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Société

L’autonomisation par le sport, l’exemple de la Tunisie

L’autonomisation par le sport, l’exemple de la Tunisie
  • Publiéoctobre 19, 2022

Les succès d’Ons Jabeur en tennis ont mis en vedette la Tunisie en tant que pays promoteur du sport féminin. Il fait figure de pionnier en Afrique, constate l’ouvrage collectif L’économie du sport en Afrique. Toutefois, des progrès restent à accomplir.

 

Les chercheurs constatent une corrélation entre l’égalité des sexes et la diminution de la croissance et du développement d’un pays. Et plus particulièrement l’inégalité dans l’accès à l’éducation et l’emploi. Plusieurs pays africains ont œuvré pour réduire cet écart, au premier rang desquels la Tunisie. Une législation progressiste et émancipatrice lui a permis de disposer d’une place privilégiée, plus particulièrement dans le domaine sportif.

La société de promotion du sport (Promosport) consacre 10% de ses revenus annuels au développement des sports féminins, des primes sont octroyées aux associations féminines nouvellement créées, l’utilisation des infrastructures sportives et les droits d’adhésions aux licences sont gratuits.

Pour la première fois dans l’histoire du sport tunisien, une femme a été élue présidente d’un club. Depuis 2018, la championne de volley Aïda Lengliz préside le Club olympique de Kélibia.

L’étude de cas s’intéresse aux femmes à la fois pratiquantes et dirigeantes, partant du principe qu’au plan strict de la pratique sportive, la Tunisie était proche de la parité. Par exemple, les marathons organisés sont généralement mixtes, tandis que les équipementiers et annonceurs ne font guère de différence, tant qu’il y a un marché à prendre… Cela est un peu moins vrai en ce qui concerne la couverture médiatique, encore très masculine.

Le manque d’autonomie des femmes est l’un des facteurs clefs pesant sur le capital humain. Sur ce point, on constate le nombre important d’anciennes athlètes tunisiennes vivant d’activités liées au sport, ce qui indique une bonne transition de carrière. Le sport offre des opportunités d’emplois, ceci est soutenu par une initiative publique comme la validation des acquis d’expérience de l’État accordant le diplôme d’animatrice aux athlètes de haut niveau, depuis des décennies. Ainsi, Habiba Ghribi, championne du monde d’athlétisme 2011, a su convertir ses performances sportives en produit marketing pour attirer les sponsors. Elle soigne également son image à travers les réseaux sociaux, pour devenir ambassadrice du sport tunisien, en 2019.

Aïda Lengliz

Aïda Lengliz

 

Dans le tennis, l’événementiel, le sponsoring, le soutien des médias, n’ont pas attendu les succès de Ons Jabeur. Le retour sur investissement se répercute sur le développement économique du pays et sur la performance sportive. Tandis que l’organisation d’un nombre élevé de tournois où la présence des femmes est obligatoire génère davantage de revenus de sponsoring.

 

Ons Jabeur secoue le monde du tennis

En escrime, le trio des championnes (Azza et Sarra Besbes et Ines Boubaki) participe à l’évolution du sport business en Tunisie. Résultat : les licenciées dans les organisations sportives nationales sont de plus en plus nombreuses, tandis que le nombre de femmes progresse également au sein des instances sportives, bien que nous soyons très loin de la parité. Sur ce point, la question divise : faut-il instaurer ou non des quotas ?

Pour résumer, la Tunisie souffre encore de stéréotypes de genre dans la pratique sportive, dans les postes à responsabilité, ainsi que dans la couverture médiatique. Cette tendance est toutefois moindre que dans la plupart des autres pays africains. Les événements sportifs sponsorisés concernent généralement le sport masculin, vu leur visibilité supérieure dans les médias.

