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Société

Le Cameroun ouvre la voie contre le paludisme

Le Cameroun ouvre la voie contre le paludisme
  • Publiéjanvier 22, 2024

Depuis lundi 22 janvier, les enfants camerounais peuvent se faire vacciner gratuitement contre le paludisme. Le pays est le premier au monde à généraliser la vaccination, tandis qu’un nouveau produit est attendu dans un an.

 

Ce 22 janvier 2024 marque un « tournant » dans la vaccination contre le paludisme. Le Cameroun introduit désormais le vaccin RTS,S contre le paludisme dans sa stratégie nationale de vaccination de routine. Ce qui signifie que tous les enfants Camerounais pourraient être vaccinés, au fur et à mesure. Dans cette campagne, l’injection est proposée gratuitement et systématiquement à tous les enfants de moins de six mois, en même temps que les autres vaccins classiques obligatoires ou recommandés. Le Cameroun espère vacciner environ 250 000 enfants cette année et l’année prochaine. Une première en Afrique, qui marque un donc « tournant » dans la lutte contre cette maladie, pour reprendre les termes d’Aurélia Nguyen, directrice des programmes de GAVI, l’Alliance du vaccin, qui pilote le déploiement à grande échelle en Afrique.

« Cela fait très longtemps qu’on travaille sur le vaccin contre le paludisme, 30 ans ! C’est une maladie qui est très difficile parce qu’elle est transmise par un parasite avec un cycle de vie qui est très compliqué. »

La première phase pilote date de 2019 au Kenya, au Malawi et au Ghana ; elle a permis la livraison du vaccin « Mosquirix » du laboratoire britannique GSK (GlaxoSmithKline) contre la maladie parasitaire. Il est désormais acheminé dans treize pays africains sur les 28 pays qui prévoient une mise en œuvre courant 2024 lors de campagnes de vaccination spécifiques.

En novembre 2023, le Sénégal, le Burkina Faso, le Liberia, le Niger et la Sierra Leone avaient reçu 1,7 million de doses. Au courant du mois de janvier, le Bénin, le Burundi, l’Ouganda, la RD Congo et le Cameroun ont bénéficié de livraisons qui vont permettre la vaccination de millions d’enfants, premières victimes de la maladie.

La coalition GAVI (OMS, Unicef, Fondation Bill & Melinda Gates, etc.) aurait consenti un premier apport de 160 millions de dollars dans l’opération qui touche les pays où la maladie est endémique. Au cours de la phase pilote, 2 millions d’enfants ont été vaccinés, entraînant une diminution de 13% de la mortalité et une sensible diminution du nombre de cas graves.

Le paludisme tue 600 000 personnes par an, dont 95% d’Africains. La maladie, également appelée malaria, a notamment fortement progressé en 2022, à cause de la perturbation des systèmes de santé. Le dérèglement climatique ne serait pas étranger, selon l’OMS, à la recrudescence brutale de la maladie. Si 2024 marque un tournant, l’année suivante est aussi attendue avec impatience par les professionnels de santé.

 

Une avancée révolutionnaire

L’OMS a validé un autre vaccin antipaludique, le « R21 » développé par l’américain Novavax, dont l’efficacité serait supérieure à celle du Mosquirix. Deux vaccins efficaces donc, après 140 tentatives infructueuses, depuis trente ans… Si la pandémie de Covid-19 a perturbé les systèmes de santé, elle aura au moins permis d’accélérer la technique « ARN-Messenger » utilisée pour le RTS, S. Gardons-nous d’excès d’optimisme : le vaccin produit par GSK n’est efficace qu’à environ 30 %, nécessite quatre doses et la protection commence à s’estomper après plusieurs mois. De plus, GSK ne peut produire qu’environ 15 millions de doses de Mosquirix par an.

Le deuxième vaccin a été conçu par l’Université d’Oxford et approuvé par l’OMS en octobre 2023. Il pourrait constituer une solution plus pratique : il est moins cher, nécessite trois doses et le Serum Institute indien a déclaré qu’il pourrait produire jusqu’à 200 millions de doses par an.

« Cela fait très longtemps qu’on travaille sur le vaccin contre le paludisme, 30 ans ! C’est une maladie qui est très difficile parce qu’elle est transmise par un parasite avec un cycle de vie qui est très compliqué. On a un outil qui va pouvoir nous être utile, qui a une efficacité qui a été démontrée, qu’il a une sûreté : c’est un outil complémentaire important », confie Aurelia Nguyen à l’AFP.

Qui rappelle que le Cameroun est l’un des pays africains les plus touchés par le paludisme et, parallèlement, l’un des pays où le vaccin peut se révéler le plus efficace. La stratégie du GAVI étant de cibler en priorité les zones les plus à risque avant de généraliser la vaccination. Y compris dans d’autres régions comme le sud de l’Europe.

Pour le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, cette nouvelle est «une avancée révolutionnaire» et «une lueur d’espoir» pour des millions d’enfants.

@NA

Écrit par
Aude Darc

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