x
Close
Société

La renaissance du marché de Soumbédioune

La renaissance du marché de Soumbédioune
  • Publiéoctobre 16, 2023

La rénovation d’un marché aux poissons historique, au cœur de Dakar, permet aux Sénégalaises qui y travaillent d’accéder à l’autonomie économique. Ce succès est le résultat d’une large consultation des populations, y compris les plus marginalisées.

 

Le marché aux poissons de Soumbédioune à Gueule Tapee – Fass – Colobane a constitué un pôle essentiel autour duquel l’économie de ce petit quartier côtier de Dakar a tourné pendant des générations. Des bateaux colorés bordent le rivage où les pêcheurs ramènent leurs prises, à côté du marché où le poisson est découpé et vendu ; il est le domaine des femmes de la communauté.

Les vendeuses de poisson font partie intégrante du paysage du marché traditionnel, mais les infrastructures vieillissantes, ainsi que le manque d’hygiène et d’installations, sont devenues des obstacles à la réussite de ces entrepreneuses.

Au-delà de l’aspect emblématique du marché aux poissons de Soumbedioune auquel le projet a redonné vie et de l’autonomisation des femmes, la particularité du projet IncluCity Sénégal réside dans sa perspective systémique.

La détérioration des conditions sanitaires, la chaleur extrême, l’absence de chambres froides ou d’ombre et le manque d’accès aux services de base limitent les possibilités de revenus et dissuadent les clients de venir au marché. Pour les femmes qui dépendent de la vente de poisson, ces facteurs ont eu un impact important sur les revenus. Outre les mauvaises conditions de travail et de vente qui ne favorisent pas les affaires, le commerce lui-même devient de plus en plus difficile. La surpêche commerciale et le changement climatique ont privé les eaux de l’Afrique de l’Ouest d’une ressource précieuse, en particulier pour ceux qui dépendent de l’industrie de la pêche pour survivre.

Avec le soutien de la commune, le programme IncluCity du FENU (Fonds d’équipement des Nations unies) a lancé un projet pilote en novembre 2022 pour rénover le marché. IncluCity s’efforce de réduire la pauvreté et les vulnérabilités des femmes et des populations marginalisées dans les villes, grâce à un financement urbain inclusif et au renforcement des capacités. Cette initiative permettra d’offrir un environnement de travail de meilleure qualité aux femmes, d’augmenter leurs revenus et d’attirer davantage de clients. La construction d’un nouveau toit et de nouvelles cabines, ainsi que d’installations sanitaires, de repos et de garde d’enfants est achevée et être prête à être utilisée.

La localité se compose de trois quartiers principaux, dont Gueule Tapée, où se trouve la baie de Soumbédioune. Ce dernier concentre une importante population vivant principalement des activités de pêche, dont l’impact se reflète dans les taux de vente, de transformation et de consommation des produits de la pêche. Des vendeurs, écailleurs, pêcheurs… aux vendeurs d’arachides, la baie de Soumbédioune regroupe une grande diversité d’acteurs et constitue une économie à rotation véritablement homogène. « Au-delà de la modernisation du marché, le projet IncluCity Sénégal répond à quatre enjeux majeurs : l’attractivité, la fonctionnalité, l’hygiène et la sécurité », explique Abdoulaye Sakho, chef de la cellule de Coopération décentralisée de la commune de Gueule Tapée – Fass Colobane.

 

Le respect des engagements

Ce projet pilote d’IncluCity est également le projet phare du programme Fass Emergent de la municipalité. Samba Balde, secrétaire général de la municipalité de Gueule Tapee – Fass Colobane, décrit son sentiment : « Ce marché aux poissons de Soumbedioune, récemment rénové, est un soulagement, non seulement pour la population sénégalaise locale, mais aussi pour toutes les institutions de la municipalité. » Cette activité de rénovation s’inscrit dans le cadre du projet Fass émergent, relatif aux meilleures pratiques en matière d’opérationnalisation du dividende démographique. À cet égard, elle a ouvert la voie au développement d’approches de partenariat public-privé dans lesquelles les partenaires techniques et financiers, dont le FENU, ont été mobilisés pour soutenir l’autonomisation économique des femmes à travers le projet IncluCity Sénégal.

