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Société

COP21: la voix de l’Afrique

Émergence 2035 – Développer et préserver

Dans sa feuille de route destinée à limiter les GES, la Contribution prévue déterminée au plan national (CPDN), le Cameroun s’engage à adopter une série de mesures. Sans pour autant ralentir sa marche vers l’émergence à l’horizon 2035. Décryptage de la feuille de route en cinq points.

Confrontées à une menace sécuritaire sans précédent qui se nourrit du sous-développement, les autorités camerounaises, plus que jamais déterminées à inscrire le pays dans les nations émergentes d’ici à 2035, ont adopté une stratégie qui cible quatre axes : la réduction de la pauvreté ; l’atteinte du stade de pays à revenus inter- médiaires ; l’atteinte du stade de nouveau pays industrialisé ; et la consolidation du processus démocratique et de l’unité nationale dans le respect de la diversité qui caractérise le pays. Ce qui doit se décliner, sur le plan économique, par une croissance soutenue, une révolution agricole portée par l’augmentation de la productivité, et un doublement de la part du secteur secondaire dans le PIB (de 19 % à 38 %). Or, même si à ce jour, le Cameroun est un faible émetteur de gaz à effets de serre (GES), cette stratégie ambitieuse de développement doit se traduire par une forte hausse des émissions. Conscients des conséquences du dérèglement climatique, que le pays subit de plein fouet, les experts camerounais ont élaboré une feuille de route, la Contribu-tion prévue déterminée au plan national (CPDN), qui prévoit une réduction des émissions de GES à hauteur de 32 % par rapport au scénario de référence pour l’an-née cible, 2035. Une réduction de l’em-preinte carbone de son développement, sans ralentir sa croissance, qui repose sur cinq axes : l’agriculture, qui reste le moteur de la croissance ; l’exploitation forestière ; l’énergie et la gestion des déchets ; le bâti- ment et les transports. Un plan conditionné toutefois à la mobilisation, par la communauté internationale, de moyens matériels et humains pour accompagner le Cameroun dans son effort pour le climat, sans remettre en question sa lutte pour sortir du sous-développement.

Agriculture : verdissement de la politique agricole

Selon la stratégie initiale, basée sur l’hypothèse de croissance du secteur agricole, le Cameroun devrait connaître une multiplication par trois de ses émis- sions de gaz à effet de serre d’ici à 2035 par rapport à l’année de référence, 2010. Avec cette nouvelle formule de développement « bas-carbone », une diminution de 33 % des émissions en 2035 par rapport au scénario de référence est envisagée. Comment ? Par une planifi cation et un aménagement de l’espace rural plus cohérents en premier lieu afi n de développer l’activité agricole tout en limitant la déforestation et dégradation. Ce qui implique d’améliorer la gou-vernance du secteur en y associant tous les acteurs concernés et en s’appuyant sur la décentralisation d’une part, le développe-ment des infrastructures de base, d’autre part, qui vont permettre d’améliorer la logistique des transports de produits agri-coles, d’élevage et de pisciculture. Le plan prévoit par ailleurs l’intensification de la production agricole, animale et halieutique respectueuse de l’environnement ; de favoriser les espèces à haut rendement, à cycle court et permettant de faire des rotations rapides ; l’utilisation de semences améliorées à haut rendement et résistantes aux facteurs contraires de l’environnement (hors OGM et hybrides) ; la promotion des pratiques permettant d’améliorer les capacités de production agricole et de valoriser les ressources du milieu ; la production d’énergie à base de déchets agricoles ; de même, la production de compléments alimentaires pour animaux et poissons et autres produits (ensilage, etc.) ; l’utilisation de fumiers améliorés par compostage… 

En somme, une agriculture durable, plus résiliente aux changements climatiques, et qui, en plus d’améliorer la productivité et d’augmenter la croissance agricole avec l’amélioration de la compétitivité, doit créer des emplois et assurer ainsi une meilleure qualité de vie, notamment dans le milieu rural, tout en limitant la déforestation et la dégradation du tissu forestier. Coût du programme : 15 000 milliards de F.CFA sur la période 2014-2020. 

