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Société

Intégrer le sort des enfants soldats dans les politiques de développement

Intégrer le sort des enfants soldats dans les politiques de développement
  • Publiéfévrier 19, 2024

Derrière chaque action humanitaire se cachent un ou plusieurs conflits armés impliquant des enfants, comme au Soudan, en RD Congo. Les ONG interpellent les Occidentaux quant à leur apparente passivité.

 

À l’occasion de la Journée internationale des enfants soldats célébrée le 12 février, Unicef France a organisé une table ronde à l’Assemblée nationale, à Paris, pour évoquer cette douloureuse problématique. Une occasion pour l’instance onusienne de rappeler que les jeunes filles constituent une part significative des enfants recrutées par les forces et les groupes armés.

En RD Congo par exemple, 30 % à 40 % des enfants soldats enrôlées par les forces armées sont des filles. Dans les conflits armés, ces filles sont victimes d’exploitations sexuelles, de violences et des souffrances. Dans les situations de conflits armés, les jeunes filles recrutées par les branches armées sont directement impliquées dans les combats dans 37% des cas (manipulations des armes de combats, commandements, servitude, exploitations, maltraitance, etc.).

Il faut mieux impliquer les États dans la protection, et inclure la réintégration et la réinsertion des enfants soldats dans les politiques de développement.

Cette situation interpelle la communauté internationale et notamment les autorités nationales sur les principales violations des droits des enfants et les menaces qu’ils encourent.

 « Ces jeunes filles sont en grande majorité victimes d’enlèvements, d’abus sexuels, de grossesses multiples, d’avortements risques et souffrent, ainsi que leurs enfants, de stigmatisation, de rejet, au niveau familial, communautaire et social. Ce qui représente une grande source d’inquiétudes, de détresse, de dépression et de souffrances physiques, psychologiques, psychiques et morales », décrit Ramatou Toure, spécialiste de la protection de l’enfance au sein de l’Unicef RD Congo.

Pour certains de ces enfants leur insertion sociale devient impossible. Leur réintégration et leur réadaptation sont jalonnées d’obstacles, avec une prévalence marquée de l’anxiété et de la dépression observée chez les jeunes filles soldats.

Lucile Grosjean, directrice de plaidoyer chez Unicef France, y voit là « une des violations les plus graves des droits de l’enfant d’enrôler des enfants dans des groupes armés ; nous devons agir pour éradiquer ces phénomènes qui dénaturent les enfants et portent atteinte à leurs droits, à leur liberté et à leur développement ».

 

La France doit jouer pleinement son rôle

Si la RD Congo est le pays qui compte le plus d’enfants soldats, «  26 pays dans le monde où il demeure un travail à faire pour identifier et faire sortir ces enfants dans les dans les conflits (Soudan, Birmanie, Ukraine, Colombie etc.)»

Les ONG montent aux créneaux et dénoncent le rôle et le silence de la France dans certains conflits où la situation des filles, des enfants enrôlés est très critique. Pour certaines associations, « éviter les conflits coûte moins cher et très moins cher que les financements qu’on mobilise pour répondre aux situations humanitaires ».

Elles interpellent la France à « jouer pleinement son rôle dans les situations de conflits » et de « répondre à l’urgence face aux déplacés de guerre qui augmentent tous les jours ».

Un représentant d’une ONG résume : « Aujourd’hui, les situations empirent dans les zones de conflits et les pays voisins accueillent des milliers de personnes déplacées. Par exemple le Tchad, avec la crise au Soudan, accueille plus de 60 000 réfugiés. Le pays est très touché par les déplacés de guerre. Nous demandons de mettre la diplomatie au service de la paix. La France, avec le système de renseignement dont elle dispose, et sa forte capacité de négocier, sa diplomatie, elle agit moins pour prévenir les conflits et s’occuper des déplacés. Ce qui affecte plus les enfants et les femmes. Prenons l’exemple du Soudan et de Gaza. La France a une position notable, dans les conflits et dans la gestion des conflits au niveau internationale. Elle a sa part de responsabilité. Elle peut mobiliser les autres puissances et organismes internationaux pour prévenir et gérer les crises. On ne peut pas avancer si on enregistre chaque jour un nouveau conflit. »

En réponse à cette interpellation, le responsable du pôle stabilisation du centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Luc Pierron, décrit la situation des conflits « intenable et insoutenable ». Et précise : « Derrière chaque action humanitaire que nous menons, on constate une addition, une multiplication des crises. En RD Congo, Goma et Kivu sont devenues des zones de combats que l’on ne peut pas admettre. Les questions des filles soldats, des désarmements, de démobilisation, et de réintégration sont énormes dans ces zones. Nous répondons aux besoins spécifiques des filles dans les situations de conflits. Cela est une nécessité. »

 

Quelques recommandations

Dès lors, le rôle d’un pays comme la France est double : « Réussir à répondre à l’urgence, travailler sur les processus de sorti de crises et accompagner la sortie de crises dans les géographies concernées. Ensuite nous avons un rôle politique pour prévenir les crises et les conflits. »

Plus généralement, « la France apporte des financements déployés à partir de l’identification opérée par des acteurs locaux qui participent à des programmes et processus de DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration), le développement d’activités économiques, le déminage, l’accompagnement des déploiements de services publics », ajoute Luc Pierron.

Yan Picou-Laporte.
Yan Picou-Laporte.

De son côté, Yan Picou-Laporte (Agence française de développement) rappelle que dans tous les conflits armés, « en Afrique ou ailleurs, des enfants soldats sont enrôlés dans l’armée pour porter des armes. » Pour la part qui lui revient, l’AFD travaille « à la manière de prévenir l’enrôlement des enfants dans les groupes armés, le kidnapping notamment des jeunes filles et comment protéger les droits de ces enfants. » Et d’insister : « Tous les enfants ont droit a une éducation. On doit respecter leurs droits. C’est notre ministère de tutelle qui dégage le budget qu’il nous alloue pour développer et opérationnaliser des projets de protection et de prévention des enfants soldats. »

Diverses recommandations ont été formulées lors de cette table ronde par l’Unicef, les associations et les acteurs publics concernant la prise en compte de la situation des enfants soldats dans le monde notamment en Afrique. Parmi ces recommandations, l’implication des États dans la protection, la réintégration et la réinsertion des enfants soldats dans les politiques de développement, le respect des engagements politiques pris et les différentes ratifications internationales concernant les droits des enfants, le respect du droit humanitaire international par les parties prenantes aux conflits, accorder aux enfants une protection spéciale et renforcer l’arsenal juridique pour mieux protéger les droits enfants dans n’importe quelle situation.

Les filles soldat, une réalité invisible

@NA

Écrit par
Mamadou Bah

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