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Société

Éducation : Comment réduire l’écart

En cette période de rentrée scolaire, le rappel de l’Unesco, en écho au rapport Closing the Gap, est salutaire : Il faut investir mieux et davantage dans l’enseignement pour permettre aux enfants et aux jeunes africains d’accéder à une éducation de qualité.

Par Laurent Soucaille

L’Unesco abrite l’Équipe spéciale d’enseignants pour l’Éducation 2030, qui réunit 155 pays membres. Selon ses calculs, l’Afrique subsaharienne a besoin de 11 millions d’enseignants supplémentaires pour garantir une éducation de qualité à tous les élèves. Pour atteindre les objectifs en matière d’éducation d’ici à 2030, la région devra recruter 15 millions d’enseignants supplémentaires.

Il semble impératif d’augmenter les ressources nationales destinées à l’éducation et garantir aux enseignants un salaire décent. Les budgets nationaux de l’éducation atteignent rarement les niveaux de références, soit 15% à 20 % du PIB.

Malgré les avancées obtenues ces cinq dernières années, poursuit le rapport Closing the Gap, le recrutement de nouveaux enseignants a progressé trop lentement, et que beaucoup de pays devront accroître le nombre d’enseignants engagés chaque année.

Parmi les pays les plus en retard : le Mali, le Niger, la République centrafricaine et le Tchad. En ce qui concerne le secondaire, une croissance annuelle encore plus élevée est nécessaire, notamment pour le Burundi, le Mozambique, le Niger, la République centrafricaine, la Tanzanie et le Tchad.

Les pays ont besoin d’enseignants dotés des compétences nécessaires pour fournir aux enfants et aux jeunes une éducation de grande qualité. Or, en raison de la croissance des taux de scolarisation des dernières décennies, de nombreux enseignants n’ont pas de qualifications. Un progrès toutefois : en 2000, 84 % des enseignants du primaire, en moyenne, détenaient les compétences requises, contre 65 % en 2019.

En Afrique subsaharienne, le ratio élève/enseignant qualifié s’est amélioré dernièrement dans le primaire, mais reste élevé. En moyenne, on compte un enseignant qualifié pour 58 élèves dans le primaire, tandis que pour le secondaire, ce ratio avoisine les 43 élèves par enseignant qualifié. Or, plus le rapport élève/enseignant qualifié est élevé, plus le temps d’enseignement présentiel et personnalisé est réduit, et plus l’offre d’éducation de qualité est faible. 

L’Afrique subsaharienne manque également d’enseignantes, à peine la moitié des effectifs dans le primaire et 30% dans le secondaire, en 2018. On le sait, les enseignantes jouent un rôle positif pour inciter les filles à s’inscrire et à rester à l’école.

Améliorer la gouvernance

Des ressources sont nécessaires pour recruter en nombre de nouveaux enseignants, mais aussi pour retenir ceux qui débutent et ceux déjà en poste. Ce, même quand les pays assurent l’essentiel des dépenses (voir encadré sur le Burkina Faso).

Pour offrir aux enseignants cette indispensable formation initiale et continue, il faudra augmenter le financement au niveau national ainsi que l’aide internationale. Il conviendra en outre d’instaurer des politiques et une gouvernance plus performantes afin de garantir la rentabilité et l’efficacité des dépenses.

La crise de la Covid-19 a mis en lumière l’importance des enseignants, mais aussi leurs conditions de travail difficiles. Les données font état d’une lourde charge de travail et de niveaux élevés d’épuisement professionnel, étant donné qu’il leur a été demandé de soutenir les communautés et de garantir la continuité pédagogique avec une préparation et un accompagnement faibles, voire nuls.

Une nécessaire redevabilité

Les pays et la communauté internationale se concentrent désormais sur la relance des systèmes d’éducation, par le biais d’ambitieux programmes de rattrapage visant à combler les retards d’apprentissage, ce qui signifie que le soutien et la préparation des enseignants seront, plus que jamais, vitaux. Mais sans investissements supplémentaires en matière de perfectionnement des enseignants, de gouvernance et de responsabilisation, il est peu probable que ces ambitions se concrétisent.

La « Task Force » d’enseignants hébergée par l’Unesco émet une série de recommandations. À son sens, il est nécessaire d’élaborer des politiques « holistiques » relatives aux enseignements, et « les chiffrer correctement ». En effet, le rapport souligne que l’évaluation des besoins est, en lui-même, un écueil dans cette ambition.  

De plus, il semble impératif d’augmenter les ressources nationales destinées à l’éducation et garantir aux enseignants un salaire décent.

Les budgets nationaux de l’éducation atteignent rarement les niveaux de références, soit 15% à 20 % du PIB. De son côté, le financement international doit mettre davantage l’accent sur les formations initiale et continue. Une « protection » des conditions de travail des enseignants permettra de réduire les niveaux d’abandon.

LS

ENCADRE

La stratégie du Burkina Faso

L’exemple du Burkina Faso illustre les pressions budgétaires sur les pays et combien l’aide internationale est essentielle pour aider les pays à former des enseignants pour soutenir l’apprentissage. Le Burkina Faso a élaboré une stratégie nationale en 2020 pour la période 2021-2025, afin d’améliorer la gestion de son personnel enseignant.

La stratégie a été élaborée à la suite de l’analyse des résultats d’une étude sur les enseignants menée par le ministère de l’Éducation du pays avec le soutien technique et financier de l’Unesco et de la Norwegian Teacher Initiative (NTI).

Le coût global de la stratégie nationale est estimé à 2 584 milliards de F.CFA ouest-africains, sur l’hypothèse où le nombre total d’enseignants passe de 97 357 en 2021 à 105 579 en 2025. Et où les dépenses non salariales comprennent la formation initiale et continue des enseignants, la gouvernance, le déploiement, l’amélioration des conditions de travail et la responsabilisation des enseignants. Environ 5 % des enseignants en cours d’emploi bénéficieraient d’une formation aux TIC et à l’enseignement à distance.

 Le gouvernement prévoit d’assurer pleinement le financement des dépenses salariales et de financer un peu moins de la moitié des dépenses non salariales. Cela signifie que les financements sur ressources propres du pays atteindraient quelque 2,530 milliards de FCFA, soit 98% du coût total de la stratégie.

Les partenaires au développement seront appelés à combler le déficit. Il est essentiel que les partenaires participent à combler cet écart, puisque la plupart des dépenses non salariales sont consacrées à des dispositifs essentiels à la qualité de l’éducation.

LS

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