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Société

En finir avec le gaspillage alimentaire

En finir avec le gaspillage alimentaire
  • Publiéavril 26, 2024

Certes moins répandu que dans les pays développés, le gaspillage alimentaire constitue un enjeu majeur dans des pays comme la Tunisie. Il constitue un coût évitable pour les ménages et l’économie.

 

Le gaspillage alimentaire est un problème palpable, en Tunisie, considère l’association RDD (Racines et développement durable). En collaboration avec le PNUE (Programme des Nations unies pour le développement), l’association publie une étude qui dresse un état des lieux de cette problématique peu analysée.

Il en ressort que le pain avec un taux de gaspillage de 15,7% de sa production totale, les produits céréaliers (10,2%), les légumes (6,5%), les fruits (4,2%), les produits laitiers (2,3%) et les viandes (1,9%) sont les principaux aliments gaspillés par les ménages tunisiens, selon les données recueillies auprès de l’Institut national de la consommation (INC).

« Malgré le manque de sensibilisation actuelle, il est encourageant de constater que de nombreux jeunes, se montrent intéressés par des initiatives collectives et des campagnes de sensibilisation visant à réduire le gaspillage alimentaire. »

« Le gaspillage de produits alimentaires devient de plus en plus significatif. Il contribue à réduire la disponibilité des aliments, à accélérer la dégradation de l’environnement et à accroître le recours aux importations alimentaires dont le pays est déjà fortement tributaire », commente Samir Meddeb, président de RDD. L’étude s’inscrit dans le programme SwitchMed qui a pour but d’accompagner huit pays de la rive sud de la Méditerranée pour développer et mettre en œuvre des politiques afin d’adopter des modes de consommation et de production durables et une économie circulaire.

Que ce soit pour une entreprise ou pour un particulier, le gaspillage constitue une perte financière importante, d’autant plus que l’alimentation est le premier poste des dépenses d’un ménage tunisien, soit 30,1% de son budget courant.

« En se référant au coût du gaspillage alimentaire estimé en 2016 par l’INC à 17 dinars par personne et par mois, on peut dire que le gaspillage alimentaire représente en moyenne environ 12 % des dépenses alimentaires et 3,6 % du total des dépenses effectuées par le Tunisien », calcule Ridha Abbes, expert et coauteur de l’étude. « Pour une famille tunisienne composée de cinq personnes, cela équivaut à une perte financière d’environ 85 dinars (25,2 euros) par mois et qui atteint jusqu’à 340 dinars (100,7 euros) durant le mois de Ramadan. »

Le gaspillage pèse lourd sur le budget de l’état. « Une grande partie des produits alimentaires gaspillés est subventionnée et souvent payée en devises en tant que produits d’importation », rappelle Ali Abaab, coauteur de l’étude, qui précise qu’environ 22 % des subventions allouées à la farine pour la fabrication du pain sont gaspillées. « Le pain gaspillé coûte environ 100 millions de dinars à la collectivité nationale soit environ 22,2 % des 450 millions de dinars (133 millions d’euros) alloués par le budget de l’État pour subventionner la farine du pain, cela a été documenté par l’INC en 2017. »

 

Mobiliser les acteurs

Sur le plan environnemental, le gaspillage affecte les empreintes écologiques et carbone à travers des consommations excessives des ressources naturelles et la dégradation des écosystèmes. Il contribue aux émissions des gaz à effet de serre, au dérèglement des cycles biogéochimiques et des écosystèmes, à la consommation excessive des ressources en eau, à l’érosion des sols et à la perte de la biodiversité. Les aliments gaspillés sont en majorité jetés en tant que déchets, une source de pollution significative, notamment avec les modes actuels de la gestion des déchets, caractérisés par des faibles taux de couverture de la collecte et le recours quasi automatique à la mise en décharge.

Face à ce fléau, des solutions existent. « Mobiliser le plus grand nombre d’acteurs concernés est la première chose à faire, et ce pour arriver à mesurer les pertes et définir un plan national de lutte contre toutes les formes de gaspillage pré et postproduction et mettre en œuvre au quotidien les actions permettant de réduire les pertes et gaspillages », conclut l’étude.

Qui ajoute que la lutte contre le gaspillage alimentaire peut suivre différentes approches. « Selon une approche individuelle, chaque citoyen et acteur devra identifier les sources de son gaspillage pour les éviter. Selon une approche sectorielle, chaque secteur, par exemple les hôtels et restaurants, les espaces commerciaux et de distribution, peuvent agir directement sur les sources de leur gaspillage. Selon une approche locale ou nationale, les communes et l’état doivent mettre en place les mesures et le cadre réglementaire et incitatif pour la lutte contre le gaspillage alimentaire. »

L’étude précise qu’il est également possible de raisonner en termes de filière, de manière que chaque maillon ou acteur puisse « s’engager dans le dialogue avec d’autres maillons et acteurs pour faire évoluer sa filière ou la chaîne alimentaire sur son territoire dans l’objectif de réduire collectivement les pertes et gaspillages ».

 

L’engagement prometteur des jeunes

Bref, « les pistes existent pour aboutir à d’excellents résultats et elles ont démontré leur efficacité dans plusieurs pays », résume Samir Meddeb.

« Dans un pays où les ressources sont limitées et qui dépend pour sa sécurité alimentaire des importations des denrées alimentaires, la lutte contre le gaspillage est urgente pour lutter contre son impact à tous les niveaux. »

D’ailleurs, précise l’étude dans une note d’espoir : « Malgré le manque de sensibilisation actuelle, il est encourageant de constater que de nombreux jeunes, se montrent intéressés par des initiatives collectives et des campagnes de sensibilisation visant à réduire le gaspillage alimentaire. Leur engagement potentiel offre donc des perspectives prometteuses pour l’avenir. »

@NA

Écrit par
Aude Darc

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