x
Close
Société

Les Africains face au fléau de la corruption

Les Africains face au fléau de la corruption
  • Publiédécembre 14, 2023

Si la situation varie beaucoup d’un pays à l’autre, la majorité des Africains estime que la corruption augmente, que leur gouvernement échoue dans ses efforts pour la combattre et que les citoyens ordinaires risquent des représailles s’ils la signalent.

 

En vue de la Journée internationale de lutte contre la corruption (9 décembre), l’institut Afrobarometer a demandé aux Africains de 39 pays leur sentiment sur la corruption. Les résultats montrent de fortes disparités ; les Africains estiment que la corruption augmente, mais ce fléau n’est pas toujours au cœur de leurs préoccupations.

Les résultats montrent que parmi les institutions publiques clés, la police est la plus largement perçue comme corrompue. Un nombre important de citoyens déclarent avoir dû payer des pots-de-vin pour obtenir l’aide de la police ou éviter des problèmes avec la police, ainsi que pour obtenir des documents et des services dans les établissements de santé et les écoles publics.

Les Africains ne considèrent pas forcément que la lutte contre la corruption doit constituer une priorité du gouvernement. Ils placent les questions sociales et économiques au cœur de leurs préoccupations.

Les évaluations des citoyens varient considérablement d’un pays à l’autre : Le Gabon, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Liberia et l’Ouganda enregistrent certains des niveaux de corruption perçus les plus élevés dans les principales institutions publiques, tandis que les Seychelles, le Cap-Vert, la Tanzanie et Maurice affichent certains des niveaux les plus bas.

En moyenne à travers 39 pays, la majorité (58%) des Africains déclare que la corruption s’est « quelque peu » ou « beaucoup » accrue dans leur pays en un an.

Par rapport à une précédente enquête conduite en 2014 – 2015, douze pays enregistrent des hausses supérieures à 10 points de la perception de l’aggravation de la corruption, notamment un bond de 39 points au Sénégal. En revanche, la baisse de ce sentiment atteint le chiffre remarquable de 61 points au Bénin.

La corruption, un problème prioritaire ?
La corruption, un problème prioritaire ?

 

Plus des deux tiers (68%) des citoyens affirment que « certaines » ou « beaucoup » de ressources destinées à lutter contre la pandémie de Covid-19 ont été perdues du fait de la corruption. Un peu moins de la moitié (46%) des Africains déclarent que « la plupart » ou « tous » les fonctionnaires de police sont corrompus, la pire appréciation des onze institutions et leaders sur lesquels portait l’enquête. Les agents des impôts, les fonctionnaires et les responsables de la Présidence arrivent en deuxième position, à 38%.

Parmi les citoyens qui ont eu recours à certains services publics au cours de l’année précédente, beaucoup déclarent avoir dû verser des pots-de-vin pour obtenir l’assistance de la police (36%), éviter des problèmes avec la police (37%), obtenir un document administratif (31%) ou bénéficier de services dans une structure sanitaire publique (20%) ou dans une école publique (19%).

La déclaration de versement de pots-de-vin varie considérablement d’un pays à l’autre. Par exemple, l’obtention d’un document administratif a nécessité que 68% des demandeurs versent des pots-de-vin au Congo Brazzaville (lire ci-dessous), contre 1% au Cap-Vert et aux Seychelles.

 

Lien entre sentiment de corruption et exigence démocratique

Deux Africains sur trois (67%) déclarent que leur gouvernement ne parvient pas à lutter efficacement contre la corruption. Et seul un Africain sur quatre affirme que les citoyens peuvent dénoncer les actes de corruption aux autorités sans craindre de représailles.

L’enquête d’Afrobarometer relève un paradoxe : les Africains ne considèrent pas forcément que la lutte contre la corruption doit constituer une priorité du gouvernement. Ils placent le chômage, la gestion de l’économie, la fourniture des services comme la santé, l’eau et les infrastructures, au centre de leurs préoccupations.

Parmi les autres pays où une grande partie de la population considère la corruption comme l’un des problèmes les plus importants figurent le Cameroun, la Mauritanie, l’Afrique du Sud et l’Ouganda. En revanche, seule une poignée de Béninois, de Guinéens et de Cap-verdiens se disent préoccupés par la corruption.

C’est au Kenya où la corruption est devenue le principal problème des citoyens, que le sentiment d’urgence a le plus progressé. Cinq autres pays ont enregistré des hausses significatives du sentiment d’importance de la corruption : le Malawi, le Mozambique, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Botswana. En revanche, la préoccupation diminue dans neuf pays, au Maroc, au Nigeria et au Cameroun.

Afrobarometer, qui renvoie à des enquêtes plus complètes de Transparency International sur le phénomène de corruption, constate néanmoins un point évident, au regard de ses propres chiffres : les quatre pays qui enregistrent les plus fortes baisses de la perception de l’aggravation de la corruption (le Bénin, la Zambie, la Tanzanie et la Sierra Leone) affichent des niveaux de démocratie perçue parmi les plus élevés, tandis que les cinq pays qui enregistrent les plus fortes hausses de la perception de l’aggravation de la corruption (le Sénégal, le Burkina Faso, le Gabon, le Lesotho et le Cameroun) se classent dans la moitié inférieure dans leur évaluation de l’étendue de la démocratie dans leur pays.

*****

Encadré

L’inquiétude des Congolais

 

Les habitants du Congo Brazzaville déplorent l’ampleur de la corruption, mais craignent des représailles en cas de dénonciation, selon Afrobarometer. Face à une corruption jugée « croissante » au Congo, les citoyens disent risquer des représailles. La majorité des Congolais affirment que la corruption a augmenté dans leur pays au cours de l’année précédant l’enquête. Selon sept répondants sur dix, « la plupart » ou « tous » les agents du service des impôts sont impliqués dans des affaires de corruption, faisant de cette institution, la plus perçue comme corrompue parmi les institutions mentionnées par l’étude.

Les agents des impôts sont suivis dans ce classement par le président et les officiels de la Présidence, les chefs et membres des partis politiques, les députés à l’Assemblée nationale, les policiers/gendarmes et les sénateurs, tous également cité par plus de la moitié des Congolais comme corrompus.

Au-delà du niveau institutionnel, la pratique de la corruption se répand aussi dans les pratiques quotidiennes, à travers le paiement de pots-de-vin pour accéder aux services publics. Parmi les citoyens qui ont sollicité certains services publics au cours de l’année précédente, des majorités disent avoir dû verser des pots-de-vin pour obtenir un document d’identité ou l’assistance de la police, éviter des problèmes avec la police ou bénéficier de services dans un établissement médical public.

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *