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Société

L’Afrique n’en fait pas assez pour l’école

L’Afrique n’en fait pas assez pour l’école
  • Publiéjuin 6, 2024

Un rapport de l’Unesco et l’Union africaine pointe les carences des pays africains en matière d’éducation au primaire. Souvent, en raison d’un manque de données et de prise de conscience.

 

En matière d’éducation, l’Afrique est-elle au point mort ? Certes, la part des non-scolarisés au primaire en Afrique est passée de 35 % en 2000 à 23 % en 2010, mais elle est revenue à 19 % en 2020. On estime que 18,5 % des enfants en âge de fréquenter l’école primaire ne seront pas scolarisés en 2023, soit le double de la moyenne mondiale, relate l’Unesco dans son récent rapport sur l’éduction publiée en partenariat avec l’Union africaine. Rapport qui compile une série d’enquêtes effectuées ces cinq dernières années sur les pays africains.

Les pays africains sont confrontés à un déficit de financement de 28 milliards de dollars s’ils veulent atteindre leur objectif collectif de taux d’achèvement du primaire de 85 % d’ici à 2030.

S’il est vrai qu’une partie de ce recul est due à une illusion statistique, car le nombre de redoublements a diminué, ce facteur n’explique pas tout. Combiné à une croissance démographique rapide, le nombre d’enfants non scolarisés est passé de 37 millions en 2012 à 41 millions en 2023. De plus, cette population non scolarisée pourrait être sous-estimée, car la collecte de données dans les zones touchées par les conflits est gravement entravée, comme au Soudan et au Sud-Soudan, ainsi qu’en RD Congo et en Éthiopie.

En matière d’achèvement de la scolarité, les choses avancent au rythme d’un point de pourcentage par an, sauf en Afrique australe, en retard. On estime qu’en 2023, 71 % des enfants auront terminé l’école primaire à temps et que 80 % l’auront terminée avec plusieurs années de retard. Initialement, l’objectif d’achèvement universel de l’enseignement primaire avait été fixé à 1980…

Si les filles ont un avantage de cinq points de pourcentage pour ce qui est de l’achèvement des études dans les délais, les garçons conservent un avantage de deux points de pourcentage pour ce qui est de l’achèvement final. Le Nigeria et la Tanzanie progressent trop peu lentement, tandis que la Mauritanie et la Somalie sont très en retard, de ce point de vue.

En matière d’acquisition des connaissances, on manque encore de données fiables, reconnaît le rapport : le prochain cycle « PASEC » qui étudie le niveau d’apprentissage dans les écoles africaines ne sera pas disponible avant 2026. Le rapport de l’Unesco souligne d’ailleurs le manque de données, dans la plupart des pays africains, relatives à l’acquisition des connaissances.

 

Programmes et pratiques scolaires

Toutefois, il semble que le niveau de lecture progresse, en Afrique, plus fortement que dans le reste du monde. Les données recueillies suggèrent qu’au maximum, un enfant sur cinq sait lire avec compréhension et a acquis des connaissances en mathématiques.

Selon d’autres sources, la proportion d’élèves ayant atteint le niveau minimum de compétence en lecture a augmenté de cinq points de pourcentage au Maroc, mais a chuté de trois points de pourcentage en Afrique du Sud entre 2016 et 2021. Sauf exceptions, la crise de la Covid-19 n’aurait pas eu d’impact majeur.

Dans les six pays qui ont participé à l’enquête AMPL en 2021 et 2023 (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Kenya, Lesotho, Sénégal, Zambie), les élèves des écoles urbaines étaient au moins trois fois plus susceptibles de lire avec compréhension à la fin de l’école primaire ; au Burkina Faso et au Lesotho, ils étaient six fois plus susceptibles de le faire.

« Pour mettre en œuvre une vision nationale de l’éducation, il faut traduire le programme scolaire en pratiques scolaires et veiller à ce que l’apprentissage se fasse à grande échelle », recommande le rapport.