« L’agriculture a été et demeure le pilier de l’ambition d’émergence du pays, mais il est possible et même nécessaire de limiter son impact carbone, résume le CPDN. La gestion durable des forêts permettra d’augmenter les puits carbone. Cette croissance bas-carbone apportera d’importants cobénéfices (développement économique et social, création d’emplois, amélioration de l’environnement et de la santé, etc.). » 

Gestion durable et valorisation des forêts 

Cet axe est directement lié à un autre, celui de la gestion durable et la valorisation des forêts qui intervient de manière transversale sur l’ensemble du programme. Concrètement, il repose, selon le document, sur « le renforcement de la gestion durable et la valorisation des forêts et de la biodiversité, notamment grâce au suivi spatial des terres ». Ce qui passe par « le reboisement des savanes et la réhabilitation des terres dégradées », de même que par l’utilisation des semences et des plants à très haut rendement, de manière à augmenter la production agricole sans nécessairement avoir besoin de détruire des forêts pour avoir plus d’espaces cultivables.

Sachant que dans ce domaine, le Cameroun ne part pas de zéro. Il s’est d’ores et déjà doté d’outils et d’institutions pour répondre aux problèmes environnementaux qu’il peut rencontrer. Dont un ministère de l’Environnement et de la protection de la nature ; un ministère des Forêts et de la faune en charge de la gestion des questions forestières et de la préservation des espèces ; ainsi qu’un comité interministériel de l’environnement. En outre, plusieurs actions ont déjà été menées, telle que des campagnes de reboisement, la création de réserves naturelles, la lutte contre le braconnage, l’élaboration d’un plan national de gestion de l’environnement et enfin, la facilitation de l’action des ONG. 

Le Cameroun a également signé de nombreuses conventions. Entre autres : le Traité relatif à la conservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale et la Déclaration de Yaoundé. Cette dernière comporte, entre autres, l’adoption des politiques nationales harmonisées en matière de forêts, l’accélération de la mise en place des instruments d’aménagement, notamment des systèmes de certification harmonisés, reconnus sur le plan international et agréés par les États, ainsi que le développement des ressources humaines pour leur mise en oeuvre ; le renforcement des actions visant à accroître la participation active des populations rurales dans la planification et la gestion durable des écosystèmes et la création des espaces suffisants pour leur développement économique, social et culturel. 

Désormais, il s’agit d’aller plus loin, plus vite, à travers un programme, la stratégie 2020 forêt et faune pour la période 2013-2017, évalué à 388 millions$. « Malgré nos efforts pour la conservation et la gestion durable de celles-ci, notre massif forestier recule, a admis le chef de l’État. Il risque donc de moins contribuer à la réduction des gaz à effet de serre. Il serait souhaitable que la charge financière de l’entretien de nos forêts soit mieux prise en compte. Cette question intéresse l’ensemble des pays du bassin du Congo dont la forêt est le second poumon de notre planète après l’Amazonie». 

Énergie et déchets 25 % d’ENR d’ici à 2035 

Améliorer l’accès des populations et des industries à l’électricité en quadruplant la capacité de production à l’horizon 2035 pour passer à 6GW ; accroître l’utilisation des énergies renouvelables dans la production d’électricité, surtout dans les zones difficilement raccordables au réseau électrique, et faire de l’efficacité énergétique une priorité nationale. Voici les enjeux du CPDN en matière d’énergie. Avec pour objectif ultime de porter à 25 % la part des énergies renouvelables dans le bouquet électrique en 2035. Sachant que s’il continue au rythme actuel, le développement du Cameroun pourrait, faute de mesures adaptées, se traduire par un triplement des émissions de gaz à effet de serre énergétiques par rapport à 2010, ainsi qu’à un doublement des émissions du secteur des déchets. 

Désormais, une réduction des émissions de 26 % est visée. À travers « une maîtrise de la consommation énergétique des systèmes par une politique d’efficacité énergétique volontariste ». Ce qui doit se matérialiser par une réglementation sur l’efficacité énergétique (EE) sur la base notamment du document Politique nationale, stratégie et plan d’action pour l’efficacité énergétique dans le secteur de l’électricité au Cameroun (2014) avec un objectif d’économies d’énergie de 2 250GWh correspondant à 450MW de capacité installée à l’horizon 2025 ; la création de l’Agence de promotion et de rationalisation de l’utilisation des énergies (Aprue) ; des incitations économiques pour promouvoir et lever les barrières à l’investissement dans l’EE ; renforcer et promouvoir l’intégration et la participation du Cameroun dans le marché sous-régional de l’Énergie, à travers l’interconnexion avec les autres pays de la sous-région, notamment le Pool énergétique d’Afrique centrale (PEAC) et l’Afrique de l’Ouest via le Nigeria (WAPP). 

