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Société

Des racines profondes

Ainsi, William Du Bois, remarquable érudit originaire de Trinidad-et-Tobago et fier de ses ancêtres africains, demeure le doyen du mouvement panafricain. Dès 1919, il frappe à la porte de la conférence de Versailles qui suit la fin de la Première Guerre mondiale, en déclarant : « le panafricanisme signifie pour nous ce que le sionisme a signifié pour les Juifs ». La formule est imprudente et discutable, mais elle a le mérite de tirer les consciences blanches de la torpeur. Plus tard, avec le soutien de progressistes américains, William Du Bois fondera aux États-Unis l’Association pour le progrès des gens de couleur (NAACP). 

De son côté, le Jamaïcain Marcus Garvey, personnage radical et remuant, lance le mouvement pour le retour, en Afrique, des Afro-américains, Back to Africa. À cet effet, il recueille, en 1914, d’importantes sommes d’argent aux États-Unis et dans les Caraïbes, pour financer ses activités qui nécessiteront la création d’une compagnie de navigation Black Star, afin de rapatrier en grand nombre, les hommes et femmes et de la diaspora voulant retrouver la terre de leurs ancêtres. 

Preuve que la conscience et l’identité n’ont pas été diluées ou perdues dans l’odyssée et la tourmente, des épigones ont pris le relais des deux précurseurs, en fructifiant l’héritage. En effet, moins d’une dizaine d’années après les tentatives de ré-arrimage de la diaspora à l’Afrique (nous sommes dans les années 1930) des ponts ont été jetés entre les fils d’Afrique et ceux de la diaspora. Ces passerelles ont été empruntées, par des figures de proue de la re-émergence du continent noir et de la diaspora, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Frantz Fanon. Ce dernier est allé au-delà de l’engagement littéraire, en siégeant dans les instances combattantes du peuple algérien, FLN et GPRA. 

Les Noirs de la diaspora n’ont pas manqué de territoires. Ils ne sont pas des exilés volontaires ou involontaires, mais des arrachés puis des transplantés de force.

Cette soif d’Afrique d’un côté, et ce besoin de diaspora de l’autre, ont tissé un rapport ambivalent. Un lien, par le biais duquel, la diaspora – forte de ses performances – fait figure, à la fois, d’appendice physique et d’aiguillon technique et scientifique pour une Afrique à la traîne sur le chemin du développement. Ce qui assigne à la diaspora une vocation de laboratoire des idées de cosmopolitisme puis de contestation de l’homogénéité et de l’hégémonisme culturels des pays puissants du Nord. Ce n’est donc pas un hasard, si le médecin-psychiatre et essayiste Frantz Fanon, a psychanalysé le colonisé et, surtout, aiguillonné le Noir d’Afrique vers les voies du réarmement moral, dans son célèbre ouvrage Peau noire et masques blancs

Le sang, la douleur et la culture ne sont pas les seuls éléments qui irriguent la relation entre le continent noir et la diaspora, séparés par les océans et décalés par les niveaux de développement ou les volumes de bien-être. Vu du sud du Sahara, la diaspora est, à la fois, soi-même et l’autre. On y entrevoit l’affection des origines ; mais on y décèle, également, l’expertise d’emprunt fort bien assimilée. Donc transférable. Enfin, on y projette – par effets de collaboration et de contagion – des espoirs de développement. 

D’un côté, les réelles capacités et les vivants symboles de réussite sont admirativement recensés ; notamment dans la diaspora outre-Atlantique. Les carrières brillantes de l’ambassadeur Andrew Young (représentant permanent de l’Administration Carter à l’ONU), du général Colin Powell (Patron de l’US Army, de l’US Navy et de l’US Air Force) et in fine, le destin présidentiel de Barack Obama, en font foi. Le chanteur américain Akon, d’origine sénégalaise, n’est pas en reste. De telles gloires vivantes stimulent évidemment les volontés africaines d’émergence. 

De l’autre, l’attention et l’intérêt structurent de plus en plus des groupes de pression (moins rodés que les lobbies juifs) activement tournés vers l’Afrique. La politique américaine – assez constante malgré les changements d’exécutifs à Washington – à l’égard du Darfour et vis-à-vis du Sud-Soudan, est peu ou prou inspirée par une certaine élite noire regroupée au sein du Black Caucus. Sans ce lobby afro-américain, longtemps proche du colonel John Garang, le Sud- Soudan n’aurait pas accédé à l’indépendance. Ces 43 membres du Congrès américain (tous des afro-descendants proches du Parti démocrate) sont, au demeurant, régulièrement visités par les ambassadeurs des pays d’Afrique accrédités à Washington. Enfin, le Black Caucus a joué sa partition souterraine dans l’avènement d’une République Sud- Africaine multiraciale et démocratique. Débarrassée de l’apartheid et présidée par Nelson Mandela. 

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