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Société

Paul Biya : COP21 : Le temps d’agir

Désertification, un enjeu écologique, économique et sécuritaire

Coupe anarchique du bois et sécheresse ont participé à l’avancée du désert dans le nord du Cameroun. Aux conséquences écologiques, s’ajoutent les aspects socio-économiques et sécuritaires, dans une région où opèrent Boko Haram et autres groupes armés.

Au coeur de la zone sahélienne, aux confins du Niger, du Tchad, du Cameroun et du Nigeria, le lac Tchad, vestige d’une mer intérieure qui, il y a plusieurs millénaires, devait couvrir 340 000 km2. Une ressource en eau douce, dont le rôle économique est essentiel, car le lac doit fournir l’eau à plus de 20 millions de personnes vivant dans les pays limitrophes ; elle est menacée de disparition après des décennies de sécheresse. Le lac a perdu 80 % de sa surface en 40 ans. En raison, notamment, de l’avancée du désert. Malgré les efforts jusque-là fournis, l’avancée du désert au Nord Cameroun inquiète tout particulièrement les autorités. Cette situation est en partie due à la coupe anarchique du bois. Dans la zone sahélienne sèche du Cameroun, environ 97 % de la population dépendent du bois comme première source de combustible pour la cuisson des aliments. Dans la division administrative de Faro, par exemple, les populations défrichent de vastes superficies boisées, exposant ainsi la terre et les hommes à des conditions extrêmes pendant la saison sèche. L’autre cause de la désertification reste la sécheresse. Entre janvier et la mi-mai, les températures atteignent parfois 47° dans cette région. « Nous sommes tous responsables de la conservation des terres et de l’eau et de leur utilisation durable ; il est donc de notre devoir de trouver des réponses à ces problèmes », commente le ministre de l’Environnement, Pierre Hele.

Plus de dix millions d’arbres replantés

Parmi les mesures mises en place à cet effet, l’opération « Sahel vert », lancée au début des années 1980, a permis de planter plus de dix millions d’arbres. Entre 2008 et 2012, 16 500 hectares de terrains ont été reboisés, soit 560 000 plants mis en terre. De même, 86 483 foyers améliorés ont été distri- bués aux ménages pour assurer une gestion durable du bois de chauffe. D’autres projets ont également vu le jour. Il s’agit, entre autres, du projet d’aménagement du bassin-versant de la Bénoué afin de restaurer, de conserver et d’assurer l’utilisation durable de 10 200 km² de terre dans ce bassin. Au total, 60 km de berges ont ainsi été sta- bilisés grâce à la mise en terre de 60 000 plants. Sachant que selon le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, « 200 millions de personnes sont déplacées chaque année pour cause de désertification. Un tiers des zones cultivables est devenu improductif. En protégeant et en régénérant les sols arides, nous donnons la vie. La santé des zones c’est la vie ».

Sahara – Grande muraille verte

Desertification

Le Cameroun pourrait en faire davantage avec des moyens supplémentaires. Et une meilleure coordination entre les besoins et les actions. Nombre de projets étant évoqués, des plus modestes aux plus pharaoniques, sans qu’aucun ne voie le jour. En raison notamment d’un désaccord entre les écologistes et les opérateurs. En attendant, parmi ces projets, un attire l’attention… et la curiosité. La création d’une grande muraille verte au Sahara. L’idée n’est pas nouvelle, elle avait déjà été émise par un explorateur anglais, Richard St. Barbe Baker, qui militait pour une cause encore méconnue à l’époque, la reforestation. Il propose alors de lutter contre la désertification en construisant un gigantesque mur végétal coupant le désert du Sahara en deux. Jugé irréaliste, le projet ne trouve pas d’oreilles attentives pour le développer. Mais aujourd’hui, avec les sécheresses à répétition et la mauvaise gestion des ressources naturelles que connaît la région, en plus de la présence de Boro Haram et autres groupes armés, le concept, rebaptisé « The Great Green Wall » ou « Grande muraille verte », est repris, jugé également comme une arme anti-djihadiste. Il a notamment été présenté à Addis-Abeba en 2007, et a suscité l’intérêt des chefs d’États africains. Une vingtaine de pays se sont ainsi regroupés pour créer une agence soutenue par l’Union africaine, l’ONU, la FAO et l’Union européenne ainsi que des ONG pour sa réalisation, dont le coût a été estimé à 2 milliards de dollars. Concrètement, il s’agit de planter une barrière d’arbres et de végétaux de 15 kilomètres de large sur plus de 7 000 kilomètres de long. En novembre 2014, à Bachakha, l’ancien président du Nigeria, Goodluck Jonathan, a donné le coup d’envoi de la construction de la partie nigériane de la barrière végétale. Depuis, d’autres pays ont entamé leurs travaux. Selon le New York Times, les oiseaux migratoires sont de retour, un bon présage…

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