Dans le domaine des énergies renouvelables, le plan prévoit en premier lieu une évaluation exhaustive de leur poten- tiel. Au total, 35 projets pilotes ont été identifiés. Par la suite, une Agence de promotion des énergies renouvelables doit être créée et un plan de dévelop- pement des énergies renouvelables doit être mis en place accompagné d’un cadre incitatif de promotion des EnR (appel d’offres, tarifs de rachat, etc.). Un projet de loi est en cours d’examen à ce titre. Concrètement, il s’agit d’augmenter les parts de la biomasse (7 %), de la micro- hydro (11 %), du solaire (6 %) et de l’éo- lien (1 %) dans le mix-énergétique du Cameroun. Lesquels représentent à ce jour, cumulativement, 1 % du mix-éner- gétique camerounais, contre 25 % pour le thermique et 74 % pour la grande hydroélectricité. Pour ce qui est des déchets, il s’agit d’améliorer la salubrité urbaine notamment en faisant des déchets une ressource pour la production d’énergie. Avec des objectifs clairs : d’ici à 2035, toutes les grandes villes devraient avoir des décharges aménagées avec au moins 70 % de captage de méthane ; promou- voir le développement d’une écono- mie circulaire ; récupérer et utiliser les déchets agricoles et forestiers (notam-ment par la valorisation des cabosses de cacao, pommes d’anacarde, bagasses de canne à sucre, mélasse, effl uents de manioc, paille de riz pour la production des briquettes) ; compostage ; valoriser et traiter les autres déchets (station d’épu-ration, boues de vidange, etc.)… Le montant total des investissements nécessaires pour la mise en oeuvre du Plan à l’horizon 2035 est de 8 270 mil- liards de F.CFA (scénario médian).

Transport  

Dans l’optique de réduire la consommation énergétique, une approche intégrée du secteur et le développement du transport bas-carbone est envisagée selon un Schéma national des infrastructures de transport. Lequel s’articule autour des axes suivants : intégrer une dimension énergie & climat dans les documents de planification territoriale ; travailler sur la mixité fonctionnelle et proposer des politiques de transport en commun efficientes ; accompagner l’État et les collectivités territoriales dans l’élaboration de plans de développement de transport collectif intra et interurbain bas carbone (tramway à Yaoundé et Douala). Ce qui passe également par des mesures concrètes : favoriser l’achat de véhicules peu polluants et la mise au rebut des plus polluants via des normes, incitations ou obligations. Ou encore interconnecter les trois réseaux (Nord, Sud, Est) du Cameroun pour optimiser le transport et la distribution et réduire les pertes.

Financement des moyens financiers et matériels

Pour financer ce programme, le Cameroun entend s’appuyer sur des sources privées et les bailleurs de fonds, selon un calendrier divisé en tranches quinquennales. Une première tranche quinquennale d’actions à financer sera présentée début 2016. À son niveau, le pays s’attachera à renforcer la capa-cité des marchés financiers et système bancaire domestiques à mobiliser et déployer l’épargne nationale notamment sur les projets concourant à un développement sobre en carbone et résilient au changement climatique, ainsi que l’attractivité du Cameroun pour les IDE (climat des investissements). Pour rendre ce plan réalisable, le Cameroun attend un appui en termes de renforcement des capacités, dans tous les domaines, et transferts de technologie. Il propose notamment des partenariats entre les entreprises et les centres de recherche sur le développement de solutions bas-carbone. Des moyens financiers, matériels et logistiques sont nécessaires pour que le Cameroun respecte ses engagements en matière de réduction de GES, sans pour autant ralentir sa croissance et son développement, dans un contexte de montée des extrémistes qui se nourrissent de la pauvreté et de l’isolement des populations.

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