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Société

L’alphabétisation, pour ne plus être laissé-pour-compte

L’alphabétisation, pour ne plus être laissé-pour-compte
  • Publiéoctobre 26, 2023

En Ouganda, le programme Communautés pacifique témoigne de l’influence considérable que l’alphabétisation peut exercer sur les communautés marginalisées. Une initiative distinguée par l’Unesco.

 

Le programme Peaceful Communities « Communautés pacifiques », lancé par Dorothy Nakato Mubezi de l’UNSAI (Uganda National Self-Advocacy Initiative), prend sa source dans une expérience très personnelle. La mère de Dorothy, aujourd’hui décédée, s’est démenée pour instaurer la paix au sein de sa propre famille. Elle y est parvenue en apprenant à l’autre épouse de son mari à lire et à écrire.

Ce faisant, elles ont forgé des liens indéfectibles. Dorothy Nakato Mubezi (photo ci-dessus) se souvient de cet événement qui a changé le cours de sa vie et évoque la manière dont les deux femmes ont construit une relation très forte, il y a 35 ans de cela. La coépouse était extrêmement reconnaissante envers sa mère de lui avoir appris à lire et à écrire ainsi qu’à exprimer son opinion en public, ce dont elle était auparavant incapable.

Les objectifs du programme comprennent l’admission d’au moins 100 personnes en situation de handicap chaque année, la sensibilisation à l’ODD 4 et la fourniture des ressources nécessaires à l’alphabétisation.

En 2018, Dorothy, atteinte de handicaps psychosociaux et issue d’un milieu rural, a reçu une formation sur la Convention relative aux droits des personnes handicapées et les ODD (Objectifs de développement durable). Elle a été particulièrement touchée par l’ODD 4 sur l’éducation de qualité pour tous, qui rappelle que de nombreuses personnes en situation de handicap, en particulier des femmes et des filles, sont laissées de côté en raison de différents obstacles, notamment la stigmatisation, les discours négatifs, les problèmes d’accessibilité et la pauvreté.

En Ouganda, le taux d’alphabétisme des personnes en situation de handicap reste extrêmement préoccupant par rapport à celui de la population générale, ce qui provoque des mécontentements, des conflits et une participation limitée à la vie sociale.

C’est ainsi que l’UNSAI a lancé son programme « Communautés pacifiques ». Sa mission consiste à apprendre à lire, à écrire et à compter à des personnes en situation de handicap vivant en milieu rural, notamment des femmes et des filles qui ont abandonné leurs études ou n’ont jamais été scolarisées.

 

Utiliser les nouvelles technologies

Les effets du programme se font clairement ressentir, relate l’Unesco. Les bénéficiaires font part de leurs réussites, qui soulignent la contribution du programme à des sociétés durables et pacifiques. Une personne qui a participé au programme s’est servie de ses nouvelles compétences en lecture, en écriture et en calcul pour gérer plus efficacement son commerce de café, évitant ainsi les conflits et concourant à une société plus harmonieuse. Une autre femme en situation de handicap qui n’était pas appréciée à sa juste valeur joue désormais un rôle capital dans son village en rédigeant des procès-verbaux de réunions et en accompagnant des enfants dans leur scolarité.

Une séance de travail de l'UNSAI.
Une séance de travail de l’UNSAI.

 

Dans un monde de plus en plus dominé par les technologies, l’UNSAI s’est également adaptée en utilisant des messageries telles que WhatsApp pour rester en contact avec les bénéficiaires du programme. Cependant, la fracture numérique représente toujours un obstacle de taille, en particulier pour les femmes et les filles en situation de handicap qui habitent en zone rurale. Alors que la technologie pourrait faciliter l’apprentissage tout au long de la vie, les inégalités en matière d’accès et de connaissances persistent.

Le programme « Communautés pacifiques » garantit l’inclusion grâce à l’intégration d’un groupe diversifié de personnes en situation de handicap, en donnant la priorité aux femmes et aux filles. Il prévoit des aménagements et un soutien suffisants pour permettre leur pleine participation. En outre, le programme dispense des cours d’alphabétisation en luganda et en anglais, ce qui le rend accessible aux participants.

 

Un message d’espoir

Pour atteindre encore plus de personnes marginalisées, l’UNSAI cherche à obtenir le soutien de parties prenantes telles que des donateurs, des bailleurs de fonds et des organisations non gouvernementales internationales. Les objectifs du programme comprennent l’admission d’au moins 100 personnes en situation de handicap chaque année, la sensibilisation à l’ODD 4 et la fourniture des ressources nécessaires à l’alphabétisation.

Ce programme a reçu, le mois dernier, le prix Unesco-Confucius d’alphabétisation ; le seul prix revenant cette année à un pays d’Afrique parmi les six lauréats distinguée par l’organisation onusienne.

Pour Dorothy Nakato Mubezi et ses collègues de l’UNSAI, ce prix incarne un symbole de reconnaissance et d’encouragement qui les incite à poursuivre leur mission. Ils aspirent à aider un plus grand nombre de personnes ayant besoin d’apprendre à lire, à écrire et à compter. Ils cherchent également à contribuer davantage au Programme 2030.

Intervention de Dorothy Nakato Mubezi à l’occasion des Jeux mondiaux de Berlin (Allemagne), en juillet 2023.
Intervention de Dorothy Nakato Mubezi à l’occasion des Jeux mondiaux de Berlin (Allemagne), en juillet 2023.

 

Selon l’Unesco, Dorothy Nakato Mubezi livre un message d’espoir, en particulier à celles et ceux qui n’ont pas accès à l’éducation. « Grâce à l’alphabétisation, vous ne serez plus laissés-pour-compte », explique celle pour qui l’alphabétisation n’est pas seulement une compétence, mais aussi une passerelle vers l’autonomie, l’égalité et un avenir plus radieux pour chacun.

 

AD, d’après un compte rendu de l’Unesco.

@NA

Écrit par
Aude Darc

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