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Société

La diffusion du savoir, une arme anti-sida

La diffusion du savoir, une arme anti-sida
  • Publiéfévrier 8, 2024

Au Cameroun, comme dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, note l’Unesco, l’information est encore imparfaite concernant la transmission et les conséquences du VIH. Pourtant, les témoignages de jeunes ne manquent pas.

 

Fin 2023, le Cameroun s’est doté d’un nouveau plan de lutte contre le sida, pour la période 2024-2030, d’un coût évalué à 692 milliards de F.CFA. Le plan stratégique national a pour but de réduire la mortalité liée à cette maladie et à limiter son impact sur le développement du pays. Il cible 17 priorités dont la réduction de la transmission de la maladie de la mère à l’enfant.

D’après les autorités camerounaises, seuls 42,8 % des moins de quinze ans connaissent leur statut sérologique, contre 92,5% dans la tranche adulte. Au cours de l’année 2023, plus de 100 milliards de F.CFA (152 millions d’euros) ont été alloués à la lutte contre le VIH/sida par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme au Cameroun.

« L’un de mes objectifs est de gagner ma vie et d’avoir une situation stable afin de pouvoir prendre des décisions réfléchies, respectueuses et bienveillantes envers moi-même. Il est grand temps de s’exprimer. Il est grand temps de se sentir libre !  »

Selon Onusida, le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida, fin 2021, cinq millions de personnes vivaient avec le virus en Afrique de l’Ouest et du Centre. Malgré les progrès, 14 800 nouvelles infections ont été enregistrées en 2022, les filles et les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans étant trois fois plus exposées que les garçons et les jeunes hommes.

Le Cameroun était l’un des pays africains parmi les plus touchés par le virus du sida, au tournant des années 2000 ; la situation se stabilise depuis quelques années, et les nouvelles thérapies permettent aux malades de vivre plus longtemps ; non sans développer, tardivement, d’autres pathologies. Incontestablement, la prévention, l’information, sont des atouts précieux contre ce fléau. Et l’information est encore défaillante, y compris auprès des jeunes générations.

Cinthia témoigne pour l'Unesco.
Cinthia témoigne pour l’Unesco.

 

Pourtant, l’« éducation sur le VIH peut sauver des vies », rappelle une note récente de l’Unesco, qui prend en exemple le parcours d’une jeune femme, passée de de la stigmatisation à la promotion de la santé et du savoir au Cameroun.

 

Un coup de massue

Avoir des connaissances sur le VIH et le sida peut contribuer à faire pencher la balance et à sauver des vies. Pourtant, chez les adolescents d’Afrique de l’Ouest et du Centre, seuls 24 % des garçons et 22 % des filles âgées de 15 à 19 ans ont des connaissances suffisantes sur le VIH, juge Onusida. Le niveau de transmission, associé au manque de connaissances, se répercute directement sur la santé et les résultats scolaires des jeunes de la région.

« Je ne savais pas pourquoi, mais depuis que j’étais petite, j’avais des éruptions cutanées sur le corps, qui apparaissaient et disparaissaient », témoigne donc Cinthia auprès de l’Unesco. La jeune femme a perdu sa mère jeune. La situation a basculé en 2014 : elle a commencé à perdre du poids et ses yeux sont devenus blancs. « Je me plaignais à ma famille, mais ce n’est qu’un soir où je n’arrivais plus à respirer, où j’avais l’impression que ma poitrine allait exploser, qu’on m’a emmenée d’urgence à l’hôpital. »

Une campagne de sensibilisation dans une rue du Cameroun.
Une campagne de sensibilisation dans une rue du Cameroun.

 

C’est là qu’elle a appris qu’elle était séropositive. « Cela a été un véritable coup de massue, se rappelle Cinthia ; le VIH, je savais ce que c’était, mais je pensais que le seul mode de transmission était les rapports sexuels. Or, je n’étais pas sexuellement active. »

Dans sa communauté, le VIH est synonyme de mort. Il n’y avait aucun espoir. À cette époque, la jeune femme a également été victime de harcèlement scolaire, puisque ses camarades ont commencé à l’insulter.

Cinthia a décidé de s’informer et d’acquérir des connaissances sur le VIH, en cherchant à savoir comment elle pouvait se protéger, protéger son entourage ainsi que donner naissance et devenir mère. « En sachant ce qui provoquait mes éruptions cutanées et d’autres effets indésirables, j’ai pu me protéger et faire des choix éclairés. »

Sa situation a renforcé son engagement en faveur de la sensibilisation et de l’éducation des autres membres de sa communauté. Cinthia a créé des vidéos et du contenu informatif afin de montrer qu’il est possible de vivre avec le VIH et de renseigner les autres membres de sa communauté, ainsi que les internautes, sans stigmatisation ni honte.

 

L’éducation sauve des vies

De son côté, l’Unesco se focalise sur la promotion de la santé et de l’éducation, en mobilisant les jeunes, la société civile et les pays de la région. Son action a, par exemple, débouché sur l’adoption d’un « Engagement » pour les jeunes et les adolescents. Ce document aborde des sujets tels que le sida, les droits et les services en matière de santé, les grossesses précoces et non désirées et la violence de genre.

Pour répondre au besoin de connaissances et de sensibilisation, l’organisation onusienne poursuit sa campagne régionale intitulée « L’éducation sauve des vies », collaborant avec de nombreux jeunes militants, dont Cinthia. Chacun raconte son histoire et sensibilise à l’importance de la santé et de l’éducation.

 « C’était libérateur », assure Cinthia. « J’ai été crue. J’ai commencé à me dire que les gens étaient peut-être intéressés et que l’éducation sur le VIH était cruciale. J’ai senti qu’il était possible de faire évoluer mon propre pays. » Interrogée sur l’avenir, elle espère que trois domaines d’action permettront de réaliser les changements nécessaires.

Premièrement, former les enseignantsen leur donnant les connaissances et les outils nécessaires pour enseigner le VIH de manière factuelle, en tant que matière à part entière. Selon la jeune femme, les enseignants ont également besoin de conseils sur la façon d’aborder ce sujet. Deuxièmement, il s’agit d’aider les jeunesséropositifs. L’adolescence et le VIH sont déjà difficiles à vivre. Il faut que les jeunes disposent d’espaces sûrs et favorables pour résoudre leurs difficultés, y compris en matière de santé mentale. Enfin, troisièmement, il faut défendre le droit à l’éducationsans peur ni stigmatisation.

De son côté, relate l’Unesco, Cinthia a désormais achevé ses études supérieures et continue à militer. L’« un de mes objectifs est de gagner ma vie et d’avoir une situation stable afin de pouvoir prendre des décisions réfléchies, respectueuses et bienveillantes envers moi-même », confie la jeune Camerounaise. « Il est grand temps de s’exprimer. Il est grand temps de se sentir libre ! »

 

Le témoignage de Cinthia en vidéo : 

 

Vous trouverez au lien suivant d’autres témoignages réunis par l’Unesco.

@NA

Écrit par
Aude Darc

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