Sénégal : FassE, investir dans le capital humain des quartiers populaires

L’un des aspects clés du projet pilote IncluCity est de garantir la consultation des parties prenantes locales, en particulier les femmes et les groupes marginalisés, et de renforcer les capacités de la municipalité pour une planification et une croissance plus inclusives. Les vendeuses du marché de Soumbédioune ont joué un rôle clé dans la conception et la mise en œuvre du projet, et ont été chargées de superviser le comité de gestion du marché sur le long terme.

Samba Balde poursuit : « La particularité d’IncluCity Sénégal réside dans sa contribution aux objectifs de développement humain durable et, plus important encore, dans son approche participative et inclusive impliquant la mairie, les partenaires techniques et les bénéficiaires. Nous saluons à cet égard le travail effectué par le FENU en termes d’accompagnement, d’assistance technique et financière et d’initiatives entreprises auprès des populations bénéficiaires, pour favoriser leur implication dans la mise en œuvre de ce projet. »

Maimouna Ndiaye (photo ci-contre), porte-parole des femmes du marché aux poissons de Soumbedioune, s’est exprimée au nom des bénéficiaires du projet : « Nous saluons particulièrement la concertation et l’implication des parties prenantes tout au long des travaux de rénovation du marché aux poissons de Soumbedioune. Nous avons beaucoup apprécié le respect des engagements des parties prenantes, en particulier du FENU et de l’entreprise de construction, et le respect des activités convenues. »

Plus de 200 personnes sont intéressées par un point de vente dans le marché aux poissons de Soumbedioune nouvellement rénové. Sur l’ensemble de celles qui ont confirmé, 75% sont des vendeuses, des écaillères et des transformatrices de poisson.

 

Renforcer les sources de revenu

« Pour ma part, j’ai été guidée par ma foi et ma ferme confiance en ce projet. Cela m’a permis d’y croire et d’encourager mes collègues vendeurs de poisson à lui faire confiance également. Comme nous avons dépassé l’avancement des travaux aujourd’hui, nous attendons non seulement la finition de la construction, mais aussi la satisfaction en termes de gestion du nouveau marché, d’accueil de la clientèle et d’hygiène », ajoute Maimouna Ndiaye.

L’événement inaugural de cet automne 2023 permettra de rassembler les donateurs, les partenaires et les parties prenantes. Ce projet de réhabilitation a un potentiel de réplication dans d’autres marchés le long de la côte sénégalaise, ainsi que de nouveaux partenariats à l’avenir ; il élargissant ainsi la portée et l’impact de ce projet pilote de financement innovant des espaces urbains.

Léa Desgranges, chargée de coordination du portefeuille pour l’équipe locale de financement transformatif du FENU en Afrique de l’Ouest, explique : « Ce projet s’inscrit parfaitement dans les objectifs du plan de développement communal du projet Fass Emergent initié par la commune. Outre la rénovation du marché aux poissons de Soumbedioune, Inclucity Sénégal vise principalement à améliorer la propreté, l’hygiène, la sécurité et surtout les conditions de travail des femmes vendeuses, écailleuses et transformatrices de produits halieutiques, tout en leur permettant de renforcer leurs sources de revenus. »

Au-delà de l’aspect emblématique du marché aux poissons de Soumbedioune auquel le projet a redonné vie et de l’autonomisation des femmes qui en sont les principaux agents économiques, la particularité du projet IncluCity Sénégal réside dans sa perspective systémique. En effet, la baie de Soumbedioune, incluant le marché aux poissons, le village artisanal et d’autres formes de commerce, offre des perspectives significatives. Ce, « notamment pour le développement de nouveaux mécanismes financiers innovants qui peuvent être étendus à d’autres communes à travers des approches innovantes de partenariats public-privé », conclut Léa Desgranges.

PF, d’après un compte rendu du FENU.

@NA

 

Écrit par
Paule Fax

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *