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Société

Hervé Bourges : L’amoureux de l’Afrique

Ce sont des liens bien mal clarifiés…

Ils ont été d’abord le colonialisme, puis le néocolonialisme dans les années qui ont suivi les indépendances, et puis ce sont aussi tous les liens militaro-financiers et personnels de certains chefs d’État avec des personnalités politiques. Chacun sait qu’il y a eu des campagnes électorales françaises alimentées par des fonds africains en échange de soutiens de ces pays…

Vous avez vécu cela de l’intérieur…

Non, je ne l’ai pas vécu…

Mais à travers le système médiatique…

Évidemment, je le savais… et je le dénonçais, bien évidemment. Mais je n’y participais pas. Et je pense que c’est en voie de disparition, aujourd’hui.

Comment déconstruire son regard sur l’Afrique ? C’est un continent avec lequel on a du mal à placer le curseur…

Il est vrai qu’encore aujourd’hui, l’Afrique souffre trop souvent d’une mauvaise image. Mais les évolutions actuelles, la mondialisation et les nouvelles technologies lui donnent à présent l’occasion de trouver de nouveaux partenaires.

Nous voyons bien que les partenaires traditionnels qui étaient liés à la colonisation et à la décolonisation sont en train d’éclater. Aujourd’hui, la Chine, le Japon, la Turquie, l’Inde, l’Allemagne nouent des relations nouvelles avec l’Afrique. La France doit arriver à maintenir des liens qui prennent en compte la nouvelle configuration politique du monde.

Peut-on innover dans cette relation entre la France et l’Afrique ?

Bien sûr ! D’abord, en ne se mêlant pas de l’évolution du continent africain dans sa vie politique. Je crois que nous nous sommes trop mêlés de ce qui se passait dans ces pays, soit en laissant faire, soit en intervenant. Nous devons prendre conscience que l’Afrique est un continent qui a aujourd’hui sa place dans le monde. C’est un continent qui pose des problèmes, notamment des problèmes migratoires, et pas seulement pour des raisons politiques. Les gens qui fuient des régimes de terreur ne représentent que le quart de la population migrante. Les trois quarts sont des immigrés économiques, nous le savons bien. Le vrai problème aujourd’hui, c’est l’aide au développement des pays africains qui suppose d’abord que nous n’essayions pas de trop profiter des matières premières qu’ils fournissent et ensuite, que nous ne pouvons pas parler de développement de l’Afrique sans l’Afrique : c’est l’Afrique qui doit, elle-même, prendre en charge ce développement.

Il n’en demeure pas moins que l’Afrique a trop peu de mémoire de ses erreurs pour ne pas les répéter.

N’oubliez pas que, de toute façon, il va y avoir de nouveaux dirigeants. Certains se sont maintenus au pouvoir dans des conditions parfois peu louables, mais aujourd’hui, nous assistons à l’émergence d’une jeunesse impatiente et formée et d’une classe moyenne qui n’existaient pas il y a dix ou quinze ans. Au niveau culturel, nous voyons naître une formidable évolution de l’Afrique dans le monde, notamment à travers ses écrivains, ses poètes, ses musiciens et ses artistes de toutes sortes. Cela n’existait pas il y a encore peu de temps. Je pense que tous ces groupes vont constituer la nouvelle classe dirigeante de l’Afrique.

Pourquoi la modernité de l’Afrique est-elle souvent freinée, enrayée, voire carrément stoppée ? Pourquoi peine-t-elle autant à se sortir de ses archaïsmes et à franchir d’autres frontières ?

Oui, cela est vrai, mais tout simplement parce que cela demande du temps. C’est exactement comme le problème de la démocratie. On se pose la question de savoir pourquoi les régimes africains ne sont pas démocratiques en oubliant le temps que nous avons mis en France pour établir la démocratie. Il nous a fallu plus d’un siècle ! Et encore, elle n’est pas parfaite, on le voit tous les jours… Laissons l’Afrique avancer petit à petit. L’essentiel est qu’elle avance et qu’elle ne régresse pas. Bien entendu, des formes nouvelles de démocraties restent à trouver, et elles ne passent pas forcément par le suffrage universel.

Au-delà de la perception, est-il possible, lorsqu’on sillonne l’Afrique, de saisir sa complexité ?

Oui, bien sûr ! Il existe d’abord une Afrique dans laquelle se retrouvent tous les Africains, qui est le continent africain. Et puis, il y a des Afriques. Chaque pays est une Afrique en elle-même, au travers de son histoire, de ses populations, de ses structures et de ses langues.

Considérez-vous que l’expertise française est au rendez-vous de cette histoire ?

Je ne sais pas… Nous verrons quelle sera la nouvelle politique africaine de la France. Le président Macron a déclaré qu’il considérait que le développement de l’Afrique est quelque chose d’essentiel pour l’évolution du monde. Il a également prononcé des phrases sur le colonialisme qui ont marqué.

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