Si l’Afrique de l’Est est la plus menacée, les autres régions d’Afrique subsaharienne ne sont pas à l’abri du fléau que constitue le criquet pèlerin. En mars 2020, alors que le monde s’interrogeait sur une mystérieuse maladie venue de Chine, la FAO alertait sur une possible invasion de criquets en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, pour l’été suivant.

Dans le cadre de cette lutte, la FAO a acquis des drones pour la surveillance et le suivi du criquet pèlerin. Quinze points focaux ont été formés à son utilisation opérationnelle lors d’une formation régionale, menée en juin 2021 en Mauritanie.

Cette menace a été finalement contenue, grâce aux mesures prises. La FAO rappelle que le criquet pèlerin est le plus grand ravageur migrateur des cultures au monde dont l’impact d’une invasion acridienne conduirait à l’insécurité alimentaire de près de 13,4 millions de personnes.

La Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) et le Comité inter-État de lutte contre la sécheresse au Sahel poursuivent leur plan de lutte contre les criquets, qui s’achève à la fin de l’année 2021. Comportant une zone au Sahel, le Cameroun s’apprête également à faire face. De son côté, l’aide internationale s’active essentiellement en direction de la Corne de l’Afrique, la plus touchée.

L’Afrique de l’Ouest et la zone sahélienne sont les régions du monde où la production et les rendements agricoles sont les plus faibles, observe la FAO. Parmi les principales causes affectant la productivité figurent les maladies animales et végétales ainsi que les ravageurs qui occupent une place prépondérante. Ces menaces entraînent des pertes annuelles considérables qui représentent en moyenne 25% de la production animale et peuvent atteindre 40 % de la production végétale.

S’agissant de ces dernières, les régions sont touchées par des ravageurs des plantes tels que la chenille légionnaire d’automne, les mouches des fruits, les virus du manioc, les sauterelles, les criquets migrateurs, la maladie de Panama du bananier et les mycotoxines. De plus, le risque de présence de résidus de pesticides ou de médicaments vétérinaires dans les produits alimentaires et de résistance aux antimicrobiens constitue un enjeu majeur de santé publique.

Renforcer les capacités

Aussi, en vue de la mise en œuvre d’actions anticipatives et précoces afin de fournir une assistance technique aux pays dits d’« invasion », et de renforcer la coordination régionale, la FAO et la Cedeao ont mis en œuvre un plan de renforcement des capacités. Il vise à construire et renforcer la capacité de surveillance et de lutte antiacridienne des pays face à d’éventuelles menaces de criquets pèlerins.

Il vise également à analyser avec précision les ravages de ce ravageur sur les cultures et la sécurité alimentaire des Africains. Le plan comprend des ateliers de formation auprès des différentes autorités compétentes. Par exemple, trois jours de formation viennent de se tenir à Maroua, dans l’Extrême-Nord du Cameroun.

Entre autres, ce projet a pour objectif de contribuer à la lutte pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages en renforçant leurs moyens de subsistance ainsi que leur résilience face à une invasion acridienne potentielle future. Une invasion de criquets pèlerins dans la partie sahélienne du Cameroun où la sécurité alimentaire est déjà fragile, constituerait une menace sans précédent pour les moyens de subsistances causant ainsi davantage de souffrances, de déplacements de population et de potentielles tensions.

Drone à voilure tournante utilisé dans la détection des nuisibles au Sahel

Le service d’information sur les Criquets pèlerins (DLIS-FAO) est opérationnel depuis près de cinquante ans. La présence bien établie de l’agence sur le terrain, sa capacité à connecter les autorités de plusieurs pays entre elles et son expertise en matière de gestion des criquets pèlerins font de l’Organisation un acteur clé dans cette lutte.

Sur le terrain, la FAO et la CLCPRO (Commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale) jouent un rôle prépondérant dans la coordination des activités de surveillance et de lutte à l’échelle internationale, et fournissent notamment aux gouvernements des pays concernés un appui considérable dans la lutte contre ce ravageur transfrontalier.

Indispensable formation des équipes

La gestion réussie de la crise acridienne de l’année 2020 en est l’exemple type : les deux partenaires ont joué un rôle moteur pour la mise en œuvre des actions d’anticipation et de renforcement de la coopération régionale et des dispositifs de surveillance.

La lutte préventive est passée, notamment, par l’utilisation de drones, qui constituent des nouveaux outils de prospection et des bio-pesticides pour une meilleure préservation de la santé humaine et de l’environnement. En dépit de quelques retards de livraisons dus à la pandémie, les opérations de contrôle et de surveillance ont pu se tenir. Une pluviométrie modérée a limité les possibilités de reproduction des criquets.                 

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Aussi, dans le cadre de cette lutte, la FAO a acquis des drones pour la surveillance et le suivi du criquet pèlerin. Quinze points focaux ont été formés à son utilisation opérationnelle lors d’une formation régionale, menée en juin 2021 en Mauritanie. Cette formation était axée sur les opérations de vol, l’analyse et l’interprétation des données à l’aide de l’application de gestion des opérations de drones ainsi que sur leur maintenance.

En plus du renforcement des capacités, la FAO utilise le système « eLocust3 », un outil de surveillance à distance utilisé par les pays subissant fréquemment des invasions de criquets pèlerins. Ce système est utilisé à partir d’un téléphone portable de type smartphone.

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Il comprend une fonctionnalité qui permet, à l’échelle nationale, de renforcer les capacités de diffusion en temps réel des signalements géo référencés des infestations acridiennes et des interventions. Son site de veille est actualisé très régulièrement [www.fao.org/ag/locusts/fr/]

@PF

 

 

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