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Société

La diaspora apporte des idées nouvelles

Jacques Barou a consacré une grande partie de ses travaux à l’immigration africaine en Europe. Selon l’ethnologue, les liens de la diaspora avec le continent africain varient selon les conditions de départ et d’intégration dans les pays d’accueil. 

Jacques Barou Chercheur au CNRS

Comment les Africains sont-ils passés en Europe du statut d’immigrés à celui de diaspora ?

Tous ne sont pas encore au stade de la diaspora. On peut considérer que, de manière générale, les migrants prennent conscience de constituer une diaspora quand ils se savent assez nombreux à ne plus envisager un retour à court terme au pays d’origine, essentiellement parce que leur famille est auprès d’eux dans le pays où ils ont immigré et parce que c’est dans ce pays qu’ils envisagent leur avenir. Certains migrants d’arrivée plus ou moins récente se rattachent encore étroitement à leur identité d’origine et envisagent une réinstallation au pays, même s’ils ne la réalisent pas dans les faits. D’autres, à l’inverse, considèrent que leur avenir et celui de leurs enfants ne se dérouleront pas en Afrique, mais gardent tout de même un lien avec ce continent et s’efforcent de le transmettre à leurs descendants. C’est dans ce cas-là que l’on peut parler de diaspora, parce qu’elle révèle une conscience d’appartenir à une population d’origine africaine installée solidement en Europe et non plus à des fl ux migratoires pris dans un mouvement d’allers-retours.

En quoi la diaspora africaine est-elle différente des autres ?

Elle se réfère à un continent d’origine plus qu’à un pays en particulier. Elle est constituée de gens qui sont partis pour des raisons différentes : études, travail, exil politique, problèmes de santé etc., alors que les Maghrébins ou les Chinois sont venus très majoritairement pour des raisons économiques, ou les Arméniens et les Tchétchènes pour des raisons politiques. Les gens peuvent aussi se référer à des diasporas plus anciennes comme la diaspora afro-américaine qui s’est constituée dans des conditions historiques très différentes, mais qui constitue un précédent avec des gens d’origine africaine vivant dans des pays hors d’Afrique, mais gardant tout de même un lien avec l’Afrique à travers la culture, la musique ou la religion comme à Cuba, en Haïti ou au Brésil.

Les migrants prennent conscience de constituer une diaspora quand ils se savent assez nombreux à ne plus envisager un retour à court terme au pays d’origine.

Les diasporas africaines, selon leur origine et leur pays d’accueil, sont-elles différentes les unes des autres ?

Bien sûr, dans la mesure où les cultures d’origine sont diverses et les conditions d’intégration aux sociétés européennes sont également diverses. Les populations originaires de la vallée du Sénégal vivant principalement en France sont restées très attachées à leurs pays : Mali et Sénégal essentiellement, vers lesquels elles continuent d’envoyer de l’argent et où elles investissent. Les générations nées en France poursuivent, à un degré moindre, cette relation. Des gens nés en France vont encore chercher un conjoint au pays ! Dans d’autres cas, la rupture avec le pays d’origine est plus nette, surtout quand elle s’est réalisée pour des raisons politiques. Le contact se perd au niveau des jeunes générations chez lesquelles on ne connaît parfois même plus le lieu précis d’origine des parents et dont on ne parle plus la langue et dont on ignore les coutumes.

Qu’en est-il de l’influence des pays d’accueil sur ce lien avec la terre natale ?

Les sociétés d’accueil jouent aussi un rôle dans cette diversifi cation des devenirs. Au Royaume-Uni, on voit se construire une identité se référant fortement à la couleur au niveau des jeunes générations, les parents s’identifi ant encore à leur pays d’origine voire à leur ethnie. En France où la pression à l’assimilation est plus forte, l’identité se construit sur une double appartenance pour ceux qui sont nés dans ce pays. On est citoyen français d’origine africaine : « sénéfrançais » par exemple pour revendiquer à la fois son origine sénégalaise et sa citoyenneté française.

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