Une enseignante en mathématiques, en Zambie.
Une enseignante en mathématiques, en Zambie.

Lequel pointe une difficulté que les pays pourraient régler sans trop de mal : les compétences des enseignants, les programmes, les objectifs académiques et les manuels scolaires ne sont pas toujours « alignés » comme il faudrait. En Mauritanie, par exemple, l’algèbre est absente du programme du premier cycle de l’enseignement primaire, mais elle est traitée dans les manuels et les guides de l’enseignant ! Au Niger, les manuels et les guides de l’enseignant incluent les statistiques et les probabilités, mais le programme ne les mentionne pas.

De plus, peu de pays émettent des recommandations pédagogiques pour enseigner aux élèves en retard. Les évaluations portent souvent sur un ensemble de compétences différentes de celles décrites dans le programme scolaire, en particulier à la fin du primaire, où prévaut une culture de l’examen et où le niveau de difficulté s’accroît.

Le rapport pointe également combien la fourniture de matériel écrit dans les langues locales, celles parlées à la maison, est importante, non seulement pour l’alphabétisation, mais aussi pour les compétences en calcul, d’autant plus que de nombreux manuels de mathématiques continuent d’être lourds. La Namibie et l’Afrique du Sud font figure de bons élèves, sur ce point.

 

En maths, peu mieux faire

En matière pédagogique, rien ne remplace l’enseignant. Sur ce point le ratio élèves/enseignant, stagne à un niveau élevé, depuis 2010. « Les pays africains doivent recruter et former des millions d’enseignants pour atteindre des normes de qualité minimales » en matière d’enseignement », note le rapport. Trop de pays doivent faire face à un personnel enseignant dont les qualifications académiques et les niveaux de connaissance des matières sont bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour soutenir suffisamment les systèmes.

Ainsi, seuls 17 % des pays africains exigent-ils une licence comme condition minimale pour enseigner à l’école primaire, contre 62 % des pays du reste du monde. Pourtant, de nombreux pays, telle la Mauritanie, ont progressivement relevé les qualifications académiques minimales requises. « Les enseignants recrutés localement, qui sont souvent les seuls à accepter de travailler dans des écoles où il est difficile de trouver du personnel, n’ont souvent reçu aucune formation. »

Résultat : parmi les enseignants du primaire des quatorze pays francophones évalués pour leurs connaissances disciplinaires, seuls 35 % maîtrisaient les procédures de base en mathématiques. Les différences dans les connaissances disciplinaires des enseignants expliquent plus d’un tiers de la variation des résultats des élèves d’un pays à l’autre. Au Tchad, par exemple, un programme de formation a appris aux enseignants à dispenser des cours de rattrapage. Certains pays, comme le Burkina Faso, misent sur les activités informelles, elles-mêmes soutenues par les nouvelles technologies.

Au total, les pays africains dépensent 46 milliards de dollars par an pour l’enseignement primaire afin de fournir des services à 189 millions d’enfants fréquentant les écoles primaires publiques. Cela équivaut à une moyenne de 244 $ par élève, mais peut descendre jusqu’à 50 $ pour certains pays à faible revenu du continent.

Pourtant, les pays africains dépensent par élève du primaire 13 % du PIB par habitant, ce qui est à peine inférieur à la moyenne mondiale de 15 %. Les pays africains sont confrontés à un déficit de financement de 28 milliards $ s’ils veulent atteindre leur objectif collectif de taux d’achèvement du primaire de 85 % d’ici à 2030, calcule le rapport. Et pourtant, les dépenses publiques en matière d’éducation diminuent. « L’absence de définitions claires empêche de comprendre pleinement le montant de l’aide allouée au soutien de l’apprentissage fondamental. En outre, l’ « accent n’est pas suffisamment mis sur le fait que les coûts par bénéficiaire sont durables et peuvent être absorbés par les gouvernements », commentent l’Unesco et l’Union africaine.

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

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