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Analyse et Opinion Société

Éducation : le prix de l’inaction

Éducation : le prix de l’inaction
  • Publiéjuillet 11, 2024

L’Unesco calcule le coût que représente, pour les économies, les abandons précoces des systèmes scolaires et le manque de connaissances de base pour les enfants.

 

Quelques semaines après la publication d’un rapport avec l’Union africaine, l’Unesco lance un nouveau cri d’alarme concernant l’éducation. À mi-parcours des Objectifs de développement durable pour 2030, l’ODD 4 sur la garantie d’une éducation inclusive et équitable, notamment, semble peu réalisable aux yeux des experts de l’organisation onusienne.

Une réduction de 10 % des taux d’abandon scolaire précoce et d’insuffisance des compétences de base des enfants augmente la croissance annuelle du PIB de 1 % à 2 %.

Malgré les efforts déployés par les pays et les progrès réalisés, 128 millions de garçons et 122 millions de filles dans le monde ne sont toujours pas scolarisés. Même dans les pays à revenu élevé, un quart des enfants ont des compétences de base insuffisantes. Les déficits de compétences atteignent 94 % en Afrique subsaharienne, 74 % dans les pays arabes. Les filles ont plus de difficultés à accéder à l’éducation et sont plus susceptibles que les garçons de ne pas fréquenter l’école primaire. Dans le même temps, les garçons courent un risque accru de ne pas apprendre quand ils sont à l’école, de ne pas progresser, de redoubler et de ne pas terminer leurs études.

À l’image des analystes du climat, l’Unesco alerte sur « le prix de l’inaction », qui est selon l’Unesco « extrêmement élevé ». Si le droit à l’éducation n’est pas garanti, les personnes gagnent, en moyenne, moins par rapport aux mieux instruits. Les sociétés dont le niveau d’instruction moyen est plus élevé connaissent une croissance économique plus forte.

Bien que l’accent soit mis principalement sur les coûts monétaires, le rapport a pu estimer certains coûts non monétaires, dont ceux liés aux grossesses précoces, à la corruption, à la criminalité et au civisme fiscal. En revanche, dans un scénario d’intervention, où tous les enfants sont scolarisés et apprennent, les aspirations de l’ODD 4 sont satisfaites et personne n’est laissé-pour-compte.

Note : il s’agit de chiffres bruts, ce qui explique que les pays développés supportent un prix de l’inaction plus élevé que les pays en développement, comme en Afrique subsaharienne, chez qui ce coût par rapport au PIB est supérieur.
Note : il s’agit de chiffres bruts, ce qui explique que les pays développés supportent un prix de l’inaction plus élevé que les pays en développement, comme en Afrique subsaharienne, chez qui ce coût par rapport au PIB est supérieur.

 

Et l’Unesco de sortir la calculette : d’ici 2030, les coûts économiques supportés par les particuliers des taux actuels d’abandon scolaire précoce et d’insuffisance des compétences de base des enfants s’élèveront respectivement à 6 300 milliards de dollars et à 9 200 milliards $ à l’échelle mondiale, soit 11 % et 17 % du PIB mondial. L’estimation de ces coûts privés sur vingt ans (d’ici 2041) donne des valeurs jusqu’à 20 fois plus élevées.

 

Davantage de préjudices pour les filles

D’ici 2030, les coûts fiscaux annuels pour les États de l’abandon scolaire précoce et de l’insuffisance des compétences de base des enfants s’élèveront respectivement à 1 100 milliards $ et à 3 300 milliards $ à l’échelle mondiale.

C’est en Afrique subsaharienne que les coûts privés, qui représentent la plus grande part des coûts économiques de l’abandon scolaire précoce et de l’insuffisance des compétences de base des enfants, sont les plus élevés : 19 % du PIB pour l’abandon scolaire précoce et 26 % pour l’insuffisance des compétences de base des enfants.

Toujours pour Afrique subsaharienne, les coûts privés dus au fait que les filles et les garçons quittent prématurément l’école sont plus élevés pour les filles : respectivement

190 milliards $ et 210 milliards $ environ. À noter que les coûts sont plus élevés pour les garçons que pour les filles dans les autres régions du monde.

Sans surprise le rapport conclut qu’investir dans une éducation de qualité constitue « une stratégie rentable » pour le développement économique. Si les gouvernements n’investissent pas dans l’éducation, ils disposent de ressources économiques moindres. Ils ont donc moins de fonds à dépenser pour réduire les taux d’abandon scolaire précoce et d’insuffisance des compétences de base des enfants, ce qui enferme leur économie dans un état de faible niveau d’éducation et de faible productivité.

On le sait, une amélioration de 50 points des résultats des tests cognitifs des élèves sur l’échelle du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) accroît la croissance économique annuelle de 1 %, et ce de façon permanente.

Ici, l’Unesco constate qu’une réduction de 10 % des taux d’abandon scolaire précoce et d’insuffisance des compétences de base des enfants augmente la croissance annuelle du PIB de 1 % à 2 %, un effet similaire à l’amélioration des résultats aux tests cognitifs.

Le rapport formule dix recommandations stratégiques clés qui se sont révélées efficaces. Reste aux pays à les adapter dans les contextes spécifiques des communautés.

Parmi ces recommandations, qui rejoignent les ODD, on retiendra celle qui suggère d’éviter l’orientation précoce, d’apporter un soutien scolaire et offrir une deuxième chance aux filles et aux garçons qui n’ont pas pu accéder à l’éducation ou dont la scolarité a été interrompue. Celle qui recommande d’investir dans des enseignants de qualité, et celle qui incite les institutions publiques à faire la preuve  (par l’exemple, le témoignage), de l’utilité de l’école pour la vie active.

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

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