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Société

Education. Copie à revoir

Education. L’Afrique subsaharienne est à la dernière place du classement de l’Unesco sur l’Éducation pour tous. L’enseignement et la formation occupent encore un rôle marginal dans les politiques de développement.

Comme le reste du monde, l’Afrique subsaharienne a eu 15 ans pour améliorer ses performances en matière de scolarisation et de lutte contre l’analphabétisme. Ce délai lui a été fixé par l’Unesco dans le cadre du mouvement de l’Éducation pour tous (EPT), un programme d’action adopté lors d’un forum mondial à Dakar en 2000 et qui visait à assurer une éducation de base de qualité pour tous les enfants, jeunes et adultes.

Les participants à cette rencontre avaient identifié cinq objectifs à atteindre, en termes de protection et éducation de la petite enfance, d’enseignement primaire universel, de compétence des jeunes et des adultes, d’analphabétisme des adultes, de parité et égalité des sexes, à horizon 2015. Nous y voilà : si quelques pays de la planète – un tiers – ont passé le test à 100 %, l’Afrique subsaharienne est reléguée au bas du classement et présente des résultats très décevants.

Sur les 20 derniers pays du monde, 17 se trouvent dans la région, où seu-lement huit ont atteint certains des objectifs, parmi les plus faciles à res-pecter, comme celui de la scolarisation. Un rapport de synthèse de l’Unesco détaille les segments ou les échecs sont patents. Il en explique les raisons et préconise des solutions alternatives. Au chapitre des bonnes nouvelles, l’organi-sation constate : « Le rythme des progrès régionaux en direction de l’enseignement primaire universel s’est accéléré par rap-port aux années 1990, et le taux net de scolarisation a progressé de 59 % à 79 % entre 1999 et 2012. »

L’Unesco estime néanmoins que plusieurs pays sont à la traîne, et certains objectifs comme l’éducation et la protection de la petite enfance, l’apprentissage des jeunes et des adultes, l’alphabétisation des adultes et la qualité de l’éducation n’ont pas bénéficié de l’attention nécessaire. « La plupart des pays ne sont pas parvenus à éliminer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire en 2012. Et la région compte encore près de 30 millions d’enfants d’âge scolaire primaire non scolarisés».

Manque de volonté politique

Paradoxalement, c’est en Afrique subsaharienne que la croissance écono-mique est la plus forte. Cependant, cette embellie n’a pas contribué à la réduction de la pauvreté qui constitue encore un obstacle majeur sur la voie de l’éducation. Dans le même temps, la poussée démographique rend les défis encore plus difficiles à surmonter.

Le sort de la petite enfance constitue l’un des points noirs du rapport de l’Unesco. Outre les contraintes liées à la prise en charge sanitaire, au niveau éducatif, l’accès à l’enseignement péri-primaire reste faible(20 %) et inégal d’un pays à l’autre (2 % au Mali contre 100 % en Afrique du Sud). Dans l’enseignement primaire, où les performances de l’Afrique subsaharienne sont importantes, la déperdition constitue un fléau.

Environ la moitié des inscrits abandonne l’école avant terme. Les inégalités sociales et du genre poussent les plus vulnérables vers la porte de sortie. Le manque de qualifica-tion et de formation des enseignants en est une autre raison. L’Unesco pointe du doigt le manque de volonté politique. En Afrique subsaharienne, l’éducation ne constitue pas encore une priorité dans les politiques locales de développement ; les budgets qui sont attribués à ce secteur sont mal repartis.

La lutte contre l’analphabé-tisme des adultes en pâtit cruellement et les progrès réalisés dans ce domaine sont insignifiants. Invitée à revoir sa copie, l’Afrique prendra part à une session de rattrapage qui s’étalera jusqu’en 2030. Un nouvel agenda vient d’être fixé par l’Unesco avec, grosso modo, les mêmes objectifs qu’il y a 15 ans. 

ENCADRE

Nicole Bella

Chargée de l’analyse des politiques éducatives à l’Unesco Que vous inspirent les résultats obtenus en Afrique subsaharienne ?

Le verdict est sans appel. Aucun des objectifs qui ont été fixés il y a 15 ans n’a été atteint. Le bilan est plus sombre dans cette partie du monde qu’ailleurs. Moins de 23 % des pays de la région ont réussi à atteindre le premier objectif concernant l’accès à l’enseignement primaire universel. En matière de lutte contre l’analphabétisme, aucun progrès n’a été enregistré. En 2012, on comptait 128 millions d’adultes illettrés. Or, les recherches montrent que l’éducation des enfants dépend en grande partie de celle de leurs parents. Dans le domaine de la petite enfance, on dénombre 2 % d’inscrits en périscolaire. Certes, nous relevons des avancées par rapport à la décennie précédente, mais elles sont très insuffisantes.

Pensez-vous que l’EPT est un agenda trop ambitieux pour l’Afrique compte tenu de ses retards de développement ?

Certes, l’Afrique est partie de très loin par rapport au reste du monde. Pour autant, on ne peut pas dire que l’éducation est un droit pour tous dans le monde et fixer des objectifs différents pour les uns et les autres.

Pourquoi la croissance économique ne profite-t-elle pas assez à l’éducation ?

Cette croissance est globalement liée à une revalorisation des ressources naturelles. Elle ne se traduit pas par davantage de développement. Au niveau politique, les gouvernements n’ont pas toujours conscience de la nécessité d’investir dans le capital humain. C’est là que le bât blesse. Dans beaucoup de cas, l’éducation n’est pas inscrite comme une priorité dans les programmes de développement. Nous faisons face à un problème de volonté politique. Lorsque cette dernière sera au rendez-vous, l’Afrique pourra évidemment se rattraper. La communauté internationale a également un rôle à jouer en rappelant aux pays leurs obligations en matière de mise en pratique du droit à l’éducation. Des ressources doivent être davantage allouées aux pays qui ont montré une volonté de s’en sortir mais qui n’ont pas les moyens. Les autres doivent consacrer des dépenses plus importantes pour le développement du secteur de l’éducation. 

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