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Société

L’éducation se joue dès la petite enfance

L’éducation se joue dès la petite enfance
  • Publiénovembre 9, 2023

Un rapport de l’Unesco et l’Union africaine insiste sur l’importance de l’éducation durant la prime enfance, y compris l’inclusion des enfants handicapés ou victimes de traumatismes. Et souligne les progrès et les ambitions du continent, en dépit des inégalités.

 

L’Unesco et l’Union africaine ont publié, mi-octobre 2023, un nouveau rapport sur l’éducation en Afrique, intitulé Placer l’équité au cœur des politiques. Ce rapport fait notamment le point sur les progrès établi par l’Afrique depuis la promulgation de la Stratégie continentale de l’éducation (CESA) 2016-2025.

Par exemple, cette stratégie établit que l’éducation de la petite enfance (EPE) représente la prochaine étape de mise en place d’une éducation de qualité ininterrompue en Afrique. D’ailleurs, l’importance de l’EPE est affirmée dans le Programme 2030 de l’Union africaine et articulée de manière concrète par la cible 4.2 des ODD, qui charge les gouvernements « de faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons aient accès à des activités de développement, de soins et d’éducation de la petite enfance de qualité ».

En Afrique, l’EPE enregistre des inégalités d’accès bien plus importantes que les autres niveaux d’enseignement. Les disparités liées aux revenus et au lieu de vie persistent au sein des territoires nationaux, mais sont d’une ampleur variable d’un pays à l’autre.

Le rapport constate qu’afin d’élargir les services d’EPE, les gouvernements africains ont adopté nombre d’approches variées (telles que l’universalisation progressive et l’expansion communautaire) et recouru à une large gamme de modèles de prestation de services. Lesquels, selon les objectifs, varient plusieurs paramètres qui vont de l’intensité (programmes en demi-journées ou en journées entières, programmes d’un jour ou de cinq jours par semaine, etc.), au lieu de mise en œuvre (services institutionnels, communautaires ou à domicile) en passant par l’échelonnement (programmes annuels ou saisonniers fondés sur un modèle de préparation accélérée à la scolarité).

Par exemple, des programmes ciblés ont été lancés pour lutter contre l’augmentation alarmante des cas de violence sexuelle envers les adolescents et des mariages d’enfants (ainsi, au Mali, le gouvernement a lancé un programme de protection des enfants, notamment des filles, contre la violence, qui comprend des interventions de soutien psychosocial.

En République centrafricaine, le gouvernement met en œuvre un programme de formation des enseignants portant sur la prise en charge des cas de violence liée au genre et sur l’appui à la santé mentale des élèves.

 

Améliorer la qualité des services

« Si cette diversité révèle qu’il est possible d’adapter l’EPE aux besoins et aux circonstances, elle soulève également des questions sur la qualité de l’éducation fournie compte tenu du risque que la mise en œuvre des différents modèles de prestation ne soit pas uniforme et produise des résultats différents selon les contextes », commente le rapport.

Qui ajoute, travaux précédents à l’appui, qu’il existe des « preuves claires » de l’importance de la qualité de l’EPE pour l’apprentissage et le développement des jeunes enfants. Les programmes de mauvaise qualité ont un impact négatif qui, au-delà des promesses d’apprentissage et de stimulation du développement non tenues, peut aller jusqu’à mettre la sécurité, la santé et le bien-être émotionnel des enfants en danger.

Dans ce contexte, jugent les auteurs, les débats d’orientation politique de l’élargissement de l’accès à l’EPE devraient donc être axés sur la question de la qualité, non seulement du point de vue de la structure des services, mais aussi des processus (par exemple, pédagogiques ou d’interaction entre l’adulte et l’enfant) et des composantes systémiques, qui comprennent notamment les normes, le suivi, le financement et la gestion.

De plus, « veiller à l’inclusion est également important ». En effet, ouvrir un accès à des services d’EPE pour les enfants handicapés peut faciliter la détection anticipée des besoins particuliers et des facteurs de risque de retard de développement, ce qui permet de leur fournir un soutien adapté et de compléter les interventions précoces en cours de mise en œuvre. La façon dont l’EPE favorise la préparation à l’école primaire fait qu’elle peut également servir à modérer l’augmentation des écarts entre le niveau de développement des enfants au cours de leurs premières années de scolarisation, et représente une « « extraordinaire occasion de briser le cercle intergénérationnel de l’inégalité ».

Cependant, tirer parti du potentiel de l’EPE en tant que moyen d’améliorer l’équité nécessite de la rendre plus largement accessible, en plus de prendre des « mesures audacieuses, qui bénéficient au moins autant aux enfants défavorisés qu’à leurs camarades mieux lotis », à l’occasion de chaque décision politique et d’investissement. Dans ce cadre, les programmes d’apprentissage précoce ciblés et les modèles d’intervention multisectoriels axés sur les enfants soumis à des expériences néfastes constituent d’importants éléments de base.

 

Des inégalités à résorber

Les services d’EPE ayant la capacité d’atténuer les effets négatifs de crises (telles que des conflits, des catastrophes naturelles ou des pandémies) sur le développement des jeunes enfants, assurer leur prestation devient alors particulièrement important. Il est donc essentiel que les gouvernements fassent de la qualité, de l’inclusion et de l’équité la priorité de leurs efforts d’amélioration de l’accès à l’EPE.

Rapport 2ducation Unesco UA, couvertureEn Afrique, l’EPE enregistre des inégalités d’accès bien plus importantes que les autres niveaux d’enseignement. Les disparités liées aux revenus et au lieu de vie persistent au sein des territoires nationaux, mais sont d’une ampleur variable d’un pays à l’autre. D’après des estimations, les dépenses publiques actuellement consacrées à l’éducation préscolaire dans les pays à faible revenu n’atteignent que 10 % du total nécessaire à l’instauration d’un accès universel.

« Résoudre ce problème pourrait nécessiter d’accroître la part des budgets d’éducation allouée à l’EPE et de modifier les politiques afin de faire un usage plus efficace des fonds existants. » Ajuster la durée et l’intensité des programmes d’EPE, développer l’efficacité du programme scolaire, améliorer les capacités des enseignants et leur allocation équitable ainsi qu’élaborer des outils d’apprentissage précoce complémentaires et peu coûteux (notamment des émissions radiophoniques et télévisés) sont des exemples de mesures à prendre. Celles-ci peuvent également consister à renforcer la participation du secteur privé à la prestation de services EPE dans les régions riches pour que les gouvernements puissent davantage axer leurs dépenses sur les communautés défavorisées, conclut le premier chapitre du rapport.

@NA

Écrit par
Aude Darc

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