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Société

Dividende démographique : Une tâche concrète

Les pays africains peuvent accélérer leur développement en tirant parti tout à la fois de la croissance économique et d’une politique démographique. Le ralentissement de la natalité et le capital humain sont des facteurs accélérant du PIB/habitant, confirme l’UNFPA.

Par Laurent Soucaille

Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) publie une étude de cas sur la politique de développement menée dans la commune de Gueule Tapée-Fass-Colobane, dans l’agglomération de Dakar. Au-delà de ce cas concret, la lecture de ce rapport est l’occasion de revenir sur le credo de l’organisation, dirigée en Afrique de l’Ouest et du Centre par Mabingué Ngom.

Sa politique recherche l’accélération dans la capture du dividende démographique : c’est-à-dire permettre le développement à la faveur de la baisse de la fécondité, de l’essor du capital humain, ainsi que de la promotion de l’emploi, de l’autonomisation des femmes et de la bonne gouvernance.

Le projet Fass E repose sur cinq piliers : amélioration du système de santé et de planification familiale, amélioration du système éducatif et de la compétitivité de la main-d’œuvre, amélioration des infrastructures économiques, ainsi que de la qualité et du cadre de vie, de la citoyenneté.

L’approche, appliquée ici dans une agglomération, est pourtant « holistique », aucune action ne peut être entreprise sans tenir compte des décisions prises ailleurs, et chacun est associé. En effet, le cadre stratégique suppose la mobilisation et la coordination des efforts de tous : autorités municipales, territoriales et nationales, secteur privé, société civile, communautés de base, partenaires techniques et financiers, etc.

D’emblée, l’UNFPA a apporté au projet Fass Émergent (Fass E) une approche et des outils pour servir de support à une stratégie d’émergence qui tire parti des changements de la structure des âges de la population et de la baisse de la fécondité.

Les travaux menés ou repris par l’organisation montrent que pendant la phase de transition démographique, lorsque les personnes âgées de 15 à 64 ans deviennent plus nombreuses que les moins de 15 ans et les plus de 65 ans, le PIB par tête augmente mécaniquement.

La population des « non actifs » diminue, tandis que davantage de richesses sont créées par les actifs. Bien sûr, cela ne se matérialise que si un nombre suffisant d’emplois décents sont créés. Dès lors, un cercle vertueux de croissance endogène peut s’enclencher.

Une opportunité unique, en Afrique subsaharienne

Aussi, la capture du dividende démographique suppose-t-elle « un paquet d’initiatives, de politiques et d’actions déployées, tout au long du cycle de vie ». L’UNFPA décrit les efforts en direction de la petite enfance, c’est-à-dire d’une école universelle « inclusive », une formation professionnelle et technique, un enseignement supérieur de qualité, etc.

La capture passe, nous l’avons vu, par la création d’emplois décents, qui assurent des revenus stables et des logements de qualité, garantie que la génération suivante aura, à son tour, accès à une éducation de qualité. Elle passe aussi par des soins de santé adaptés et des pensions de retraite suffisantes pour les aînés.

À la lumière de son expérience mondiale, l’UNFPA considère que l’accélération de la transition démographique peut se traduire, en l’espace de trente ans, par une multiplication par 3 à 8 du revenu par tête, selon différents scénarios réalistes. Soit une hausse de 4% à 7% l’an, laquelle induit une croissance du PIB de 7% à 10% par an, une performance rarement obtenue, reconnaissent les auteurs du rapport.

Avec la baisse de la fécondité dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la région dispose d’un dividende démographique potentiel important, que les pays peuvent valoriser en donnant la priorité aux politiques adaptées, par exemple en matière de planification familiale. La réalisation de ce premier dividende constitue donc une opportunité unique pour la plupart des pays d’Afrique subsaharienne d’améliorer le niveau de vie de leurs populations et d’atteindre l’émergence.

Un immense levier, à condition d’investir

Au Sénégal, les moins de vingt ans représentent aujourd’hui plus de la moitié de la population. La fécondité a diminué en cinquante ans, mais reste forte (4,4 enfants par femme en 2018), tandis que la mortalité infantile a rapidement diminué.

La faible diminution de la fécondité, deux à trois fois plus lente qu’elle ne l’est dans la plupart des pays émergents, risque fort de compromettre les chances du Sénégal et de nombre de pays d’Afrique subsaharienne de bénéficier pleinement du premier dividende démographique et d’atteindre l’émergence.

D’où le choix du Sénégal d’accélérer sa transition démographique, par des projets comme Fass E. Qui repose sur cinq piliers : amélioration du système de santé et de planification familiale, amélioration du système éducatif et de la compétitivité de la main-d’œuvre, amélioration des infrastructures économiques, ainsi que de la qualité et du cadre de vie, de la citoyenneté. Bref, un projet global qui passe autant par l’enseignement des nouvelles technologies que par des campagnes pour faire reculer l’âge du premier mariage.

Dans le cas du Sénégal, jugeant peu réaliste que la situation reste en l’état compte tenu du volontarisme des autorités, l’UNFPA étudie plusieurs scénarios, selon que priorité est donnée à la croissance économique ou à la planification familiale.

Un scénario « combiné » peut conduire à une fécondité de 2,4 enfants par femme à horizon 2053, une prévalence de la contraception de 60% et une espérance de vie à la naissance de 77,6 ans. La population serait de 32,4 millions, c’est-à-dire 2,4 fois plus importante qu’en 2013.

Soit un rythme de croissance de la population de 2,2%, bien inférieure à la croissance économique, laissant entrevoir une multiplication par 12 du PIB par tête en cinquante ans. Quel que soit le scénario envisagé, des réformes et des investissements sont nécessaires et ont besoin d’être menés de façon intégrée, conclut l’UNFPA.

LS

ENCADRE

Capture du dividende démographique au service de l’émergence, sous la direction de Mabingué Ngom

Préface de Macky Sall (Éditions : L’Harmattan Sénégal) 22 euros

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