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Société

La cuisson propre, une question de dignité

La cuisson propre, une question de dignité
  • Publiémai 17, 2024

L’accès à une cuisson propre est davantage qu’une question de cuisine, c’est une question de dignité, considère Akinwumi Adesina (BAD). Les moyens existent pour combattre un manque qui touche 1,2 milliard d’Africains.

 

La BAD (Banque africaine de développement) s’est engagée à consacrer deux milliards de dollars sur dix ans à des solutions de cuisson propre en Afrique. À son sens, il s’agit d’une étape majeure sur la voie qui permettra de sauver chaque année la vie de 600 000 personnes, principalement des femmes et des enfants.

Cet objectif a été réitéré récemment par Akinwumi Adesina lors d’un sommet sur la cuisson propre en Afrique qui s’est tenu à Paris, Il a indiqué que l’institution qu’il préside consacrerait désormais 20 % de l’ensemble de ses financements de projets énergétiques à la promotion d’alternatives sûres à la cuisson au charbon, au bois et à la biomasse.

Outre son bilan dramatique en matière de vies humaines, l’absence de dispositifs de cuisson propre est l’une des principales causes de la déforestation en Afrique.

Le sommet a débouché sur des promesses de dons de 2,2 milliards de dollars de la part des secteurs public et privé.

« Dans le cadre du Pacte de Paris pour les peuples et la planète, et avec l’engagement de la Tanzanie, de la Norvège, de l’Agence internationale de l’énergie, de la Banque africaine de développement et de nombreux autres partenaires, nous faisons aujourd’hui un pas en avant contre ce fléau silencieux. Nous mobilisons 2,2 milliards de dollars pour fournir des alternatives propres aux populations d’Afrique », s’est félicité le président français Emmanuel Macron. « La France s’engage à investir 100 millions d’euros sur cinq ans dans des solutions de cuisson propre et mobilisera encore davantage grâce au Pacte de Paris pour les peuples et la planète et à la Finance en commun. »

Akinwumi Adesina a rappelé l’enjeu : en Afrique, 1,2 milliard de personnes n’ont pas accès à des dispositifs de cuisson propre en Afrique.

Il est donc temps, a-t-il martelé, de mettre un terme au spectacle des femmes et des jeunes filles africaines, le dos courbé par de lourdes charges, marchant des kilomètres chaque jour, souvent dans des conditions peu sûres, simplement pour pouvoir préparer les repas quotidiens de la famille. Pourtant, les outils permettant un accès à une cuisson propre sont facilement disponibles et abordables, mais ils n’ont pas été suffisamment priorisés.

 

Fumées et vapeurs toxiques

« En conséquence, sur dix ans, six millions de personnes, principalement des femmes, mourront prématurément. C’est inacceptable », s’est insurgé Akinwumi Adesina, au cours d’un sommet auquel participaient une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement africains, des représentants de toutes les grandes organisations internationales et des entreprises mondiales.

« L’accès à une cuisson propre, c’est plus qu’une question de cuisine, c’est une question de dignité… C’est bien plus que l’allumage des cuisinières, c’est une question existentielle. C’est une question d’équité, de justice et d’égalité pour les femmes. »

 

Le manque d’accès à une cuisson propre touche plus de deux milliards de personnes dans le monde, dont plus de la moitié en Afrique, qui cuisinent généralement sur des feux à ciel ouvert et des fourneaux rudimentaires. Utilisant du charbon de bois, du bois, des déchets agricoles et des excréments d’animaux comme combustibles, ces personnes inhalent des fumées et des vapeurs toxiques nocives qui ont des conséquences désastreuses sur leur santé.

Il s’agit de la deuxième cause de décès prématuré en Afrique. Les opportunités d’éducation, d’emploi et d’indépendance sont également gravement affectées parce que les femmes passent des heures chaque jour à chercher des combustibles rudimentaires.

« Nous pouvons remédier au problème de l’accès à une cuisson propre en Afrique  », a ajouté le Dr Adesina. « Il n’y a rien d’amélioré dans la souffrance continue. Aucune femme en Afrique ne devrait encore avoir à cuisiner avec du bois de chauffage, du charbon de bois ou de la biomasse. Il est temps de rendre leur dignité aux femmes qui cuisinent en Afrique. » Il faudrait quatre milliards de dollars par an pour permettre aux familles africaines d’avoir accès à une cuisson propre d’ici à 2030.

L’Asie, la Chine et l’Inde en tête, et l’Amérique latine ont, dans la plupart des pays, réussi à résoudre ce problème au cours des vingt dernières années. Cependant, aujourd’hui, au Bénin, en Éthiopie, au Liberia, en RD Congo, en Tanzanie… plus de 80 % de la population dépend encore de la biomasse pour cuisiner ses repas. Au Nigeria, au Kenya ou au Ghana, ce chiffre s’élève à 70 %.

 

L’engagement de la Tanzanie

Outre son bilan dramatique en matière de vies humaines, l’absence de dispositifs de cuisson propre est l’une des principales causes de la déforestation en Afrique. Les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie montrent qu’à l’échelle mondiale, 200 millions d’hectares de forêt, dont 110 millions en Afrique, sont menacés par les effets climatiques de la cuisson au charbon de bois, à la biomasse et au bois.

Au cours du sommet parisien, la présidente de la Tanzanie, Samia Suluhu Hassan, a confirmé que faire progresser l’agenda de la cuisson propre en Afrique contribuerait à la protection de l’environnement, du climat et de la santé, ainsi qu’à l’égalité entre les genres.

À l’occasion de la COP28, la présidente Suluhu avait lancé un programme national visant à résoudre ce problème en Tanzanie, ainsi que dans d’autres régions d’Afrique, grâce au Programme de soutien aux femmes africaines pour une cuisson propre.

En juillet 2023, la BAD avait publié avec l’Agence internationale de l’énergie un rapport détaillé sur les solutions de cuisson propre.

(De gauche à droite) : Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie ; Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone ; Samia Suluhu Hassan, présidente de la République-Unie de Tanzanie ; Faure Gnassingbé, président du Togo ; Jonas Gahr Støre, Premier ministre de Norvège ; Maroš Šefčovič, vice-président exécutif chargé du Pacte vert pour l’Europe, des relations interinstitutionnelles et de la prospective ; Akinwumi  Adesina, président du Groupe de la BAD.
(De gauche à droite) : Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie ; Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone ; Samia Suluhu Hassan, présidente de la République-Unie de Tanzanie ; Faure Gnassingbé, président du Togo ; Jonas Gahr Støre, Premier ministre de Norvège ; Maroš Šefčovič, vice-président exécutif chargé du Pacte vert pour l’Europe, des relations interinstitutionnelles et de la prospective ; Akinwumi Adesina, président du Groupe de la BAD.

@AB

Écrit par
Paule Fax

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