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Société

Le pari des universités virtuelles

Le pari des universités virtuelles
  • Publiémars 8, 2024

Face aux besoins de massification de l’enseignement supérieur, et au manque d’infrastructures, les universités virtuelles sont une solution attractive.

 

Pour les pays africains, les universités virtuelles représentent « une réponse pertinente, bien que partielle, au défi de la massification ». Tel est le constat d’une courte étude publiée par l’AFD (Agence française de développement), en collaboration avec le cabinet Do Well Do Good.

Il est vrai que leur déploiement soulève des défis techniques, institutionnels, culturels et de qualité des ressources mobilisées. Pour autant, dans un contexte de contraintes budgétaires fortes, le coût de financement des infrastructures universitaires publiques est élevé.

Pour l’heure, le succès d’un tel modèle est encore difficile à appréhender, au-delà du nombre d’étudiants qui en bénéficient. Au fil des années, nous pourrons mesurer plus finement l’impact, notamment sur les résultats scolaires, les compétences ou l’insertion dans l’emploi des étudiants d’universités virtuelles.

Les universités numériques semblent un moyen d’offrir un accès moins coûteux à la formation tout en répondant à l’enjeu de massification. L’enseignement à distance permet de compléter l’enseignement en présentiel et vice-versa. Bien entendu, soulignent les auteurs, les projets d’universités numériques doivent leur réussite à des prérequis nombreux d’ordre technique, institutionnel, culturel, et de qualité des contenus.

Le constat est clair : le taux moyen d’accès à l’enseignement supérieur, en Afrique subsaharienne, est légèrement inférieur à 10 %. À titre d’exemple, 98 000 Ivoiriens ont eu leur baccalauréat en 2022, un nombre équivalent à la capacité totale du système universitaire ; environ 110 000 étudiants sur l’ensemble des universités publiques et privées (tout niveau d’études supérieures inclus). La demande en Afrique subsaharienne est supérieure à l’offre « et il semble que la construction d’universités publiques, à court et moyen terme, ne puisse la suivre », constatent les auteurs.

Dès lors, l’université numérique limite le recours aux infrastructures physiques, évite aux jeunes ruraux des migrations coûteuses et permet donc d’abaisser le coût par étudiant supplémentaire formé. Les succès de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane et de l’Université virtuelle de Tunis en témoignent.

Ces deux universités représentent deux modèles d’universités virtuelles, jugent les spécialistes, qui rappellent que dans les deux cas, des collaborations entre universités virtuelles et universités classiques existent.

 

Manque de recul

Revenant sur « les défis » de ces universités, ils citent, en premier lieu, l’accès et le coût des données. L’équipement des étudiants (parfois un simple smartphone) de leurs enseignants en ordinateurs, reste limité. On connaît aussi, en Afrique, les difficultés de couverture du réseau, de son débit et, surtout, de son prix, « vecteur d’inégalités d’accès aux ressources numériques ».

Se posent aussi la question du stockage des données pour les universités et l’accès aux instruments de calculs pour les chercheurs, ainsi que des réseaux entre institutions.

En deuxième lieu, les analystes citent le défi institutionnel, le financement, la gouvernance. En Tunisie, un dispositif de prime par cours numérique permet de rétribuer les enseignants. L’université numérique doit aussi organiser sa collaboration avec les autres universités, surtout si elle mobilise leurs enseignants. De plus, les formations délivrées doivent être certifiées et leur qualité auditée. Le Sénégal, par exemple, a créé des diplômes pour son université virtuelle du même niveau que les autres diplômes du supérieur.

En troisième lieu, se pose un défi culturel, qui tient à la connaissance des outils et usages du numérique, parfois insuffisante, y compris chez les étudiants, notamment les moins aisés. Il faudrait environ un référent numérique pour vingt enseignants, calculent les experts et jusqu’à six semaines de formation par enseignant.

Enfin, il reste le quatrième défi de la pertinence et de la qualité des contenus. L’accès à ces derniers pose la question de l’organisation des marchés publics et de l’organisation des universités, ou groupements d’universités, voire des licences nationales, ainsi que de la création de bibliothèques physiques et numériques pour rendre ces ressources accessibles.

Et les analystes publiés par l’AFD de définir quelques priorités : coordonner les parties prenantes ; analyser et prioriser les prérequis clés ; clarifier la gouvernance le modèle économique, entre autres.

L’université virtuelle engage des investissements sur le temps long : environ 100 à 150 millions d’euros pour une structure indépendante à couverture territoriale, calculent les auteurs, qui citent en exemples les universités virtuelles de Cheikh Hamidou Kane et du Burkina Faso

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

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