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Société

Des racines profondes

Une certaine typologie scinde la diaspora en plusieurs morceaux de poids et d’influences variables. Les diasporas noires aux États-Unis et, subsidiairement au Brésil, sont sans commune mesure avec le reste de la constellation de diasporas présentes dans d’autres endroits du globe. Il s’y ajoute que les moeurs institutionnelles et politiques des terres d’accueil ou d’implantation induisent de nettes différences dans les relations avec l’Afrique.

Par exemple, dans une France historiquement jacobine et assimilatrice, les diasporas ont des marges étroites voire inexistantes. Car, la relation franco-africaine reste trop accaparée par les canaux officiels (le Quai d’Orsay), très polluée par les réseaux officieux (les barbouzes) et fraîchement touchée par la coopération décentralisée, c’est-à-dire les solidarités balbutiantes entre les municipalités du Sud et celles du Nord. Même les efficaces ONG françaises – tels Médecins sans frontières ou Action contre la faim – déroulent leurs agendas en dehors des diasporas africaines ou noires. Bref, une version hexagonale du Black Caucus américain n’est pas sur le point de voir le jour, au Palais-Bourbon.

Le poids de l’histoire coloniale – la colonisation se distingue de la traite négrière – n’y est pas étranger. La départementalisation d’une partie des terres de l’ex-empire français (les DOM- TOM) et la décolonisation totale de l’autre, ont élargi le fossé politique entre composantes raciales, notamment entre les Antilles et l’Afrique subsaharienne. Nonobstant le pont culturel jeté par Senghor et Césaire. C’est d’autant plus vrai que des travaux sémantiques et sociologiques, tirés des « African Studies », mettent l’accent sur la victimisation des Africains déportés. D’où la reconfiguration et l’invention d’identités et de cultures hybrides, métisses et plurielles. Résultat : la créolité affronte la négritude dans la diaspora francophone des Antilles. Le premier courant est incarné par l’écrivain Patrick Chamoiseau ; tandis que le second renvoie aux héritiers d’Aimé Césaire.

L’inventaire serait incomplet, si l’on ne mentionnait pas le cas spécifique de Haïti, un mélange de diaspora et d’État libre, ce dès 1804. L’aventure haïtienne est d’autant plus singulière qu’elle représente une diaspora qui a secrété d’autres. Avec des symboles forts comme Michaëlle Jean (ancienne gouverneure générale du Canada et actuelle Secrétaire générale de la Francophonie) ou l’artiste-musicien Michel Joseph Martelly, longtemps exilé aux États-Unis, puis démocratiquement élu à la tête de la première République noire.

Devant un tableau aussi bariolé de défi s et d’atouts, que font les dirigeants africains ? Face aux atouts qu’affi che une diaspora très instruite et bien introduite en Occident, l’ancien président Abdou-laye Wade a joué la carte de la séduction. À cet effet, il a organisé, au cours de son second mandat, le Festival mondial des arts nègres, le Fesman. Objectif sous-jacent : sensibiliser les élites de la diaspora, au sort de l’Afrique plombée, en partie, par les défis d’une gouvernance encore très perfectible. La trouvaille a été de faire de la diaspora (toutes entités éparses et confondues) la quinzième région du Sénégal qui en compte physiquement et administrativement quatorze.

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