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Société

Le difficile chemin vers la résilience

Le difficile chemin vers la résilience
  • Publiéfévrier 16, 2024

Divers acteurs de la société civile en RD Congo, parfois eux-mêmes victimes d’abus, s’organisent pour faciliter l’insertion et l’information auprès des jeunes sur la violence et la santé.

 

Les rapports de violence sexuelle et de coercition montent en flèche en RD Congo, alors que le pays est confronté à l’escalade des conflits, à l’instabilité économique et à des crises climatiques récurrentes.

Ngoma est sourde, elle n’a donc pas entendu le groupe de garçons qui s’est faufilé derrière elle sur une route de sa ville natale de Matadi, relate l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population). « Ils m’ont tendu une embuscade, puis m’ont traînée dans un endroit isolé et ont abusé de moi », a-t-elle confié à l’agence. Après l’attaque, elle ne savait pas vers qui se tourner. « Ils ont profité de mon handicap pour commettre leur crime, allant jusqu’à faire de moi une mère. »

Les programmes complets d’enseignement de la sexualité comprennent des messages sur les droits de l’homme, l’égalité des sexes et les relations saines ; ce qui est essentiel dans un pays où le niveau de violence entre partenaires intimes est le plus élevé au monde.

Ngoma a accouché à l’âge de quinze ans. Pour autant, la jeune fille était déterminée à ne pas laisser cette violence subie interrompre ses chances dans la vie. « Je suis revenue après l’accouchement pour poursuivre ma scolarité, malgré ce que j’avais vécu. »

L’enfant de Ngoma vit avec ses parents dans une autre ville, tandis qu’elle termine ses études à l’école Espérance, un établissement destiné aux personnes souffrant de troubles de l’audition ou de la parole. Cette année, sa classe bénéficie d’une éducation sexuelle complète, dans le cadre d’un programme mis en œuvre par le ministère de l’enseignement primaire et professionnel dans quatre écoles des provinces de Kinshasa et de Kongo Central. Le programme couvre également la prise en charge des survivants.

« On nous enseigne les compétences nécessaires à la vie courante, notamment la santé sexuelle et génésique, l’hygiène personnelle et la violence sexiste », a-t-elle déclaré. « Si j’avais appris tout cela il y a quelques années, j’aurais su qu’il fallait se rendre rapidement à l’hôpital après avoir été violée. »

 

Plaidoyer pour la sensibilisation

Dans le monde, les personnes handicapées sont plus susceptibles d’être victimes d’abus que les personnes non handicapées. Le père Jean-Jacques Diafuka, qui dirige l’école Espérance, reconnaît : « Certaines personnes profitent de leur handicap pour les maltraiter, les exploiter et les abuser. »

Toutefois, grâce à cette initiative soutenue par l’UNFPA, Ngoma a appris comment dénoncer ses agresseurs et comment la police traite les cas de violence. Elle a également décidé de ne pas garder le silence sur son expérience et de contribuer à la diffusion de l’information auprès de ses camarades de classe afin qu’ils sachent comment et où dénoncer les abus et s’en remettre.

Hier victime, Ngoma œuvre désormais à informer et former ses jeunes concitoyens.
Hier victime, Ngoma œuvre désormais à informer et former ses jeunes concitoyens (photos : UNFPA).

 

 

Et Ngoma ne s’est pas arrêtée là : elle a insisté pour que le programme soit étendu aux communautés plus éloignées de Matadi, où de nombreux jeunes ne sont pas scolarisés et n’ont guère accès à ce type d’information.

Grâce à son plaidoyer, une ligne téléphonique gratuite a été lancée en janvier 2021, gérée par le ministère du Genre, qui met chacun en relation avec des conseillers. En août 2023, plus de 1 400 personnes avaient appelé et reçu de l’aide grâce à cette ligne.

Les enseignants de l’école Espérance ont suivi une formation nationale de neuf mois sur l’éducation sexuelle complète, soutenue par l’UNFPA et financée par la Norvège. Au cours de la phase pilote de septembre à octobre 2023, trente enseignants des provinces de Kinshasa et de Kongo Central ont suivi le cours.

« Nous sommes très touchés par ce soutien considérable », se réjouit le père Diafuka. « Non seulement nos enseignants ont été formés, mais nous avons également reçu une centaine de manuels sur la santé sexuelle et reproductive, ainsi que des guides pour les enseignants, des brochures sur l’hygiène personnelle et des kits de gestion des menstruations. »

Cette formation devrait être étendue au personnel judiciaire et policier afin de mieux aider les personnes vivant avec un handicap à signaler les violences basées sur le genre ; d’ailleurs, les leçons devraient s’adresser aussi bien aux garçons qu’aux filles.

 

Soutenir les jeunes vulnérables

Les cours d’éducation sexuelle complète apprennent également aux jeunes à se protéger des infections sexuellement transmissibles, des grossesses non désirées et des grossesses précoces.

Le taux de natalité chez les adolescentes est l’un des plus élevés au monde. Les grossesses d’adolescentes peuvent empêcher les filles de terminer leur scolarité, ce qui peut entraver leurs possibilités d’emploi. Elles peuvent également entraîner des maladies débilitantes telles que la fistule obstétricale, car le corps d’une jeune fille n’est généralement pas encore prêt à mettre au monde un enfant.

Les programmes complets d’enseignement de la sexualité comprennent des messages sur les droits de l’homme, l’égalité des sexes et les relations saines ; ce qui est essentiel dans un pays où le niveau de violence entre partenaires intimes est le plus élevé au monde.

L’UNFPA promeut les droits de l’homme et l’inclusion des personnes handicapées, en particulier les femmes et les jeunes, par le biais de son programme We Decide. Ces initiatives sont adaptées aux différents contextes nationaux afin d’élargir l’accès aux services, à l’information et à l’éducation en matière de santé sexuelle et génésique, de sorte que chaque personne ait la possibilité de faire le bon choix pour son propre corps.

 

PF, d’après un compte rendu de l’UNFPA.

@NA

Écrit par
Paule Fax

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