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Société

L’Afrique dans leurs coeurs

Après des études d’architecte en France, tout en menant une carrière de basketteur international, Jacques Meyila n’a jamais coupé le cordon ombilical avec son pays d’origine, le Cameroun. Sa spécialisation dans l’ingénierie et la sécurisation des bâtiments lui a permis de faire venir de jeunes ingénieurs africains et de les former sur ses chantiers. En attendant d’enseigner dans la nouvelle école d’architecture qui vient d’ouvrir à Yaoundé et pour laquelle il a été sollicité. Son compatriote, Simon Tegda, venu en France pour étudier les mathématiques et la physique, a enseigné pendant 22 ans avant de créer, avec son épouse camerounaise, plusieurs entreprises très prospères. « Nous avons essayé de faire la même chose au Cameroun, mais, à chaque fois, ça n’a pas marché ! », regrette-t-il. La proximité entre la France et l’Afrique rend aisé, selon lui, la conservation des liens avec la famille restée au pays. Contrairement aux membres de la diaspora africaine qui vivent, par exemple, au Canada… Ce voisinage lui a d’ailleurs inspiré un essai sur les cinquantenaires africains expliquant la genèse de ce qu’il a vécu. Une réflexion sur la France Afrique, publié en 2014, qui vient compléter ses deux précédents romans qui évoquent l’identité et de la découverte de l’altérité. 

Cette leçon de vie « afro-française », Marie Roger Biloa, qui vient de rece-voir le grade de Chevalier des Arts et des Lettres, l’a parfaitement intégrée. Même si la fondatrice du groupe de presse Africa International et du Club Millénium reconnaît que l’idée d’appartenir à la diaspora la « plonge dans un questionne-ment identitaire car, aussi longtemps que je vivrai, je me considérerai toujours et avant tout comme une Africaine… du continent ». Pendant longtemps, elle a vécu et agi le dos tourné à son pays de résidence au profi t de son continent d’origine sur le mode « Je suis ici, mais ma vie est là-bas ! ». Le déclic s’est produit, toutefois, quand Bingu wa Mutharika, le président du Malawi mort à son poste le 5 avril 2012, s’adressant à des membres de la diaspora à Addis Abeba, leur a dit : « Be successful wherever you are » (Réussissez partout où vous êtes !). La journaliste camerounaise se souvient : « Cet état d’esprit a mis fin à la schizophrénie que j’éprouvais et créé les conditions d’une interaction positive entre les deux univers. »

Comme elle, nombre de membres de la diaspora se partagent entre plusieurs capitales africaines et européennes. James Kudawoo, ancien commercial pour du matériel informatique, et aujourd’hui président des Amis de la perche, une association octroyant du microcrédit à l’Afrique, fait partie de ces Togolais qui, après avoir sillonné le continent pour des raisons professionnelles, font de même dans le reste du monde. Les multirésidences, comme les multi-identités, sont de plus en plus fréquentes comme en témoigne Mariam Thiam, née au Mali mais ayant grandi entre le Sénégal et la Mauritanie. Elle est panafricaine de parents sénégalo-tchadiens et s’est mariée avec un Sénégalo-mauritanien, réfugié à Paris suite au conflit entre le Sénégal et la Mauritanie de la fin des années 1980. Comptable de formation, ayant travaillé pour une agence de voyages, elle a par la suite rejoint l’Association des ressortissants de la boucle du fleuve Niger en France (ARBNF) où elle occupe aujourd’hui les fonctions de médiatrice sociale pour des femmes de 110 nationalités différentes. Elle est, d’autre part, militante et présidente de l’association Front nouveau citoyen (FNC).

Jean-Michel Mampuya, un Congolais qui vit avec sa famille française à Bordeaux, rêve quant à lui, d’une diaspora qui trouverait, comme la génération précédente avec l’indépendance, un objectif commun. « La menace que fait peser Boko Haram ne devrait pas être laissée aux seuls Nigérians ou Camerounais ; comme le problème de l’Est de la RD Congo ne devrait pas concerner que les Congolais ou les seuls Rwandais ou encore la crise ivoirienne du début 2000 qui n’aurait pas dû concerner que les seuls Ivoiriens et Burkinabè. » Et d’ajouter : « Il n’y a pas que les guerres qui devraient nous donner un élan d’engagement collectif, mais aussi la soif de démocratie et de liberté. » Pour lui, le modèle pour que ce rêve d’unité se réalise est incarné par la revue Présence africaine et tout le mouvement intellectuel et militant de l’entre-deux-guerres. « C’est cela que la diaspora actuelle devrait construire. » 

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