Inès Boubakri
Inès Boubakri

 

En 2014, l’association du sport au féminin, en collaboration avec le ministère tunisien des Sports, a signé la déclaration de Brighton et Helsinki, qui exige un accès pour toutes les femmes à des activités sportives et vise à assurer un environnement favorable à leur pratique. Pourtant, l’accès aux postes de décision pour les femmes dirigeantes sportives tunisienne reste limité. Avec quelques exceptions, comme Meriem Mizouin. La grande championne d’Afrique de natation (1970-1978) a été nommée secrétaire d’État en 2011-2012. Elle avait passé trois mandats à la présidence de la Commission Femmes et Sport du Comité Olympique.

À partir du 31 octobre 2022, Ons Jabeur défendra ses chances au Masters féminin de tennis, qui se déroulera à Fort Worth, au Texas. Un tournoi pour achever une année exceptionnelle, celle de l’éclosion au plus haut niveau, pour la joueuse tunisienne de 27 ans.

Depuis qu’elle a gravi les échelons chez les juniors, elle a accumulé une série de premières en tant que femme arabe et africaine. Elle a remporté trois titres en simple sur le circuit de la Women’s Tennis Association (WTA), ainsi que onze titres en simple et un titre en double sur le circuit féminin de la Fédération internationale de tennis. Cette année, elle s’est imposée comme une nouvelle force au sommet des championnats de tennis féminin du monde – elle a remporté l’Open de Madrid et a atteint la finale du championnat de Wimbledon et de l’US Open, qui s’est achevé en septembre. Bien qu’elle ait perdu dans les deux finales, il ne fait aucun doute que son heure viendra à mesure qu’elle gagnera en expérience. Surnommée « la ministre du bonheur » par ses fiers compatriotes, elle fait circuler un courant nouveau dans le sport féminin en Tunisie. Elle a reçu l’une des plus hautes distinctions du pays, la Grande Médaille de l’Ordre National du Mérite.

Jabeur n’est pas la seule Africaine à faire vibrer le monde du tennis. La nouvelle coqueluche du Kenya, Angella Okutoyi, âgée de 18 ans, s’est retrouvée sous les feux de la rampe lorsqu’elle est devenue la première Kenyane à remporter un simple féminin du Grand Chelem à l’Open d’Australie au début de cette année.

Elle a cimenté sa gloire avec une autre première : elle a remporté un Grand Chelem avec sa partenaire néerlandaise Rose Marie Nijkamp dans la catégorie des doubles juniors à Wimbledon ; d’ailleurs, c’était la première fois qu’Angella jouait sur un court en herbe ! Son passage à l’US Open n’a pas été aussi fructueux – elle a été éliminée au premier tour en simple et au deuxième tour en double où elle faisait à nouveau équipe avec Rose Marie Nijkamp. Sans se décourager, elle déclare que cette expérience avait fait des merveilles pour son jeu et qu’elle attendait avec impatience le tournoi Women’s Future en Égypte. Okutoyi a également remporté le prix de la personnalité sportive du mois décerné par l’Association of Kenya Sports au début de l’année.

Angella Okutoyi

 

Encadré

Quelques femmes ayant marqué l’histoire du sport africain

Fatma Samba Diouf Samoura : Sénégalaise, déléguée générale de la FIFA pour l’Afrique, première à devenir femme secrétaire générale de la FIFA.

Nawel Moutawakel. Marocaine, championne olympique, elue au CIO en 2008, ministre des Sports.

Lydia Nsekera. Burundaise, présidente de la commission Femmes et Sport du CIO depuis 2009, membre du comité exécutif de la FIFA, président du Comité olympique de son pays, etc.

Françoise Mbango Etone. Camerounaise, double championne olympique en triple saut (2004, 2008). Malheureusement, cette championne attend toujours une reconnaissance pour ce qu’elle a apporté au Cameroun dans le domaine sportif à travers un poste à responsabilité, regrette l’ouvrage. Qui oublie que la jeune femme a opté pour la nationalité française en 2010, ceci expliquant peut-être cela.

 

L’économie du sport, un cercle vertueux à enclencher

@NA

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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