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Société

Paul Biya : COP21 : Le temps d’agir

Braconnage, l’offensive camerounaise

Confrontées à une recrudescence du braconnage, les autorités du Cameroun ont pris, dès 2012, des mesures drastiques. Dans leur sillage, elles ont entraîné leurs voisins dans une guerre contre des trafics qui menacent la stabilité et la biodiversité dans la sous-région.

Braconnage

Le braconnage, qui touchait essen- tiellement les pays anglophones de l’Est et du Sud du continent africain, s’est depuis étendu à l’Afrique centrale. D’après certaines ONG, 50 % des éléphants du bassin du Congo ont été tués entre 1995 et 2007. Selon les derniers recensements, le nombre d’éléphants d’Afrique varie entre 419 000 et 650 000. Or, plus de 20 000 d’entre eux sont abattus chaque année à un rythme et une fréquence supérieurs au renouvellement naturel de l’espèce. En Afrique centrale, 14 % des éléphants ont été abattus en 2011 ; la zone est la plus affectée par le braconnage.

La situation du rhinocéros, chassé pour sa corne, est encore plus alarmante : il reste en Afrique 5 000 rhinocéros noirs et 20 000 blancs. Le rhinocéros a déjà dis- paru de l’Afrique centrale. Bientôt, ce sera le cas d’autres espèces si le problème n’est pas éradiqué. Or, le marché de l’ivoire, loin de s’affaiblir, connaît une forte hausse. Au Cameroun, le prix du kilogramme d’ivoire en zone rurale a été multiplié par 30 en 20 ans, s’établissant actuellement à 150 000 F.CFA, selon le WWF. Résultat : depuis 2012 et le début de la crise en Cen- trafrique, le pays est confronté à une recrudescence de la criminalité faunique. Cette année-là, un pic a été atteint avec le massacre, mi-janvier, de près de 200 éléphants, soit plus du tiers de la population du parc national de Bouba Ndjida. Un drame face auquel les autorités camerounaises ne sont pas restées silencieuses.

Déploiement de forces spécialisées

« Ces derniers temps, mon pays a fait l’objet d’assauts répétés des braconniers. Tout le monde a encore en mémoire le triste spectacle d’éléphants abattus à Bouba Ndjida, victimes de ces hommes sans foi ni loi, lourdement armés et bien entraînés comme je l’ai dit, attirés par l’ivoire », a rap-pelé le président camerounais, Paul Biya, lors de sa participation, le 5 décembre 2013, à la table ronde sur la « Lutte contre le trafic et le braconnage des espèces menacées d’extinction », organisée à Paris en marge du Sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique. « Face à cette situation dont le paroxysme a été atteint en début d’année 2012, j’ai pris un certain nombre de mesures, sur le plan national, et d’autres en concertation avec les pays voisins en proie eux aussi à ce fléau. » 

Parmi lesquelles le déploiement de forces de défense spécialisées dans la zone de Bouba Ndjida ; le renforcement des effectifs des éco-gardes ; l’acquisition d’ultralégers motorisés, pour la surveillance aérienne des aires protégées. Avec des résultats tangibles. « Ces mesures ont eu pour effet immédiat de circonscrire le phénomène. Les braconniers sont restés loin de nos frontières », explique Paul Biya. 

Mais seule une action régionale concertée permettra de résoudre le problème. Ce qui a également été amorcé, à l’initiative du Cameroun. « Avec les États voisins, nous avons signé trois accords pour lutter contre le braconnage transfrontalier. » Et le président camerounais d’en appeler à la communauté internationale : « Notre souhait est que la rencontre d’aujourd’hui constitue le début d’une prise de conscience collective euro-africaine. Elle doit pour cela dégager des propositions d’actions concertées pour la mobilisation de l’opinion publique internationale afin de soutenir cette lutte que nous menons au nom de l’humanité. » 

Un appel qui a été entendu à Paris. À l’issue de la table ronde, la France a annoncé une série d’engagements en vue de renforcer le dispositif national de lutte. Le trafic d’espèces sauvages ne relève plus seulement du braconnage local, mais de groupes criminels, de plus en plus armés et organisés, qui ont trouvé là une nouvelle source de financement. Ces milices et militaires échangent de l’ivoire contre de l’argent, des armes et des munitions. De quoi représenter une source de déstabilisation sérieuse pour plusieurs pays du continent. 

Compte tenu de sa mobilisation et de l’enjeu, les pays de la Ceeac ont confié au président de la République du Cameroun, le rôle de haute autorité de la sous-région, porte-parole de la lutte anti-braconnage en Afrique centrale. Dans cette lutte, les militaires ont été mobilisés, à hauteur de 1 000 soldats. Un plan d’urgence, estimé à 1,8 million d’euros, a été adopté avec un appui aérien, des véhicules de terrain, de téléphones satellites, l’établissement d’un commandement militaire conjoint, permettant un système de partage et d’analyse d’information en temps réel. 

Et le 17 juin 2015, le ministre camerounais des Forêts et de la faune, Ngole Philip Ngwese, a annoncé, lors de la cérémonie de signature de l’accord de siège de l’Organisation pour la conservation de la faune sauvage en Afrique (OCFSA) à Yaoundé, l’adoption d’un nouveau système de lutte contre le braconnage avec l’aide d’Interpol. Il prévoit notamment une meilleure coordination entre les actions de lutte contre le braconnage, entre les pays membres de l’Organisation pour la conservation de la faune sauvage en Afrique, créée en 1983 à Khartoum, au Soudan. Là où se concentreraient les trafiquants. Des mesures déjà suivies d’effets. Une dizaine de personnes ont été interpellées et sept armes à feu saisies, en septembre, par le Bataillon d’intervention rapide (BIR) à Bertoua dans l’est du pays. Malheureusement, ces derniers avaient déjà abattu 140 animaux… 

À l’approche de la COP 21, les pays concernés, le Cameroun en premier lieu, attendent des mesures concrètes, sur la scène internationale, pour limiter un trafic alimenté par une demande occidentale et asiatique, et accompagner les pays d’Afrique centrale dans leur lutte pour la préservation des espèces animales. Avant qu’il ne soit trop tard…

 

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