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Opinion Société

Investir dans les femmes pour mettre fin à la violence sexiste

Investir dans les femmes pour mettre fin à la violence sexiste
  • Publiénovembre 24, 2023

La lutte contre la violence sexiste en Afrique n’est pas qu’une bonne chose à entreprendre, c’est une nécessité économique. Plus nous investissons dans les femmes africaines, plus le continent en bénéficiera.

 

Les femmes sont l’espoir et l’avenir de l’Afrique. Elles ont le potentiel de débloquer le développement économique du continent et sa capacité à véritablement prospérer.

J’en veux pour preuve toutes les femmes brillantes que je rencontre dans le cadre de mon travail au sein du Groupe de la Banque africaine de développement ; elles sont originaires de toutes les régions du continent et de tous les milieux, et font preuve d’esprit d’entreprise, d’ingéniosité et de créativité.

Que cette année soit celle de la mise en commun de notre énergie et de nos ressources collectives et de leur investissement dans les femmes africaines. Ce faisant, c’est tout le continent qui en bénéficiera.

Cependant, trop souvent, les femmes luttent pour acquérir leur indépendance financière. Elles sont encore mal soutenues par les banques, sous-estimées par les investisseurs et freinées par des pratiques néfastes, y compris la violence fondée sur le genre, qui sont encore enracinées dans un grand nombre de nos sociétés.

Cette violence peut prendre la forme de violences physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques, de mariages forcés ou d’un accès inégal à la nourriture et aux services sociaux.

La campagne de sensibilisation annuelle « 16 jours d’activisme contre la violence sexiste », qui se déroule du 25 novembre au 10 décembre, rappelle que la violence sexiste n’est pas seulement cruelle et traumatisante pour les femmes et les jeunes filles, mais qu’elle porte également préjudice à nos sociétés et à nos économies. Le thème de cette année, « Investir pour prévenir la violence à l’égard des femmes et des filles », met en lumière le coût économique de la violence fondée sur le genre et les avantages considérables qu’il y a à investir pour y remédier.

Le Fonds monétaire international estime que pour chaque augmentation de 1 % du nombre de femmes victimes de violence fondée sur le genre, les activités économiques nationales sont réduites de 8 %. Cet impact négatif est particulièrement marqué dans les pays dépourvus de lois de protection contre la violence domestique et dans ceux où les femmes sont privées de pouvoir de décision.

 

Investir dans le pouvoir économique des femmes

Pour justifier l’investissement dans la prévention de la violence à l’égard des femmes et des filles, nous devons mesurer et reconnaître l’impact économique de cette violence.

En Afrique, les arguments en faveur de l’investissement sont clairs. Le continent affiche l’un des taux de violence sexiste les plus élevés au monde, 31 % des femmes déclarant avoir subi des violences de la part de leur partenaire intime à un moment ou à un autre de leur vie.

Pour atteindre les objectifs de développement économique de l’Afrique, nous devons nous attaquer une fois pour toutes au fléau de la violence à l’égard des femmes. L’une des mesures essentielles que nous pouvons prendre est d’investir dans le pouvoir économique des femmes.

En effet, le manque d’autonomie financière ou de moyens alternatifs de soutien économique est l’un des principaux facteurs qui empêchent les femmes de fuir la violence de leur partenaire intime. En aidant les femmes à accéder au financement et à devenir plus indépendantes sur le plan économique, nous pouvons leur offrir une échappatoire inestimable.

Une lutte mal financée contre les violences faites aux femmes

Les femmes africaines sont incroyablement débrouillardes et entreprenantes. Selon le Global Entrepreneurship Monitor, 26 % des femmes d’Afrique subsaharienne sont en train de créer ou de gérer une entreprise, ce qui représente le pourcentage le plus élevé de femmes entrepreneurs dans le monde. Mais les responsables financiers des secteurs public et privé doivent faire davantage pour favoriser un environnement où les entreprises dirigées par des femmes peuvent prospérer.

Grâce au programme AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa) de la BAD, nous travaillons avec les décideurs politiques et les banques du continent pour aider les femmes à atteindre l’indépendance financière en leur donnant accès à des prêts et en les aidant à développer leurs entreprises. Mais le fossé financier entre les hommes et les femmes en Afrique continue de s’élever à 42 milliards de dollars, en partie parce que les institutions financières ont tendance à percevoir les femmes comme des emprunteuses à haut risque, alors qu’elles sont en fait plus fiables que leurs homologues masculins pour ce qui est du remboursement des prêts.

 

Le rôle des infrastructures

Au-delà de l’accès aux prêts et autres produits financiers, les institutions financières des secteurs public et privé peuvent également contribuer à faire évoluer les attitudes culturelles à l’égard de la violence fondée sur le genre. Elles peuvent soutenir des programmes communautaires qui sensibilisent aux lois nationales visant à protéger les femmes et à prévenir la violence, mettre en œuvre des politiques et des codes de conduite sur le lieu de travail et user de leur influence et de leur pouvoir de rassemblement pour plaider en faveur du changement.

Les institutions financières qui investissent dans les infrastructures peuvent également prendre des mesures pour s’assurer que ces projets contribuent à améliorer la sécurité des femmes. Par exemple, la BAD a financé de nombreux projets relatifs à l’eau et à l’énergie qui rapprochent ces services des communautés, réduisant ainsi le risque que les femmes et les filles soient victimes de violences sexuelles et physiques lorsqu’elles vont chercher de l’eau ou du bois de chauffage.

Les investissements de la BAD dans des projets routiers permettent généralement d’éclairer les trottoirs et les ponts routiers pour les rendre plus visibles, ce qui contribue à réduire le risque d’agression des femmes. De telles mesures sont souvent sous-estimées, mais elles ont un impact positif sur la sécurité des femmes dans les communautés.

Nous pouvons faire beaucoup pour lutter contre la violence fondée sur le genre, et la communauté financière joue un rôle essentiel, et souvent négligé. Que cette année soit celle de la mise en commun de notre énergie et de nos ressources collectives et de leur investissement dans les femmes africaines. Ce faisant, c’est tout le continent qui en bénéficiera.

 

Beth Dunford est vice-présidente chargée de l’agriculture et du développement humain et social au sein du Groupe de la Banque africaine de développement.

@NA

 

Écrit par
Beth Dunford

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