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Société

Dr Basly Mohamed Sahbi pour la route de la soie digitale

La place de la Chine en Afrique ne cesse d’intriguer, voire d’inquiéter. Pour Dr Basly Mohamed Sahbi, une coopération « gagnant-gagnant » est possible, notamment dans les nouvelles technologies.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Lancée par la Chine voici déjà cinq ans, la Route de la soie semble entrer dans une phase de concrétisation. Où en est ce projet qui intéresse au plus haut point la question du soft power chinois ?

Le projet One Belt One Road est un projet présidentiel. À ce titre, il relève exclusivement du ressort du président Xi Jinping, qui l’a lancé dès son arrivée au pouvoir, après avoir été secrétaire général du Parti communiste chinois, puis à la tête de l’État en en 2013, pour devenir le chef incontesté de la Chine, à la suite du 19e congrès, en octobre 2017. L’intitulé initial de ce projet, « Route Maritime de la Soie », avait été choisi en référence historique au Moyen Âge, symbole d’une ère de coopération où le commerce et les échanges humains se mélangeaient à la culture sous tous ses aspects.

L’expertise tunisienne dans le domaine bancaire et financier présente un intérêt certain pour les Chinois, qui cherchent à créer un laboratoire de recherches dans le domaine de l’économie numérique.

Il s’agissait alors de répondre à l’incompréhension, nourrie ces vingt dernières années à l’égard de la Chine, de par sa conquête effrénée de nouveaux marchés et de ressources énergétiques aux quatre coins du monde, notamment en Afrique et dans le Monde arabe. Cette initiative répondait également à la nécessité pour la Chine de promouvoir ses investissements extérieurs destinés à maintenir son taux de croissance, d’ailleurs fort utile à l’économie mondiale.

Enfin, cette nouvelle stratégie chinoise, inspirée par une approche participative du développement et du partenariat, répondait à l’impératif de sécuriser l’investissement direct en dehors de Chine. Globalement, elle devait permettre de favoriser les investissements colossaux en matière d’infrastructures et de moyens de communication pour fluidifier le commerce international dans le cadre d’une économie mondialisée. Cette démarche a donné, aujourd’hui, une vision à la Chine, une stratégie à moyen et long terme. Surtout, elle lui a donné les moyens de sa politique.

Fin juin, le Sommet sur l’économie numérique, organisé par le groupe Kamelu, a été intégré dans le projet de cette « Route ». Comment bâtir une vision commune autour du numérique ?

Kamelu, qui est un groupe totalement privé, a en effet créé l’événement en organisant le premier Sommet en Chine sur le futur de l’économie digitale. C’est à cette occasion que la création d’une One Belt One Road digital economy Union a été envisagée. Cet instrument pourrait être utilisé par la Chine dans un proche avenir pour diversifier ses moyens d’intervention dans le domaine économique et commercial : l’intégration de cet instrument financier à des blockchains permettrait de rendre le numérique accessible à toutes les économies de pays intermédiaires notamment en Afrique, et de dynamiser leur croissance en mettant à leur disposition de nouveaux instruments financiers pour améliorer leurs infrastructures et consolider leurs monnaies face au dollar et à l’euro. Enfin, l’approche d’une monnaie virtuelle adossée à l’économie réelle, telle que préconisée par ce groupe, est susceptible de répondre aux besoins des pays à économie intermédiaire.

Les pays du Sud pourront-ils tirer profit de l’expérience chinoise ?

Bien sûr, d’autant que les principaux bailleurs de fonds seront des entreprises chinoises, publiques et surtout privées, qui souhaitent elles-mêmes investir davantage à l’extérieur pour permettre en même temps au renminbi, la monnaie chinoise inconvertible, de s’exporter hors de Chine.

L’Institut d’études stratégiques tunisien a également signé une convention avec Kamelu. Quelle est la nature de cet accord ?

L’expertise tunisienne dans le domaine bancaire et financier présente un intérêt certain pour les Chinois qui cherchent eux-mêmes à créer un laboratoire de recherches dans le domaine de l’économie numérique afin d’affiner la recherche dans un secteur qui, dans les dix années à venir, va probablement correspondre au mode de coopération financière le plus adéquat, le plus transparent et le plus équitable.

C’est pourquoi ITES a signé un protocole avec Kamelu pour effectuer des études et recherches dans le domaine de l’économie numérique, applicables à la réalité africaine et à celle du bassin méditerranéen. Cet accord prévoit que la Tunisie pourrait être une plateforme d’échange entre la Chine et l’espace africain dans ce domaine.

Quel sera l’atout du secteur privé chinois dans ce projet planétaire ?

Il sera certainement primordial. Bien sûr, il devra être encadré par le secteur public ou tout du moins, l’État devra conserver un rôle régulateur pour éviter les dérapages. Toutefois, le mode de coopération sera totalement transparent, direct et concret, basé sur une offre et une contrepartie financière négociable et vérifiable à tout instant. 

ENCADRE

Le soft power chinois gagne le privé

La « mondialisation aux caractéristiques chinoises » s’affiche au fil des ans. Sur le plan intérieur la Chine, à l’ère Xi Jinping, parachève la « révolution intérieure » en attaquant les points faibles et en consolidant ses acquis. À l’extérieur, on promeut un nouveau concept, la Route de la Soie, lancée il y a cinq ans.

La coquille se remplit lentement mais sûrement. En 2019, la Chine organise le deuxième sommet de la Route de la Soie, une manière d’évaluer le chemin parcouru et de faire savoir que le soft power (le pouvoir d’influence) est un choix stratégique. De plus en plus d’acteurs privés chinois emboîtent le pas et vont butiner sur de nouvelles terres, aux quatre coins du monde pour profiter de cette dynamique.

Ainsi le groupe privé chinois Kamelu, acteur important dans l’économie digitale, a organisé à Pékin le 30 juin 2018 un grand événement sur la Digital Economy en présence de plusieurs invités étrangers : Jaloul Ayed, ancien ministre tunisien des Finances, Néji Jalloul, président de l’ITES, Miguel Angel Moratinos, ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, Mohamed Hmidouche, ancien haut fonctionnaire de la BAD et représentant le Maroc dans la Route de la Soie, Franck Michel Naina, banquier malgache ainsi que d’autres personnalités de marque.

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