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Société

La folie des mines illégales

L’extraction minière illégale fait des ravages dans les campagnes au Ghana. Cameron Duodu, éditorialiste pour NewAfrican, est revenu dans la ferme de son enfance. Pour constater les dégâts causés par cette activité. Le gouvernement prend-il des mesures sérieuses pour lutter contre ce fléau ? 

Je n’arrivais pas à le croire quand ma soeur m’a annoncé que son fils, Kwaku, voulait utiliser notre ferme pour y chercher de l’or. Et pas n’importe quelle ferme…

Il voulait celle qui était la plus précieuse pour la famille. Située à un kilomètre de la ville, cette ferme nous permettait, alors que nous étions enfants, de cuisiner et manger avant d’aller à l’école. 

Elle possédait une terre très fertile. Un cours d’eau passait tout près – de l’eau très claire et propre qui venait des collines alentour. Ce n’est pas tout. La biodiversité était incroyable sur ce site : manioc aux tubercules délicieux qui attirait aussi de nombreux oiseaux, antilopes galopant autour de la ferme… Cette ferme était le rêve de tout agriculteur.

Elle nous fournissait des taros, des bananes plantains et des bananes au goût très sucré. C’était cela la ferme dont mon neveu voulait retourner la terre pour y chercher de l’or ? 

J’étais si stupéfait à l’idée de détruire ce don de la nature que j’ai répondu à ma soeur d’un ton inhabituellement agressif : « Dis-lui que s’il touche à cette ferme, je veillerai moi-même à ce qu’il aille en prison ! »

C’était la pire chose qu’on pouvait dire à une mère, la prison étant considérée au Ghana comme une calamité qui jette le déshonneur sur la famille et sur l’ensemble de la communauté. Je ne sus jamais si ma soeur avait transmis le message à son fils. Elle est malheureusement décédée peu de temps après notre conversation. 

Catastrophe ! 

Un jour, l’un de mes fils évoque l’idée qu’il aimerait cultiver le manioc pour le vendre sur les marchés locaux et l’exporter. « Oh, nous avons une ferme qui te conviendrait parfaitement. Elle est très proche de la ville ; tu pourrais facilement acheminer ta récolte sur les marchés de la ville ou vers une usine. Je vais me renseigner », lui assurai-je, réjoui. 

J’appelai donc la personne qui s’occupe des fermes de mon père. Mais il m’annonça que cette ferme avait été détruite. « Comment ça ? » hurlai-je au téléphone. « Détruite ? Comment une ferme peut-elle être détruite ? » Réponse : « Ils sont venus y chercher de l’or pour le vendre illégalement. » Peut-être avaient-ils creusé quelques trous ici et là. Mais de là à détruire la ferme ? 

Je me suis rendu à la ferme où j’ai retrouvé le gérant. Un seul regard sur cet endroit que j’aimais tant suffit pour que les larmes se mettent à couler le long de mon visage. Le gérant avait tout à fait raison. Elle était détruite !

Des bulldozers et des pelleteuses avaient été utilisés pour creuser des fosses profondes sur tout le terrain et je parle d’un terrain de 1 000 hectares. Les trous étaient très rapprochés les uns des autres et couvraient tout le terrain. Ils étaient remplis d’algues verdâtres dans une eau à l’odeur nauséabonde. Des tas de terre formaient des monticules de plus d’un mètre de haut autour de chaque trou.

Pour protéger les ressources d’eau pour les générations futures, le gouvernement ghanéen devra adopter des mesures plus strictes afin de dissuader les petits exploitants miniers d’exercer leur activité illégalement. Et endiguer la corruption des fonctionnaires qui laissent faire.

Il était quasiment impossible de passer d’un cratère à l’autre ! Nous étions consternés ! Le diable avait-il fait de cette ferme son terrain de jeu ? Ou le lieu avait-il reçu une pluie d’astéroïdes envoyée par des extraterrestres ? 

J’ai demandé au gérant quelle était la personne qui avait conduit les mineurs à la ferme. Il n’en savait rien. « Ils sont venus au milieu de la nuit et sont repartis avant l’aube », expliqua-t-il. « Les mineurs illégaux sont partout.» 

Efforts vains 

C’est vrai. Ils ont creusé partout dans le pays. En août 2018, le gouvernement ghanéen a lancé un programme surnommé « GalamStop », destiné à montrer aux « petits exploitants miniers » comment prospecter sans détruire la terre et les rivières et cours d’eau adjacents. Ils ont été invités, nourris et logés à l’université des mines de Tarkwa, aux frais de l’État. Ils ont même reçu une indemnité. 

Des concessions leur ont été attribuées et les mineurs sont partis prospecter loin des cours d’eau. Ils ont également accepté de coopérer avec les deux groupes de travail que le gouvernement avait constitué et qui étaient destinés à encadrer leurs activités et arrêter ceux qui ne respectaient pas les règles. Pourtant, il ne se passe pas un jour sans que l’un des groupes de travail n’arrête des Ghanéens et leurs collaborateurs chinois, parce qu’ils ne respectent pas les méthodes enseignées à l’université de Tarkwa. 

Les eaux de certains des plus grands fleuves du Ghana, Ankobra, Oti, Pra, Offin, Birem et Densu, sont si troubles que les stations d’épuration peuvent seulement purifier une infime partie, pour répondre aux besoins des centres urbains. 

Comment agir ? 

On connaît les dangers de cette extraction artisanale pour les populations urbaines ainsi que pour ceux qui vivent près de cours d’eau plus petits qui ont été pollués.

Ces derniers dépendent souvent aujourd’hui de l’eau en sachet vendue par les sociétés de traitement de l’eau. La population est également exposée au mercure et à l’arsenic, utilisés pour isoler les pépites de la poudre d’or dans les gisements alluviaux. En plus de contaminer les rivières et cours d’eau, ces substances toxiques empoisonnent les racines des plantes comestibles. 

Pour protéger les ressources d’eau pour les générations futures, le gouvernement ghanéen devra adopter des mesures bien plus strictes afin de dissuader les petits exploitants miniers d’exercer leur activité illégalement. 

Pour commencer, il devrait adopter une législation obligeant les tribunaux à imposer des peines de prison sévères – de dix ans au moins – aux mineurs ne respectant pas la loi. Actuellement, les peines sont ridicules. D’autre part, les étrangers comme les Chinois qui apportent un soutien technique aux mineurs illégaux en leur fournissant des machines – les changfangs – devraient purger leur peine de prison au Ghana avant d’être déportés. 

Les fonctionnaires ghanéens acceptant des pots-de-vin versés par les mineurs pour échapper à une arrestation ou pour récupérer les pelleteuses et bulldozers qui ont été saisis, devraient également être lourdement condamnés. Car la stabilité du Ghana sera menacée si les policiers, soldats et agents d’immigration ne craignent pas d’être sanctionnés pour corruption. 

En d’autres termes, le gouvernement doit montrer clairement que l’exploitation de mines illégales doit réellement cesser. Car cette exploitation revient à infliger un génocide des générations futures. Ce sont nos enfants qui subiront les effets du dérèglement climatique ; ils n’ont pas besoin en plus des problèmes posés par ce désastre provoqué par l’homme.

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