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Société

Francophonie & richesses

Instrument politique, relais d’influence, vecteur de valeurs, espace de coopération et d’échanges, à quoi sert la francophonie ? 

Créée en 1970, sous le nom d’Agence de coopération culturelle et technique, disposant depuis 1997 d’une Charte adoptée lors du Sommet de Hanoï, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) compte parmi les grandes organisations mondiales d’aujourd’hui avec 80 pays répartis sur cinq continents (57 membres et 23 observateurs), quatre représentations permanentes et cinq bureaux régionaux. Sur les 274 millions de personnes parlant le français dans le monde en 2014, soit 4 % de la population mondiale et dont 212 millions utilisent quotidien- nement cette langue, la majorité d’entre eux réside dans des pays membres de l’OIF. Si la Francophonie est une institution, elle est en effet aussi, avec un « f » minuscule, une communauté de langue. Avec le vent en poupe : selon les projections de l’OIF, le nombre de francophones approchera les 700 millions en 2050, et 85 % des francophones résideront en Afrique (pour 54,7 % en 2014). Compte tenu des dynamiques démographiques (vieillissement dans les pays européens et nord-américains), l’Afrique comptera également dans 35 ans plus de 90 % des jeunes francophones de 15-29 ans, s’ancrant durablement comme le premier continent francophone au monde.

La Francophonie, en tant qu’organisation multilingue et disparate et en dépit des limites inhérentes à son pluralisme et à son manque d’unité, est un vecteur de rapprochement, de dialogue et de synergies.

Quant à l’Europe, si elle comptait près de la moitié des francophones de la planète en 2000, elle n’en regroupera alors plus que 12 %. En dépit de ces perspectives, la Francophonie est cependant considérée comme à la croisée des chemins. En 2014, les auteurs du rapport présenté par Jacques Attali sur sa dimension économique, rappelaient qu’elle représente 16 % du PIB mondial, pour un taux de croissance moyen de 7%. Faute d’un effort majeur, on pourrait assister « à un recul de l’espace francophilophone : le nombre de francophones pourrait décroître, sous la pression de la concurrence des autres grandes langues internationales, des langues locales, et face aux diffi cultés de certains pays francophones du Sud à assurer l’accès à l’éducation de leurs populations en situation d’explosion démographique. Le nombre de francophones en 2050 pourrait alors être inférieur à celui d’aujourd’hui. » Faut-il pour autant, au regard de ce discours sur la défense de la Francophonie et ses potentialités économiques, réduire l’OIF à un instrument au service de la croissance économique de la France et de son influence dans le monde ? Certes, vu de Paris, la langue française est un outil au service de la politique culturelle. Mais la Francophonie et l’OIF sont loin de s’y réduire. Au contraire même, se limiter à ce prisme fait négliger les autres acteurs trouvant intérêt dans l’OIF et, surtout, les actions menées par une organisation ne pouvant être résumée à un gadget politique.

Des objectifs ambitieux

Dans sa Charte, révisée en 2005, l’OIF identifi e six objectifs : instauration et développement de la démocratie ; prévention, gestion et règlement des confl its, et soutien à l’État de droit et aux droits de l’homme ; intensifi cation du dialogue des cultures et des civilisations ; rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle ; renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de favoriser l’essor de leurs économies ; promotion de l’éducation et de la formation. D’ailleurs, une attention particulière est accordée aux jeunes et aux femmes, ainsi qu’à l’accès aux technologies de l’information et de la communication dans le document cadre pour la période 2015-2022. Par-delà ces objectifs ambitieux, aussi bien culturels que politiques et économiques, que réalise concrètement l’OIF ?

QUEL AVENIR POUR LE FRANÇAIS EN AFRIQUE ? L’avenir de la francophonie en Afrique se joue en premier lieu sur le terrain de l’éducation, comme en témoignent les 18 % de taux de réussite au baccalauréat malien en 2015. Or, avec en toile de fond une forte croissance démographique et des écoles souvent déficientes, deux défis actuels conditionnent l’augmentation du nombre de francophones : des mesures efficaces et suffisamment dotées dans le domaine de l’enseignement ; une place importante accordée par les pays de l’Afrique francophone à la langue française dans leur système d’éducation.

Avec un budget annuel moyen sur la période 2010-2013 s’élevant à 85 millions d’euros, dont plus de 75 % consacrés à la mise en oeuvre des programmes, l’OIF a engagé plusieurs actions. Par exemple, dans le cadre du Fonds francophone d’initiatives pour la démocratie, les droits de l’homme et la paix, elle fi nance en 2015 huit projets (dont quatre en Afrique subsaharienne et deux en Afrique du Nord), pour un montant total d’un peu moins de 200 000 euros. De même, ces dernières années, l’OIF a soutenu avec le ministère français des Affaires étrangères un programme de formation à la langue française destiné aux diplomates et fonctionnaires des organisations multilatérales du continent africain, et elle prend part à plusieurs projets en faveur de l’éducation en Afrique. ELAN-Afrique a ainsi été lancé avec huit partenaires africains pour améliorer l’éducation bilingue, sur fi nancements de l’AFD (Agence française de développement) pour 4,5 millions d’euros et du Partenariat mondial pour l’éducation (1,3 million d’euros).

C’est également le cas du projet Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres, destiné à améliorer la qualité de l’éducation et co-piloté avec l’Agence universitaire de la Francophonie. Si l’OIF dispose de projets en propre, elle agit en effet le plus souvent avec des partenaires. Comme le rappelle sa secrétaire générale Michaëlle Jean, « l’approche qui anime notre organisation par rapport à ses partenaires institutionnels est la complémentarité. La Francophonie agit là où elle a une valeur ajoutée par rapport aux autres organisations. D’une manière générale, nous avons pris l’habitude, entre organisations partenaires, de nous concerter et d’agir intelligemment ensemble, afi n d’optimiser les résultats de nos actions. Nous avons des collaborations, des coopérations et des partenariats avec la plupart des organisations internationales pour chacune de nos quatre missions stratégiques – Langue française, Paix et démocratie, Éducation et Économie ». À ce propos, concernant ce dernier volet, au rôle croissant dans l’organisation internationale, une stratégie économique a été adoptée lors du forum de Dakar de novembre 2014, suivie par un 1er Forum économique de la Francophonie les 1er et 2 décembre, puis le 27 octobre 2015 par une deuxième édition.

Une source de richesse

La Francophonie, dans sa double dimension de langue et d’organisation internationale, est en cela une source de richesse sur un continent africain confronté aux défi s de la paix et du développement. Et pas seulement, car l’OIF présente l’immense avantage de pouvoir et de savoir réunir autour d’une table les responsables et représentants de 80 États. Pas seulement non plus, car deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65 % plus que s’ils n’en avaient pas. La Francophonie, en tant qu’organisation multilingue et disparate et en dépit des limites inhérentes à son pluralisme et à son manque d’unité, est un vecteur de rapprochement, de dialogue et de synergies engagé aux côtés des pays africains le souhaitant et de leurs partenaires internationaux. Dans une modeste mesure, mais à travers des actions qui ne sauraient être négligées et s’inscrivent dans les grands enjeux actuels du continent africain.

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