x
Close
Société

L’aide des ONG tarde à essaimer le Burkina Faso

L’aide des ONG tarde à essaimer le Burkina Faso
  • Publiémars 14, 2024

En 2023, 95 % des interventions des ONG dans les zones enclavées se sont concentrées sur dix villes seulement, celles qui accueillent un grand nombre de personnes déplacées.

 

Un demi-million de personnes sous blocus au Burkina Faso se trouvent dans l’angle mort de la réponse humanitaire en raison d’un manque de financement et de contraintes opérationnelles sévères, avertissent les organisations internationales à la veille du Forum humanitaire européen. L’événement se déroulera les 18 et 19 mars 2024.

Dans vingt localités coupées du reste du pays et abritant un demi-million de personnes, moins de 5 000 personnes ont reçu une aide des ONG internationales et de leurs partenaires locaux l’année dernière, selon une récente enquête interne menée par le FONGIH, un forum regroupant une soixantaine d’organisations internationales opérant au Burkina Faso.

« Sans une mobilisation urgente de fonds, les lacunes continueront de se creuser et un nombre croissant de personnes dans le besoin seront exclues de la réponse humanitaire. »

Outre le manque de financement, les lacunes du service aérien humanitaire ainsi que l’insécurité et les risques accrus pour le personnel sont les trois principales raisons citées par les organisations qui n’ont pas réussi à fournir de l’aide dans des zones spécifiques où elles avaient prévu d’intervenir.

Bien que le pont aérien de l’UNHAS ait été une bouée de sauvetage pour environ deux millions de civils vivant sous le blocus à travers le pays, les ressources limitées avec un seul hélicoptère cargo et la multiplication des zones enclavées ont fait qu’il a été impossible d’assurer un service aérien pour chacun d’entre eux.

De plus, le transport d’articles par l’intermédiaire de l’UNHAS coûte douze fois plus cher que par la route, ce qui ajoute une pression financière considérable sur les organisations d’aide, alors que la réponse humanitaire dans le pays reste largement sous-financée.

« Seul un tiers des fonds nécessaires pour couvrir les besoins humanitaires les plus urgents au Burkina Faso a été effectivement alloué l’année dernière », estime Rachel Mikanagu, directrice de la FONGIH. « Comme il est extrêmement coûteux de fournir une assistance dans les zones enclavées, la pénurie de ressources financières conduit souvent les organisations à donner la priorité aux personnes dans le besoin dans d’autres parties du pays. Il en résulte une situation très préoccupante où des populations déjà coupées de leurs terres agricoles et de leurs moyens de subsistance, et qui luttent pour satisfaire leurs besoins vitaux, reçoivent également beaucoup moins d’aide vitale – sans aucun doute, elles sont punies deux fois. »

 

Faire mieux

« Nous nous sentons oubliés par ceux qui peuvent fournir une assistance humanitaire », confie Hawa au Norwegian Refugee Council. Cette mère de six enfants a fui voici cinq ans à Gorgadji, dans la région du Sahel. Au début, elle comptait sur l’aide humanitaire tout en allant chercher des feuilles dans la brousse pour les vendre et nourrir sa famille. Après l’imposition de restrictions de circulation, elle ne pouvait plus se déplacer dans les environs de la ville et l’aide s’est tarie. « Personne ne vient nous voir. Nous entendons parler des organisations humanitaires, mais nous ne les voyons plus », déplore-t-elle.

En 2023, 95 % des interventions des organisations internationales dans les zones enclavées se sont concentrées sur dix villes seulement, souvent celles qui accueillent un grand nombre de personnes déplacées et où suffisamment de données sur les besoins humanitaires ont été collectées. Djibo, où plus d’un quart de million de personnes vivent sous blocus depuis début 2022, a reçu plus d’aide des ONG internationales et de leurs partenaires locaux que toutes les autres zones enclavées en 2023.

Malgré ces efforts, les besoins restent importants et l’interruption des vols de l’UNHAS vers Djibo pour des raisons de sécurité de la mi-octobre à la fin décembre a considérablement réduit l’aide humanitaire pendant cette période.

« Les pays donateurs doivent intensifier leur soutien maintenant », juge Rachel Mikanagu. « Sans une mobilisation urgente de fonds, les lacunes continueront de se creuser et un nombre croissant de personnes dans le besoin seront exclues de la réponse humanitaire. Dans le même temps, en tant qu’humanitaires, nous devons faire mieux pour donner la priorité à ces zones. »

Le FONGIH renouvelle les appels lancés fin 2022 par le coordinateur des secours d’urgence des Nations Unies, Martin Griffiths, lors de sa visite au Burkina Faso, pour que « les routes soient rouvertes afin que les humanitaires puissent transporter des marchandises par voie terrestre sans escorte militaire ».

 

PF, d’après un compte rendu du Norwegian Refugee Council.

*****

En bref

Inquiétudes au Mali

 

Alors que la crise humanitaire au Mali continue de s’aggraver, Edem Wosornu, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) lance un appel à un soutien accru pour les millions de personnes dans le besoin, à l’issue d’une mission de quatre jours dans le pays.

Edem Wosornu
Edem Wosornu

L’humanitaire se dit « profondément préoccupée » par le fait que les besoins humanitaires pourraient augmenter dans les mois à venir, alors que plus de 7 millions de personnes dans le pays ont déjà besoin d’une assistance vitale cette année.

L’« insécurité, les déplacements, les chocs climatiques et les mauvaises récoltes risquent d’exacerber l’urgence humanitaire au Mali, qui risque de devenir une crise oubliée », redoute Edem Wosornu. « Le moment est venu de mobiliser davantage de ressources et de soutien pour que le Mali – et plus largement le Sahel central – reste à l’ordre du jour de la communauté internationale. »

En 2023, le plan de réponse humanitaire pour le Mali n’a été financé qu’à hauteur de 30 %, soit le niveau le plus bas depuis le début de la crise en 2012. Bien que les partenaires humanitaires aient été contraints de faire des choix difficiles, comme réduire la quantité d’aide fournie aux personnes vivant dans des zones reculées, ils ont tout de même réussi à aider 2,8 millions de personnes en 2023, soit environ la moitié des 5,7 millions de personnes qu’ils avaient pour objectif d’atteindre.

Cette année, la communauté humanitaire au Mali recherche plus de 700 millions de dollars pour fournir une assistance vitale et des services de protection à plus de 4 millions de personnes, y compris les réfugiés, les rapatriés, les personnes déplacées à l’intérieur du pays et d’autres populations vulnérables.

@NA

Écrit par
Paule Fax

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *