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Société

Le royaume de la débrouille

Une opportunité, la pénurie de transports 

Il gagne sa vie en criant les destinations des taxis. Le chauffeur rémunère Yannick pour son effort, en lui glissant discrètement un billet de… 100 francs congolais (moins de 10 centimes d’euros) dès que quatre passagers montent à bord.

Le prix minimum de la course est fixé à 500 francs par personne. Le compteur et l’enseigne lumineuse sont inexistants dans ces taxis collectifs qui se remplissent vite aux heures de pointe. 

Peints en jaune, les taxis qui roulent à Kinshasa sont constitués, en grande partie, de petites voitures de marque Toyota importées de Dubaï. Ces véhicules, communément appelés « ketch » (souples chaussures de sport, en argot lingala) et équipés d’un volant à droite, dans une ville où on roule… à droite, se sont imposés depuis le début des années 2000 dans cette capitale où le système de transports en commun est déficitaire.

Outre les taxis, d’autres modes de transport sont à la disposition des habitants : des centaines de bus d’une société publique, des minibus appartenant à des particuliers et un train urbain vétuste et irrégulier. Il ne suffisent pas à couvrir les besoins d’une population qui se déplace sur de longues distances dans cette ville de quelque 10 000 km2. 

« Je suis un mécanicien auto de formation, mais je suis chargeur depuis une dizaine d’années, faute d’emploi. Je gagne environ 5 000 francs chaque jour. Cela me permet de m’occuper de ma famille. J’élève ma fille avec mes faibles revenus. Je ne m’en plains pas trop », explique Yannick. 

Les « coopérants », de leur côté, tournent autour des boutiques d’habillement ou des magasins électroménagers qui foisonnent dans certains quartiers. Ils repèrent les acheteurs éventuels et négocient les meilleurs « deals » auprès des commerçants. 

Ces intermédiaires sont connus des gérants de magasins qui les encouragent à arpenter les rues pour appâter le chaland. Si une transaction est réalisée grâce à leur concours, ils reçoivent une prime du vendeur, voire de l’acheteur, s’il est satisfait du rabais – supposé ou réel – qui lui aurait été proposé. 

Une hiérarchie autorégulée 

Les « coopérants » peuvent toutefois se montrer agressifs et en venir aux mains, sous le regard amusé de policiers qui n’interviennent pas. Dans cet univers qui a ses propres codes, la jalousie le dispute à l’agressivité. Tous les coopérants ne sont pas dotés du même pouvoir de persuasion et celui qui semble avoir plus de succès s’attire les foudres de ses petits camarades. 

Travail risqué 

Tout voyageur se rendant en bateau à Brazzaville, sur la rive droite du fleuve Congo, passe par le port fluvial, connu sous le nom de Beach Ngobila, où il est assailli par un autre type de « coopérants » – appelés également « protocoles » – en quête de « clients » (voyageurs).

Ces « coopérants », qui ne portent aucun signe distinctif, sont connus de la multitude de services qui prélèvent des taxes diverses et variées, y compris illégales, dans ce port où les formalités de voyage se déroulent dans une cohue indescriptible.

Ils sont d’une redoutable efficacité : ils connaissent tous les « chefs » et effectuent toutes les démarches. Une fois pris en charge, le voyageur franchit toutes les étapes et se retrouve dans la salle d’attente exiguë avant d’embarquer dans le bateau, il est contraint de gratifier le « protocole » de quelques billets de banque pour son travail. Le « coopérant » peut ainsi empocher 5 000 francs en un seul coup, alors qu’il « travaille » dans un port où son nom n’apparaît sur aucune liste officielle des employés. 

On rencontre également les « wewas », les conducteurs de motos-taxis, dont la profession n’est pas réglementée. Le filon est exploité par les chômeurs qui, pour la plupart, ont appris à conduire la moto sur le tas. Il suffit de trouver un « sponsor » qui achète l’engin et le tour est joué.

Le propriétaire de la moto exige 15 000 francs à la fin de la journée – et il arrive que la recette journalière soit le double de ce montant. Les « wewas » se frottent les mains, mais le métier n’est pas sans risque : les accidents de plus en plus fréquents sur un réseau routier globalement dégradé se conjuguent avec les tracasseries policières. 

Paraphrasant le chanteur Koffi Olomide, philosophe à ses heures, les « wewas » sont capables d’humour caustique : « La RDC est un enfer d’un genre particulier : le feu nous brûle tous les jours, mais nous sommes toujours là et bien en vie », lâche l’un d’eux.  

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